Oracle + Sun = retour vers le modèle intégré
Oracle a donc attendu le feu vert de la Commission européenne pour présenter son projet avec l’acquisition de Sun. Après avoir rappelé qu’Oracle dépenserait plus (que Sun séparément) pour développer, commercialiser et supporter les serveurs Sparc, Solaris et MySQL, Charles Philips, President d’Oracle a affirmé vouloir augmenter considérablement les performances incluant matériel + logiciels grâce à une meilleure intégration. Par Guy Hervier.
N’est-ce pas là une sorte de retour à la case départ de l’industrie informatique ? C’est un peu ce que l’on pourrait penser à l’issue de la présentation de la Roadmap présenté mercredi à l’occasion d’une conférence de 5 heures à San Francisco à laquelle participaient tous les principaux dirigeants de celui que l’on ne peut plus appeler l’éditeur de logiciels.
Jusqu’à l’arrivée des PC, les constructeurs de mainframes et de mini-ordinateurs proposaient des systèmes complets intégrant matériels, systèmes d’exploitation, bases de données et éventuellement d’autres modules logiciels. Avec le PC, ce modèle basé sur l’intégration a complètement explosé permettant notamment à Microsoft et à Intel de se développer avec le modèle Wintel.
Seul IBM avec ces Systems z et Systems i (anciennement 38 et AS/400) a été capable de poursuivre ce modèle. Depuis quelques mois, on assiste à un mouvement inverse ù des fournisseurs comme HP ou Cisco, associé à VMware et NetApp entendent proposer des systèmes associant serveurs, stockage et réseaux dans une solution intégrée.
Avec Sun, Oracle va proposer des solutions intégrant ces trois composants de base, mais aussi une base de données (Oracle ou MySQL) et même des applications de gestion d’entreprises (ERP, CRM…).
Oracle entend donc inverser une tendance déjà engagée depuis quelques temps qui va marquer la fin de l’artisanat et conduire l’informatique vers une ère d’industrialisation avec un data center de nouvelle génération. Rappelons qu’Oracle est numéro Un du marché des bases de données devant IBM et Microsoft (la concentration du marché des bases de données était un des points que la Commission avait étudié avant de donner son feu vert) et numéro deux des progiciels de gestion d’entreprise derrière SAP. Cette évolution pourrait évidemment compliquer les accords qu’Oracle a noué avec les constructeurs tels qu’HP ou Dell puisqu’elle devient un concurrent direct.
Intégré à tous les étages
« Complete System », c’est qu’Oracle va proposer a expliqué Charles Philips et que l’industrie aurait du proposer depuis longtemps, mais cela ne nous empêchera pas de rester engagés sur les standards ouverts et sur l’Open Source. Autant de déclarations destinés à rassurer les utilisateurs qui pourraient se poser des questions sur ce retour vers des systèmes intégrés.
Dans cette évolution vers cette sorte de One Stop Shopping dans laquelle s’est engagé IBM depuis longtemps, HP plus récemment avec le rachat d’EDS et à une moindre échelle Dell avec le rachat de Perot Systems, il y a également la dimension Services qui manque encore à Oracle. Mais c’est peut-être là la prochaine acquisition ? En revanche, Oracle fait valoir que, face à ses trois grands concurrents, il possède tous les éléments de cette nouvelle intégration ce qui n’est pas le cas pour IBM, Microsoft ou Microsoft : IBM n’a pas les applications, Microsoft n’a pas la dimension matérielle et SAP est absente sur les logiciels d’infrastructure.



Vente directe et build to order
Parallèlement à l’évolution vers des systèmes intégrés, Oracle va se concentrer sur les produits à valeur ajoutée et sur les grandes entreprises qu’elle compte servir directement, notamment les plus importantes d’entre elles. Ainsi, les 4000 plus importants clients seraient pris en charge directement. Charles Philips a annoncé qu’Oracle recrutait 2000 commerciaux et ingénieurs hautement spécialisés et à même lancé un appel de recrutement lors de la conférence. Il n’a pas indiqué que, dans le même temps, quelque 2000 emplois seraient supprimés en raison des doublons entraînés par la fusion des deux entreprises. Parallèlement, Oracle devrait également lancé une vaste réorganisation de son réseau de distribution en mettant l’accent sur la spécialisation.
Dans ce projet vers une nouvelle entreprise, Oracle inclut une dimension industrielle notamment en passant d’un modèle de build to stock qui est bien adapté à une demande prévisible vers un modèle build to order. Est également prévue une réorganisation de la supply chain, incluant une plus grande centralisation. Dans cette nouvelle manière de produire, Oracle va réduire le nombre de produits et de configuration proposés afin de réduire les coûts et d’augmenter les performances de systèmes.
Alors que Scott McNealy, fondateur de Sun et qui avait pris du recul ces dernières années s’est vu proposé de rester dans le nouvel attelage Oracle + Sun sans, Jonathan Schwartz qui avait pris la direction opérationnelle de l’entreprise et dont certains pensent qu’il a une responsabilité dans les mauvais résultats de Sun ces derniers temps n’a, lui, aucune place, dans la nouvelle organisation.
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le 09/02/2012 à 09:22