Jim Whitehurst, CEO de Red Hat
Attention aux effets de verrou dans le cloud
Dans un climat économique bien difficile, Red Hat a bouclé une année 2009 avec un chiffre d’affaires de 748 M$ en augmentation de 15 % par rapport à l’exercice précédent. Et ce qui est encore plus significatif, les revenus anticipés (Deferred Revenue) pour 2010 liés au modèle économique d’abonnement sont de 649 M$, en croissance de 19%. Jim Whitehurst, CEO de l’éditeur, commente les évolutions de l’entreprise. Par Guy Hervier.
La crise économique dans laquelle nous sommes plongés depuis septembre 2008 a paradoxalement un effet positif sur les affaires de Red Hat, explique en substance Jim Whitehurst en poste depuis décembre 2007. Dans le domaine des serveurs d’applications par exemple, le marché se partage entre 5 grandes solutions : Websphere d’IBM, WebLogic de BEA/Oracle, JBoss de Red Hat/JBoss, Fusion d’Oracle et Glassfish de Sun/Oracle. Des trois solutions qui sont tombées dans l’escarcelle du fait des rachats de BEA et Sun, cela en élimine deux de facto.
Une opportunité pour Red Hat qui est désormais perçue comme une alternative crédible et économique « d’autant plus que le serveur d’applications est désormais considéré comme une commodité. Si vous avez des applications stables, vous ne vous voulez rien changer, mais si vous souhaitez mettre à jour vos applications, vous réfléchissez à la mise en place d’une nouvelle infrastructure et c’est là où la solution Red Hat/JBoss est prise en considération. En outre, on est passé du simple serveur d’application à l’ensemble d’un stack logiciel SOA, besoin pour lequel nous offrons désormais une réponse complète ». Parmi les références de migration massive vers une infrastructure J2EE, Red Hat mentionne la compagnie d’Assurance GEICO.
Le rachat de JBoss il y a trois ans est considéré comme très positif générant des ventes croisées entre les clients du serveur d’applications et du système RHEL, même si l’intégration a été difficile, reconnaît Jim Whitehurst.

Le hype du cloud
Red Hat intervient principalement dans trois domaines : les systèmes d’exploitation, le middleware, la virtualisation et le cloudcomputing. Et pour Jim Whitehurst, les trois domaines sont intimement liés. « Il y a beaucoup de hype autour du cloud computing, même si c’est une évolution profonde de l’informatique. Toutefois, le cloud présente un danger pour les utilisateurs de se trouver pieds et poings liés par leur fournisseur ».
Red Hat, qui se considère bien armé face à cette nouvelle vague technologique, a lancé trois initiatives dont un des objectifs présenté par l’éditeur est de prémunir les utilisateurs contre ce risque.
Le Certified Cloud Program vise à garantir que les applications des éditeurs sont certifiées et peuvent passer d’un cloud à un autre de manière fluide. Baptisée Licence Mobility, la seconde vise à assurer que les modes de licence soient adaptés au modèle du cloud et à la mobilité qu’il est censé permettre.
Enfin, Deltacloud est organisé comme un projet open source et vise à gommer les différences entre cloud. Typiquement, les clouds peuvent fonctionner sur différents solutions de virtualisation (VMware, Hyper-V, Red Hat Enterprise Virtualization…). Le projet Deltacloud s’est donné pour objectif de gérer ces différentes ressources comme un seul et même cloud.
En termes d’offre, Red Hat propose aujourd’hui un environnement RHEL sur Amazon EC2 disponible selon deux formules. La première, baptisée Red Hat Cloud Access, est proposée selon une formule d’abonnement avec disponibilité 24/7. La seconde, qui est encore un programme beta, est proposée en mode paiement à la demande à l’heure d’utilisation. La virtualisation est la première étape d’une démarche conduisant au cloud, que ce soit un cloud de type privé, public ou hybride. « Pour l’heure, on ne sait pas trop comment les choses vont évoluer » considère Jim Whitehurst. Quoi qu’il en soit, l’avantage que nous offrons est notre solution de virtualisation est intégré par conception dans notre système d’exploitation ».
Que vend Red Hat ?
« Les utilisateurs ont du mal à comprendre que le support ne représente qu’une petite partie de ce que l’on vend, poursuit Jim Whitehurst. Une partie importante de notre travail est de prendre les différentes pièces du puzzle que nous assemblons et de garantir qu’elles fonctionnent ensemble. Ce travail de certification réalisé environ tous les deux ans emploie quelque 80 ingénieurs logiciels en permanence. Nous ne pouvons pas supporter du code dont nous n’avons pas la maîtrise ».
Le CEO de Red Hat indique qu’il n’a pas augmenté ses tarifs depuis 8 ans. Un des moteurs de sa croissance vient du fait que le client moyen augmente son panier d’achat. Et l’avenir ? « Plus de 50 % des ventes liées à Linux viennent du monde Unix, conclut Jim Whitehurst. Mon argument de vente passe par une question simple : En dehors de Windows, quels systèmes d’exploitation seront encore présents dans 10 ans : Linux, oui, les autres, peut-être ».
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le 06/02/2012 à 08:48