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Android Wars par Jean-Marie Chauvet

mercredi 21 septembre 2011

Android pourrait bien rester dans l'histoire comme le nom de la guerre mondiale des brevets qui point dans la galaxie des technologies de l'information. Si une trilogie Android Wars attend encore son George Lucas, David Drummond, Chief Legal Officer de Google, fut prompt dans son blog à présenter le moteur de recherches comme victime d'une attaque organisée de la coalition des Sith bien connus Darth Microsoft, Darth Oracle et Darth Apple. Ironique, il feint la surprise de voir Microsoft et Apple, rivaux de longue date habitués aux guerillas devant les tribunaux de justice, sceller soudainement une alliance sacrée pour s'emparer des brevets en déshérence de Novell et de Nortel, privant ainsi Google de cette ressource, la propriété intellectuelle, devenue au moins aussi essentielle que les développeurs et leur code.


Le cas Novell est édifiant. Microsoft et un Novell moribond avaient défrayé la chronique en signant début novembre 2006 un partenariat très commenté dans l'industrie. L'enjeu portait sur les brevets détenus par Novell et, notamment, sur ceux issus de son acquisition de l'éditeur de la distribution SuSe Linux. À la sidération — pour reprendre un terme récemment mis à la mode dans des circonstances qui, finalement, pourraient passer pour analogues — de voir ainsi Microsoft assouplir généreusement sa position vis-à-vis de l'Open Source, succéda le soupçon. L'annonce arrivait en effet une semaine après la surprise de la décision d'Oracle d'adopter la distribution de Linux de Red Hat, sous sa propre bannière Unbreakable Linux. Stupeur et tremblements dans les communautés Open Source !


En avril dernier, le Department of Justice (DOJ) s'émouvait du remugle de cartel s'élevant insidieusement du montage proposé (2,2 milliards de dollars) qui voyait Novell racheté par Attachmate (lui-même, bien différent de l'éditeur Attachmate d'origine, aujourd'hui métamorphosé par la magie de la finance en véhicule d'investissement de Francisco Partners, Golden Gate Capital et Thoma Bravo — qu'en France on honnirait publiquement comme « odieux spéculateurs »), à la condition qu'il soit autorisé à revendre son portefeuille de brevets à CPTN, un holding ad hoc créé conjointement par Microsoft, Apple, Oracle et EMC. Les termes de la curée et la répartition du tableau de chasse des brevets furent dont dûment modifiés dans de sordides discussions de bazar qui poussèrent Microsoft à réitérer la publication d'une lettre aux communautés protestant théâtralement de ses bonnes intentions à leur égard — un rare moment « googleux », Do No Evil, de Microsoft !

L'escarmouche des brevets Nortel témoigne, en revanche, d'une préméditation stratégique s'apparentant à une déclaration de guerre formelle. En signant un partenariat avec Nokia, après avoir exfiltré à la tête du constructeur finladais son patron de sa Business Division, Stephen Elop, en septembre 2010, Microsoft positionnait le Windows Phone frontalement contre Android, celui-là même qui avait naguère causé le naufrage de Windows Mobile, comme l'ultime recours pour conserver un marché des smartphones réellement concurrentiel. La pression croissait alors dangereusement contre Google attaqué par Microsoft sur son partenariat avec l'OEM HTC qui enfreindrait, d'après le géant de Seattle, ses propres brevets. Pour faire bonne mesure, rappelons que depuis août 2010, Oracle poursuit aussi Google en justice à propos des brevets Java, issus de l'acquisition de Sun par l'éditeur de base de données, qui seraient enfreints, quant à eux, par Dalvik, la machine virtuelle liée à Android. De son côté le taïwanais HTC avait été attaqué par Apple en mars 2010 pour infraction à sa propriété intellectuelle sur l'iPhone ; il vient de contre-attaquer en août dernier en saisissant la justice américaine et l'International Trade Commission pour réclamer l'interdiction des ventes de Mac, des terminaux iOS et de l'Apple TV, accusant Apple d'enfreindre 3 brevets du groupe taïwanais. Apple — pourtant réputé être son plus grands client — poursuit également le coréen Samsung de sa vindicte dans les cours asiatiques, américaines et européennes, obtenant en Allemagne l'interdiction de vente des tablettes Galaxy Tab 10, partiellement levée depuis.


Si l'on permet ici une incidente, il est remarquable de constater qu'en dépit du départ de Steve Jobs de la direction d'Apple, la concupiscence peccamineuse des opérateurs pour l'iPhone et l'iPad reste un puissant moteur de l'industrie. Sprint devrait commencer à vendre la nouvelle version de l'iPhone mi-octobre aux Etats-Unis, ce qui redonnerait du lustre au numéro 3 des opérateurs et ouvrirait à Apple un nouveau canal de distribution. Indirectement, ce nouveau partenariat fournirait des munitions inattendues au premier opérateur, AT&T, dans son combat pour obtenir l'agrément des autorités réglementaires pour son acquisition projetée du numéro 4, T-Mobile. La semaine dernière les ministres de la Justice de sept Etats américains se sont en effet joints à la plainte déposée fin août par le gouvernement fédéral contre cette fusion des opérateurs de téléphonie mobile AT&T et T-Mobile, filiale de Deutsche Telekom. De son côté, China Mobile a reconnu avoir des discussions avec Apple en vue du développement d'une version TD-SCDMA de l'iPhone, qui serait alors distribuée en concurrence directe avec China Unicom — le seul opérateur actuellement en Chine à livrer l'iPhone. Résultat : Android et iOS dévorent les parts de marché au détriment du Blackberry de RIM, qui vient de perdre 20 % de sa valeur boursière après l'annonce de mauvais résultats trimestriels. Research in Motion première victime collatérale des Android Wars ? Et que dire de HP qui vient de fermer sa division webOS devices, et de mettre fin à la tablette TouchPad et à ses téléphones webOS ? Sombre revirement à peine seize mois après l'acquisition de webOS avec Palm pour 1,2 milliards de dollars.


Google enfin, que nous avions laissé attaqué de toutes parts, voyait alors son Grouchy dans le trésor de plus de 6 000 brevets de Nortel mis à l'encan, au printemps 2011, après la déroute du constructeur canadien. Ayant rapidement obtenu d'un DOJ alors inquiet, semble-t-il, de l'hégémonie d'Apple, l'autorisation d'enchérir, la déception n'en fut que plus rude lorsque le Blücher du 30 juin 2011, sous forme de l'alliance inhabituelle de Microsoft, Apple, RIM, EMC, Ericsson et Sony, emportait pour 4,5 milliard de dollars le trophée des brevets Nortel.


La fureur du titan contrarié fut terrible ! Google anonçait le 15 août, comme un orage d'été zébrant un ciel de mercure lourd de menaces, l'acquisition de Motorola Mobility pour 12,5 milliards de dollars, après s'être fait la main discrètement en achetant des milliers de brevets à IBM, puis la semaine dernière un nouveau millier à la même source. L'arsenal de Mountain View est maintenant comparable à celui de la coalition dénoncée par Drummond et chacun campe sur ses positions : entrons nous dans l'ère de l'apocalypse ou dans celle de la dissuasion nucléaire des brevets ?
 

En tout cas les affrontements continuent : Kodak vient de mettre en vente son portefeuille de brevets historique et déclare avoir de nombreux candidats à leur rachat ; Visa et Google, encore, fourbissent leurs armes sur le terrain du porte-monnaie numérique ; Microsoft qui avait attaqué Motorola l'année dernière sur Android se voit renforcé dans sa détermination contre Google.


Quel climat apaisé et irénique donc pour examiner, avec toute la sérénité due, la tant attendue consultation publique en préparation du plan France Numérique 2020 ! Il s'agit de la saison 2 de la série à succès « France Numérique », lancée en 2008, déjà !, par l'épisode pilote « France Numérique 2012 ». Nul doute que les 154 propositions initiales du gosplan digital ont connu succès, amour, gloire et beauté ces trois et quelques dernières années ! (Hadopi 1, Hadopi 2, ACTA, Loppsi, Loppsi 2, Albanel et les albaniciels, Trident Media Guard... : quel audimat !) Alors, s'il vous plaît, précipitez vous à répondre à ces bureaucrates scénaristes en mal d'idées pour cette sorte de « Plus belle la vie numérique », afin que l'on passe enfin à autre chose que la brûlante controverse de la Commission européenne sur la consommation dispendieuse des cafetières à expressos dans l'Union et le débat frelaté sur la fiscalité du pineau des Charentes.



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