L’Adullact et l’Aful saluent la décision du Parlement Européen
L’Adullact et l’Aful saluent la décision du Parlement Européen qui vient de rejeter en deuxième lecture le projet de directive sur la brevetabilité du logiciel par une écrasante majorité de 648 voix sur 680. C'est historiquement la première fois qu'une
directive est rejetée à ce stade du processus legislatif.
Ce projet de directive, concocté par la Commission Européenne avec
l'assistance de diverses sociétés multinationales, prétendait être
« basé sur la pratique existante ». [1], c'est-à-dire la pratique
actuelle de l'Office Européen des Brevets (OEB), qui accorde
couramment des brevets sur de purs programmes, en contradiction avec
la Convention Europeenne du Brevet (CEB) qu'elle est censée faire
respecter.
Sous couvert de ne rien changer, de maintenir un statu quo, il
s'agissait en fait de légaliser une pratique illégale, qui a déjà
donné lieu à l'octroi de près de 30 000 brevets. Ces brevets
actuellement sans grande valeur devant les tribunaux seraient devenus
dès lors opposables à des milliers de PME européennes et à tous les
développeurs et utilisateurs de logiciels libres, les laissant à la
merci d'attaques en contrefaçon, souvent sur des questions triviales.
Cette affaire fut confiée à la Direction du Marché Intérieur de la
Commission Européenne sous pretexte d'un besoin d'harmonisation,
besoin totalement fictif car les pays membres étaient tous signataires
de la CEB. Les différences nationales n'étaient dues qu'à
l'incertitude des tribunaux devant le comportement illégal de l'OEB.
La Direction du Marché Intérieur a parfaitement joué son rôle
d'exécuteur des basses œuvres, en ignorant l'opposition de la plupart
des acteurs économiques - notamment les PME et les utilisateurs de
logiciels libres - comme celle des économistes, des scientifiques et
des techniciens du domaine. Elle a aussi écarté les craintes et
l'opposition des autres directions de la Commission, dont celles de la
Société de l'Information, des Entreprises et de la Concurrence. Elle a
ignoré toutes les études économiques, dont celle qu'elle avait
elle-même sollicitée et qui était revenue négative.
Comme le disait le Professeur Hugh Brett, éditeur de la European
Intellectual Property Review, « curieusement, la Commission semble à
peine prêter attention au rapport qu'elle a sollicité [...] qui
conclut - peut-être sans surprise - que les PME ne sont généralement
pas favorable à l'extension de la brevetabilité ». [2]
Nous regrettons que l'actuel gouvernement français se soit laissé
entraîner dans cette mascarade par la direction de l'Institut National
de la Propriété Intellectuelle qui, encore le 5 juillet 2005, lui
faisait prétendre que la directive permettait de « ne pas ouvrir la
porte au " brevet logiciel " tel qu'il s'est développé aux
États-Unis » [3], alors même que la France s'était opposée en Conseil
des Ministres de l'Union aux amendements en première lecture du
Parlement Européen, amendements qui seuls étaient susceptibles
d'empêcher une telle dérive.
Sur le plan politique, cette affaire aura montré l'importance du rôle
des parlements, quand ils en ont un, car ils sont plus difficiles à
circonvenir que les exécutifs. En renforçant le Parlement Européen,
elle contribue à cette union des hommes qui est le fondement du
développement des ressources libres. On ne peut cependant que
regretter l'absence totale de concertation, de recherche du compromis
et de l'intérêt commun, tant de la part des exécutifs européens
(Commission et Conseil des ministres) que de celle des promoteurs de
la brevetabilité du logiciel.
La fin brutale de ce projet de directive donne un éclairage
particulier aux motivations des multinationales pro-brevets et de
l'association EICTA qui les a fortement défendu. Compte tenu de leurs
soutiens politiques au niveau des exécutifs pour les procédures
ultérieures, ils n'étaient réellement menacés que par un seul
amendement qui aurait imposé un droit à l'interopérabilité, limitant
le contrôle massif des marchés par les monopoles et les cartels. Que
cette seule menace ait suffi à ce qu'ils souhaitent que leurs
défenseurs au Parlement Européen abandonnent la directive indique, on
ne peut plus clairement, qu'ils étaient plus motivés par le contrôle
complet de rentes sur l'économie numérique que par l'encouragement à
l'innovation.
Au -delà de la défaite d'une directive européenne, ce sont les
pratiques abusives de l'OEB dont elle se réclamait qui ont été
desavouées par les parlementaires. Les dérives de cet organisme
international au bénéfice d'intérêts privés posent donc la question de
sa légitimité et exigent à tout le moins une reprise de contrôle comme
l'avait déjà affirmé la conférence diplomatique de novembre 2000.
Il est clair au regard des enjeux que cette bataille repartira sur un
autre front, en évitant le contrôle démocratique. L'Adullact et l'Aful
resteront vigilantes. Mais, au moins pour un temps, on ne peut ignorer
brutalement le choix des représentants du peuple et le temps gagné ne
peut que jouer en faveur de ceux qui ont la réalité économique de leur
côté :
- le logiciel libre va pouvoir continuer à faire la preuve de son
efficacité technique et économique face à l'édition logicielle de
masse ;
- l'emprise croissante de la propriété intellectuelle sur les
libertés individuelles ne peut que susciter des réactions
allergiques et une plus grande sensibilisation à ces problèmes ;
- la défaite européenne du brevet logiciel sera un argument et un
encouragement pour ceux qui défendent leur liberté dans d'autres
parties de la planète ;
- les demandeurs de brevets logiciels ne pourront plus cacher
longtemps que leur objectif est de préserver leur contrôle de
l'économie tout en délocalisant la R&D et la production.
Les brevets logiciels auraient placé sous la coupe des grands éditeurs
les programmes de développement conduits par les pouvoirs publics dans
le cadre de la modernisation de l'administration. Ce danger pour le
caractère ouvert et concurrentiel des marchés publics et pour la
maîtrise politique des infrastructures informationnelles de la société
a été heureusement écarté. L'Adullact et l'Aful s'en félicitent.
___________________________________
Références
[1] Brevets : La Commission propose de réglementer les inventions
mettant en oeuvre un logiciel, 20 février 2002.
http://europa.eu.int/comm/internal_market/fr/indprop/comp/02-277.htm
[2] New EU rules for patenting software inventions, Hugh Brett,
May 2002.
http://scientific.thomson.com/knowtrend/ipmatters/sbm/8180036/#hugh_brett
[3] Communiqué de M. François Loos, ministre délégué à
l'Industrie, 5 juillet 2005.
http://www.industrie.gouv.fr/cgi-bin/industrie/sommaire/comm/comm.cgi?COM_ID=5411&_Action=200
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le 15/05/2008 à 13:14