Marché des PC en 2006
HP prend le dessus sur Dell
Par Guy Hervier. Il s’est vendu près de 230 millions de PC en 2006, selon les dernières statistiques publiées par le cabinet IDC, représentant une progression importante de 10 % par rapport à l’année 2005. Des chiffres qui sont confirmés par ceux du Gartner. Mais le fait majeur est le renversement de tendance dans le positionnement de Dell et de Hewlett-Packard. Certes Dell peut se targuer d’avoir été pour la sixième année consécutive le numéro Un de la micro-informatique, mais 2006 restera une mauvaise année pour le constructeur texan. Il s’en est fallu d’un fil pour que la firme de Michael Dell ne cède cette première place à HP. Et les chiffres du quatrième trimestre sont plutôt inquiétants pour Dell. Alors que tous les constructeurs connaissent une croissance plus ou moins forte, Dell a accusé une baisse de plus de 8 % de ses livraisons.
Sérieuse baisse de régime au quatrième trimestre
« Le quatrième trimestre de 2006 a été très actif, explique Loren Loverde, responsable de l’enquête IDC sur les PC, avec la disponibilité réelle de Vista pour les entreprises et à venir pour les particuliers, et une transition en cours des PC de bureau vers les portables. A quoi il faut ajouter une pression très forte sur les prix ».
Sur l’ensemble de l’année 2006, trimestre après trimestre, un double mouvement se dégage : une nette baisse de régime de Dell et le retour en grâce de Hewlett-Packard. Le quatrième trimestre a marqué une accélération de ce phénomène. HP a vendu près de 12 millions de PC, au terme d’une croissance de près de 24 %, prenant ainsi la première place avec 18,1 % de part de marché, alors que Dell a littéralement sombré, avec une chute des ventes de plus de 8 %, le rélégant ainsi à la deuxième place avec « seulement » 14,7 % de part de marché. Combiné à la baisse régulière des prix des PC, on imagine assez bien le résultat négatif sur le chiffre d’affaires du constructeur.

Pendant des années, le business model de Dell a été basé sur deux piliers : la vente directe « bypassant » le réseau de distribution et la fabrication à la demande. Aujourd’hui, ce modèle a-t-il atteint ses limites ? Question difficile à laquelle il est peu aisé de donner une réponse claire. Mais la réflexion doit être intense à Round Rock, le siège de l’entreprise. Parmi les points faibles du constructeur, on peut pointer un budget en R&D très faible pour le secteur (environ 1 %, là où les 10 % sont couramment consentis par les fournisseurs informatiques) et une place relativement faible en dehors des Etats-Unis. Sur cette question, Dell explique que puisqu’elle s’appuie exclusivement sur les standards, il bénéficie de l’effort de R&D de la chaîne de valeur de l’activité. Il semble néanmoins que cette explication soit un peu courte. La stratégie de Dell consisterait aussi à moins se concentrer sur l’entrée de gamme et les prix bas pour restaurer sa profitabilité. Soit aller à l’encontre de l’évolution récente du marché. C’est l’avis de Charles Smulders et Loren Loverde, respectivement analystes du Gartner et d’IDC, interrogés par le Wall Street Journal (HP increases Lead Over dell In PC Shipments).
Parts de marché de Dell dans les différentes régions du monde


Aux Etats-Unis, la place de numéro Un détenue par Dell sur le marché de la micro n’est pas remise en question (20 millions d’unités livrées sur l’année contre 14 millions pour HP), et les ventes sur le territoire américain représentent près des deux tiers des ventes. D’où une opportunité certaine de développement sur les marchés émergeants qui constituent les réserves de croissance de demain.
Le modèle de Dell en question ?
Le modèle actuel de Dell est–il adapté sur ces marchés ? Dans un article publié en avril 2005 par BusinessWeek intitulé Dell : Time for a new model ?, Simon Yates, analyste du cabinet Forrester, expliquait que « pour des raisons culturelles et technologiques, les clients de ces marchés émergents achètent leurs ordinateurs via les magasins et les réseaux de distribution. En Inde par exemple où les ventes annuelles devraient passer de 8 millions d’unités en 2005 à 78 millions en 2010, la grande majorité des utilisateurs n’ont pas accès à Internet. De nombreuses zones rurales ne sont pas connectées à la Toile et les connaissances en informatique sont encore limitées. D’où la nécessité de faire appel à l’expertise de spécialistes. » Cette faiblesse laisse donc plus de marges de manœuvre aux concurrents.
La part de ventes de PC de bureau diminue régulièrement depuis plusieurs années. Elle est passée de 45 % sur l’exercice 2004 à 38 % l’année passée (exercice clos le 3 février 2006) et n’est pas compensée par la légère augmentation des ordinateurs portables. Globalement, cela traduit une certaine diversification des activités. Mais ces dernières n’arrivent pas à compenser. Enfin, Dell ne souhaite pas se lancer dans les services – en dehors des services de support et de maintenance qui pourraient apporter des relais de croissance.
Concentration sur le marché des PC
Parallèlement aux difficultés de Dell, la croissance des quatre autres fournisseurs mentionnés dans les statistiques d’IDC laisse apparaître 19,2 % pour HP et 37,2 % pour Acer. Ce dernier voit d’ailleurs une amélioration régulière de ses parts de marché passant de 3,6 % en 2004, à 4,7 % en 2005 et 5,9 % l’année passée. Acer réalise près de 70 % de ses ventes en Europe. Les deux autres constructeurs de ce Top5 améliorent aussi leur position.


Globalement, on assiste à une sérieuse concentration du marché des PC. Les cinq premiers constructeurs mondiaux – Dell, HP, Lenevo, Acer et Toshiba – ont franchi la barre des 50 % du marché, passant de 43,3 % en 2004 à 51,3 % en 2006. Aux Etats-Unis, ils représentent même près de 70 %. A noter également sur le marché des Etats-Unis, Gateway et Apple sont respectivement à la troisième et quatrième place de ce palmarès.
En terme géographique, les zones EMEA et Asie/Pacifique (sans le Japon) ont été très dynamiques alors que les Etats-Unis et le Japon ont du faire face à une récession : - 0,5 % aux Etats-Unis et surtout – 10 % au Japon. IDC explique ce très mauvais résultat au Japon par l’arrivée retardée de Vista et la poussée très forte chez les consommateurs particuliers d’achats de produits électroniques grands publics tels que les télévisions à écran plat.
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le 31/01/2012 à 04:56