Mike Thurk, COO d’Avaya
Nous avons achevé notre révolution IP à 70 %
Avaya, numéro un de la communication d’entreprise, a lancé très tôt son évolution vers la téléphonie IP. Le constructeur estime réaliser 70 % de son chiffre avec des produits IP. Il y a quelques années, les entreprises voyaient dans la VoIP un moyen de réduire les coûts. Aujourd’hui, elles y voient la possibilité de mettre en œuvre de nouvelles applications. Pour répondre à ces nouveaux besoins, Avaya s’oriente très largement vers le logiciel et les services. Selon des informations parues dans la presse américaine, Avaya serait en négociation pour acheter : sur les rangs, Cisco et Nortel ainsi que le fonds d’investissement Silver Lake Partners. Mike Thurk, COO d’Avaya, explique les évolutions récentes opérées dans son entreprise et celles à venir. Propos recueillis par Guy Hervier.
On parle beaucoup du concept de convergence qui, en gros, concerne l’évolution des réseaux vers le protocole IP et son utilisation pour le transport des données, de la voix et de l’image. Où en sommes-nous dans cette évolution ? Quelles sont les conséquences pour les entreprises et les fournisseurs ?
Mike Thurk : Nous avons engagé cette évolution dans les années 2000/2001 et environ 15 % de nos clients ont implémenté des solutions de VoIP. Ce qui signifie en passant qu’il y a encore de très larges opportunités. Mais dans les premiers temps, la motivation principale des entreprises était de faire baisser les coûts de leur téléphonie. Notre stratégie a été très claire dès le début. Elle consistait à donner aux entreprises la possibilité d’évoluer en douceur vers la VoIP sans avoir à changer tous leurs équipements et donc à faciliter la migration. Aujourd’hui, les notions de qualité et de sécurité ne sont plus rédhibitoires et ne semblent plus poser de problèmes. Ce qui a évidemment un effet d’accélération dans l’équipement de ces solutions. Maintenant, les entreprises recherchent dans les solutions IP de pouvoir mettre en place de nouvelles applications permettant d’améliorer la productivité ou de mieux se positionner vis-à-vis de leurs concurrents. Sur le plan technique, nous avons progressivement centré notre infrastructure autour du protocole SIP (Session Initiation Protocol) qui est désormais au cœur de toute notre offre.
Comment situez-vous dans cette évolution d’une téléphonie orientée télécoms à une téléphonie réseau et informatique ?
M.T. : Au-delà des aspects techniques, notre équipe de management est particulièrement adaptée pour tirer parti de cette évolution. Lou D’ambrosien, qui a pris la tête d’Avaya en juillet dernier, est un ancien responsable des divisions services et logiciels d’IBM, notre directeur commercial a travaillé chez BEA et IBM, beaucoup cadres dirigeants d’Avaya viennent du secteur de l’informatique et comprennent parfaitement les nouveaux enjeux désormais largement tournés sur le logiciel et les services. Sur l’ensemble de nos salariés, plus de 50% sont arrivés après la séparation de Lucent Technologies. Notre idée est d’utiliser notre plate-forme technologique pour développer des applications de messagerie, de vidéoconférence, de présence... Et d’utiliser une API pour connecter des applications verticales ou sectorielles. Un de nos clients par exemple, souhaite réduire les ruptures de stock. Avant, il y avait toute une chaîne pour déclencher la résolution de ce problème. Aujourd’hui, l’application mise en place permet d’identifier en temps réels les bonnes personnes. Nous avons quelque 4000 éditeurs de logiciels partenaires qui développent des applications sur notre infrastructure. Celle-ci a été redéveloppée à partir du rachat de la société Ubiquity.
Comment se répartissent vos activités ?
M.T. : Notre chiffre d’affaires va s’appuyer de plus en plus sur le logiciel. Le logiciel représente aujourd’hui 37 % de la vente de nos produits et cette part va croître dans les années à venir. Les résultats des derniers trimestres ont par ailleurs montré une croissance forte des services managés. Je pense que notre croissance dans ce domaine sera limitée par notre capacité à recruter les personnes ad hoc. Bref, il y a une transformation en profondeur de notre activité. La mobilité est aussi un axe central de notre stratégie définie de manière assez simple : tout ce que vous pouvez faire sur avec votre PC, vous devez pouvoir la faire aussi avec votre téléphone portable, quelle que soit son origine.
L’industrie parle beaucoup actuellement de communications unifiées. Quelle est votre stratégie dans ce domaine ?
M.T. : Notre stratégie est très différente de celle de Cisco, en tous cas telle que je la comprends. Pour Cisco, la communication peut être unifiée pour autant que vous utilisiez des produits Cisco. Notre stratégie en communication unifiée est basée sur une plate-forme ouverte qui permette à nos clients d’y intégrer les produits de leurs choix. Nous avons par exemple une large coopération avec Microsoft dont la stratégie est très largement orientée vers ses partenaires éditeurs pour développer des applications spécialisées ou sectorielles. Nous réfléchissons à la mise en place d’une division d’applications sectorielles.

Jusqu’ici, les applications liées de communications ont plutôt débouché sur un empilement d’application sans réelle intégration. Le concept de communications unifiées va-t-il résoudre ce problème ?
M.T. : Je suis dans cette activité depuis plus de 30 ans. Les innovations que l’on a vu apparaître ont entraîné une réduction du temps. Dans tous les domaines, les délais sont plus courts. D’ailleurs, les utilisateurs - les particuliers avant les entreprises - adoptent les nouvelles technologies de plus en plus rapidement. Néanmoins, il y a aura toujours un équilibre entre ce que permettent les technologies et comment elles sont absorbées par les utilisateurs, et ce sur tous les plans. Le temps de dépréciation comptable des PABX était en général de 8 ans, il est désormais de 5 ans. Par ailleurs, les secteurs réagissent différemment aux technologies. Par exemple, les banques et institutions financières sont toujours à la pointe et utilisent les technologies comme facteur de différenciation. D’autres secteurs, moins avancés, pourront peut-être s’orienter vers l’infogérance de leurs applications. Avaya vise en priorité les entreprises et principalement les grandes.
Internet peut-il évoluer pour supporter les nouvelles applications ou faudra-t-il mettre en place une nouvelle infrastructure ?
M.T. : Je ne vois aucun élément justifiant de passer à un nouvel Internet. Ce qui est sûr c’est qu’en termes de bande passante, de qualité et de sécurité, Internet a largement progressé ces dernières années. Certaines technologies comme le Wimax pourront jour un rôle plus important. Pour ce qui nous concerne, nous visons à nous diversifier, notamment dans les applications de mobilité. Mais nous en sommes encore au temps de la R&D. Parmi les autres applications, les réseaux locaux sans fils, notamment avec les technologies mesh, pourront jouer un rôle important. Avec la nette évolution de la téléphonie vers l’informatique, il faudra être en mesure de proposer des applications d’administration avancées. Avant, la téléphonie était le plus souvent basée sur l’infrastructure propriétaire. Aujourd’hui, elle est largement conçue sur des produits provenant de différents fournisseurs dont il faut assurer l’intégration.
Ou en êtes-vous dans votre évolution vers l'IP ?
Aujourd’hui, nous réalisons environ 70% de notre chiffre d’affaires avec des produits IP.

En dehors d’Avaya reste une société largement centrée sur les Etats-Unis. Pensez-vous élargir votre couverture ?
Bien sûr et cela se fera au gré d’opportunités. En Allemagne, par exemple, notre très forte présence qui compte pour près de 15% de notre chiffre d’affaires a été construit à partir du rachat de Tenovis. Nous avons pris une participation majoritaire dans Tata Telecom en Inde. Nous sommes ouverts à toute opportunité. Nous possédons quelque 900 millions de liquidités et nous n’avons pas de dettes. Le rachat d’Ubiquity – une société d’environ 300 personnes – était un rachat de technologies. C’est sur la plate-forme SIP de ce fournisseur que nous allons organiser notre offre. Cette acquisition nous a permis de gagner deux ans par rapport à un développement internet. De leur côté, ils auraient eu du mal à financer leur propre développement.
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Avaya
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le 03/07/2009 à 11:55