50 ans de Silicon Valley
Intel : le champion des microprocesseurs
Intel aurait pu s'appeler différemment. Au début, sans doute inspirés par Hewlett-Packard, les deux fondateurs Bob Noyce et Gordon Moore étaient partis sur l'idée simple de baptiser leur compagnie « Moore-Noyce ». Mais lorsqu'elle est prononcée, cette appellation se rapprochait trop de More Noise, ce qui n'était pas du tout adapté pour une société d'électronique ou le bruit est un des ennemis à pourchasser. Ils ont donc utilisé MN Electronics avant de faire le choix d'INTegrated Electronics ou Intel dans sa version courte qui s'imposera. Mais, petite difficulté à résoudre pour cela, les deux fondateurs ont du racheter les droits de ce nom qui était déjà utilisé par une chaîne d'hôtel. Andy Grove a rejoint les deux fondateurs et a été le quatrième employé de l'entreprise.
Lors de sa création, le 18 juillet 1968, la société s'était donnée pour mission de développer en masse des mémoires à semiconducteur, tâche plutôt difficile car les mémoires basées sur le Silicium étaient encore 100 plus coûteuses que les mémoires à tores de ferrite. Mais, elles présentaient de nombreux avantages : tailles plus petites, performances plus élevées et consommation réduite (on ne parlait pas encore d'informatique verte !).
Puis le hasard a orienté Intel dans des directions un peu différentes. Le constructeur japonais Busicom (Business Computer) a demandé à Intel de concevoir une série de 12 circuits intégrés pour des calculateurs programmables à haute performance. Tous les composants logiques (ceux qui effectuent des calculs et exécutent des programmes par opposition aux composants mémoires qui ne font que stocker des données). Leur taux d'utilisation était donc réduit aux systèmes pour lesquels ils étaient conçus.
C'est alors que Ted Hoff (numéro 12 chez Intel et titulaire d'un PhD de l'université de Stanford) a eu l'idée plutôt lumineuse de développer un circuit intégré à vocation universelle capable d'assurer toutes les tâches en association avec les mémoires. Le premier microprocesseur est né - le 4004 - et Ted Hoff est conscient des capacités quasi infinies de cette innovation. Le problème est que c'est Busicom qui en détient les droits. Le concepteur d'Intel pousse les responsables de son entreprise à les racheter. Certains y voit un danger de se disperser dans le développement de plusieurs produits. Mais, il réussi à convaincre le tout nouveau directeur commercial, Ed Gelbach, qui venait de Texas Instruments. Au final, les responsables d'Intel ont alors eu l'idée que les microprocesseurs seraient un moyen de vendre plus de mémoire. Autre heureux concours de circonstances, la société Busicom avait des problèmes financiers et a accepté de céder les droits pour 60 000 dollars.
Mais ce n'est pas vraiment avec le 4004 ou ces deux suivants, les 8009 et 8080, qu'Intel fera fortune. C'est avec le 8086 et surtout sa variante le 8088 qu'Intel se met en selle. Le 8086 est doté de 2 registres de 16 bits et d'un bus externe de 16 bits alors que le 8088 possède un bus externe de 8 bits. C'est ce dernier qu'IBM choisira pour son premier PC qu'il est moins cher.
Gordon Moore est connu dans un cercle plus large pour sa fameuse loi de Moore ou plutôt ces deux versions. La première version de la loi de Moore - celle formulée dans Electronics Magazine - prévoyait un doublement tous les ans du nombre des composants (qui incluait à l'époque des transistors et des résistors) sur chaque puce, impliquant une augmentation des performances des processeurs d'un même facteur. En 1975, Gordon Moore révisait sa loi de manière plus prudente en postulant un doublement tous les 24 mois.
Ironie de l'histoire, c'est IBM qui a donné le coup de pouce (décisif ?) à Intel d'un côté et Microsoft de l'autre en les associant au développement de l'IBM PC. Aujourd'hui, Microsoft est le numéro Un du logiciel et Intel est le numéro Un des semiconducteurs, IBM a déserté le marché des PC (dans une évolution accélérée vers les services, Sam Palmisano a décidé que les PC étaient devenus ce que les américains appellent des « commodities » et qu'ils n'apportaient pas assez de valeur ajoutée et ne dégagaient pas assez de bénéfices. Il a donc revendu l'activité à la firme chinoise Lenovo). Et IBM n'est plus le numéro Un de l'informatique.
Après s'en est suivi la longue litanie des produits qui furent Inside les PC : 80186, 80188, 80286, 80386 · 80486 (486SL, 486SX, 486DX) / Pentium, Pentium Pro, Pentium II, Celeron, Xeon, Pentium III, Pentium, Pentium 4-M, Pentium M, Pentium D, Pentium Extreme Edition, Pentium Dual Core, Core 2 et Core 2 Extreme.
Au niveau de l'appellation, les premiers empruntaient aux Peugeot (chiffres) alors que les seconds sonnaient comme des Renault (noms). Le changement a été motivé par le fait qu'un nombre ne peut pas être protégé par une marque déposée. Intel a donc substitué des nombres par des noms pour qualifier ses microprocesseurs.
Au-delà de la simple évolution technologique qui a suivi la loi de Moore quarante durant, certains microprocesseurs ont marqué un changement stratégique.
Ce fut le cas du 80386, premier microprocesseur 32 bits. Mais surtout, c'est à cette occasion qu'Intel sous l'impulsion d'Andy Grove s'est spécialisé dans les microprocesseurs abandonnant la fabrication de mémoires (DRAM et ses cousines SRAM...) qui était assez largement passée sous la domination des firmes japonaises. Andy a pris aussi une autre décision stratégique consistant à ne plus faire fabriquer sous licence ses microprocesseurs. A l'époque, Zilog (une filiale d'Exxon entre 1980 et 1988) et AMD fabriquaient des clones de 8080. Pour rassurer les clients, Andy Grove avait décidé de distribuer la production sur plusieurs unités de fabrication à Santa Clara (en plein cœur de la Silicon Valley), à Hillsboro en Oregon et à Phoenix en Arizona.
En 1993, Intel décide de développer une architecture 64 bits destinée à succéder à celle des x86. Pour cela, il s'est associé avec HP dans un vaste programme de Recherche et développement qui a débouché en 2001 sur la naissance de l'Itanium. Les résultats ne furent pas à la hauteur des espérances et les performances de l'Itanium n'étaient pas au rendez-vous. Par ailleurs, ce nouveau microprocesseur qui nécessitait une réécriture des applications a du affronter la dure concurrence des extensions 64 bits d'abord des microprocesseurs AMD qui a pris un temps une longueur d'avance et ensuite de ses propres lignes de produits. L'Itanium continue son existence et est principalement destiné à équiper les serveurs haut de gamme.
Un autre virage stratégique concerne l'apparition des microprocesseurs multicœurs. Pendant longtemps, les performances étaient améliorées par la simple augmentation de la vitesse d'horloge. Qu'on en juge, le 8088 était cadencé à 4,77 Mhz, le Pentium 4D, alias Prescott, avait une vitesse d'horloge de 3,6 GHz. C'est alors que les développeurs ont été confrontés aux lois de la physique et ont rencontré des problèmes de dissipation calorifique, de consommation électrique... Ils ont donc explorer une nouvelle voie : celle des composants à plusieurs cœurs. Intel a annoncé récemment des quadricœurs (ou plutôt deux fois deux cœurs) tout comme AMD. Pour un temps, l'avenir est désormais tracée dans cette voie. Sun Microsystems qui est le seul a continuer à fabriquer ses propres processeurs avec IBM est en avance puisqu'il a déjà annoncé un composant à huit cœurs.
Depuis une dizaine d'années, Intel s'est lancé dans une stratégie de différenciation de ses microprocesseurs. C'est ainsi que le Celeron, introduit en 1998, visait plus particulièrement l'entrée de gamme. Intel a également lancé des développements d'ensemble de composants spécialisés pour répondre à une utilisation particulière. Ce fut le cas du Centrino qui visait à réduire la consommation électrique et à augmenter l'autonomie des portables. Plus récemment, Intel a lancé la technologie Viiv pour les applications multimédias et la technologie vPro destiné à faciliter l'administration des PC en entreprise.
Un des problèmes majeurs d'Intel était que ces produits étaient embarqués dans des systèmes et qu'ils n'avaient pas beaucoup de chances d'être connu et reconnu au-delà des cercles très restreints des professionnels. La campagne marketing Intel Inside - avec son petit jingle à quatre notes pour les publicités radio et télévisuelles - a permis de faire connaître la marque auprès d'un très large public. Ce fut une des plus longues (et sans des plus réussies) campagnes marketing jamais conçu puisqu'elle a commencé en 1990 pour se terminer en décembre 2005. Il est vrai qu'Intel n'a plus vraiment de se faire connaître, mais plutôt de se parer d'un signe distinctif. D'où la nouvelle campagne Leap Ahead qui forge l'idée d'un fournisseur qui va toujours de l'avant.
Parmi les zones d'ombre du fournisseur, il faut mentionner les multiples actions judiciaires en cours, avec les autorités japonaises, européennes, avec celles lancées par AMD. Les motifs sont assez proches de ceux reprochés à Microsoft : des pratiques anticoncurrentielles basées sur des abus de position dominante. Ces actions sont à prendre au sérieux car on a vu récemment que Microsoft venait d'être sanctionné par la Commission européenne et qu'il avait renoncer à faire appel et acceptait de payer l'amende.
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le 15/05/2008 à 13:14