50 ans de Silicon Valley
Netscape ouvre les portes de l’Internet
Par Guy Hervier. Ce fut une étoile filante de la Silicon Valley.
Marc Andreesen était étudiant et enseignant assistant au NCSA (National Center for Supercomputing Applications) à l'Université de l'Illinois quand une nouvelle forme de l'Internet prend forme sous l'appellation du World Wide Web. En collaboration notamment avec Roger Cailliau, Tim Berners-Lee avait développé les trois technologies de base du Web : les adresses Web, le protocole HTTP (Hypertext Transfer Protocol) et le langage HTML (Hypertext Markup Language). Il avait, lui aussi développé le premier navigateur Web (baptisé WorldWideWeb sur NeXtStep - la firme de Steve Jobs).
Au sein de la NCSA, il avait déjà concçu le navigateur Mosaic qui connut un succès foudroyant. Une fois son diplôme en poche, Marc Andreesen s'installe en plein cœur de la Silicon Valley, à Palo Alto, où il rencontre Jim Clark, le fondateur de Silicon Graphics, autre success stories de la région. A la mi-1994, les deux compères fondent Mosaic Communications que sera située à Mountain View, autre lieu historique de la Silicon Valley.
Ils s'attellent au développement d'un navigateur, mais ils sont obligés de repartir de zéro car l'Université avait la propriété intellectuelle de Mosaic. Les concepteurs donnent le nom de Mosaic Netscape à leur produit, puis le rebaptisent Netscape Navigator tout comme l'entreprise qui devient tout simplement Netscape, cela pour éviter des problèmes avec NCSA.

La Roche Tarpéienne est proche du Capitole
Tout va bien pour Netscape dont le tout nouveau navigateur éponyme connaît un succès foudroyant, succès qui est conforté par une entrée en bourse (IPO) le 9 août 1995. L'action devait être introduite à 14 dollars pour finalement être fixée à 28 dollars. A la fin de la première journée, Netscape cote 75 dollars. Une des meilleures introduction en bourse de l'histoire. Et l'on est encore assez loin de l'explosion de la bulle Internet. Un des objectifs de Netscape était de développer une même interface quel que soit le système d'exploitation sur lequel elle fonctionne afin de proposer ce que les américains une expérience utilisateur identique.
Et c'est là où Microsoft, qui s'était un peu endormi, se réveille soudainement en comprenant le danger de voir un logiciel s'installer sur tous les postes de travail. On assiste un peu à la même problématique actuellement avec Google. Mais Google n'est pas Netscape et comparaison n'est pas raison car les situations sont très différentes, dix ans passés, l'Internet s'est extraordinairement développé et Google est devenu un géant.
L'histoire veut que Microsoft ait proposé après une visite sur le campus de Netscape en juin 95 une sorte de Yalta du marché pour les nagivateurs : à Microsoft les environnements Windows, à Netscape le reste, proposition peu alléchante dans la mesure où Microsoft possède un quasi monopole sur les OS de PC. Microsoft a nié cette version des faits (Government alleges illegal campaign by Microsoft). Toujours est-il que Microsoft n'est pas encore le mastodonte d'aujourd'hui : L'éditeur « ne père que » 5,9 milliards de dollars de chiffre d'affaires contre plus de 50 milliards sur le dernier exercice.
Avec Windows 95 introduit à l'été 2005, Microsoft intègre Internet Explorer, son propre navigateur qui est proposé gratuitement. IE avait été développé à partir de d'une version de Mosaic réalisé par Spyglass. (Memoirs From the Browser Wars). Assez rapidement, IE s'est hissé au même niveau fonctionnel que le navigateur de Netscape. En quelques mois, Microsoft renverse complètement la situation et réussi à imposer son navigateur sur le marché. Des actions juridiques sont engagées aux Etats-Unis et en Europe, mais ne changeront pas grand chose. Du coup la situation de Netscape se retourne complètement et la société rencontre de très graves difficultés avec des licenciements importants en janvier 1998.
Mesure et démesure
La même année, l'aventure se termine avec le rachat d'America Online (AOL) en novembre pour le montant de 4,2 milliards de dollars. Cette acquisition est perçue par beaucoup comme l'association de la carpe et du lapin tant les cultures des deux entreprises sont différentes. Effectivement, il n'en sortira pas grand chose. En Mai 2006, le magazine PC World désigne AOL à la première place des bonnets d'ânes technologiques (The 25 Worst Tech Products of All Time). En revanche, les technologies de Netscape ont été d'une certaine manière recyclées. D'abord, en janvier 1998, Netscape a lancé le projet Open Source Mozilla qui a donné naissance un peu plus tard au navigateur Firefox. Par ailleurs, les technologies serveurs et le groupe Professional Services rejoignent Sun dans un groupe baptisé à l'époque iPlanet, une alliance entre Sun et AOL. En 2004, Red Hat annoncera qu'il a racheté une partir de Netscape Entreprise Suite et qu'il en a intégré une partie dans RHEL (Red Hat Enterprise Linux). Le 1er juin 2005, Red Hat dévoilera Fedora Directory Server.

Dans cet écheveau qu'il est assez difficile de démêler, AOL engage une action juridique (Sun lancera de son côté une action qui s'est soldée par un accord qui a coûté 1,6 milliard de dollars à Microsoft) contre Microsoft qui se soldera en mai 2003 par un accord à l'amiable qui coûtera 750 millions de dollars à Microsoft. En 2000, la bulle Internet enfle. AOL rachète la société Time Warner pour la somme extravagante de 164 milliards de dollars pour former le groupe AOL Time Warner. Le groupe abandonnera le préfixe AOL en 2002 suite à des pertes vertigineuses cette année.
Le 15 juillet 2003, Time Warner décide d'arrêter les activités de Netscape. L'aventure est terminée. Netscape n'aura pas vécu dix ans.
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le 15/05/2008 à 13:14