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Propos d’investisseurs en Silicon Valley

mardi 04 décembre 2007

20071204_23Par Guy Hervier. Beaucoup d'appelés, peu d'élus. Pour chaque business plan que reçoit une société de capital risque, une dizaine font l'objet d'un intérêt particulier et, au final, un seul va bénéficier d'un financement. Ce sont les ordres de grandeur que donne la société Global Insight. Mais cela n'empêche pas des dizaines de jeunes, voire moins jeunes, entrepreneurs de se lancer dans l'aventure.  Quelques investisseurs dela Silicon Valley font part de leur expérience.

 

 « L'innovation a besoin d'un génie pour prendre corps. C'est là une des mythes qui a la peau dure », affirme Peter Marcotullio, directeur du business development au SRI, un des principaux instituts de recherche de la Silicon fondée par l'université de Stanford et indépendant depuis 1970. Peter Marcotullio sait de quoi il parle car a il été lui-même dans une société d'investissement et a participé au financement de plus d'une douzaine d'entreprises.

 

20071204_24La Silicon Valley est sans doute la terre d'élection la plus fertile pour créer une start up car elle regroupe nombre d'ingrédients qui sont favorables à l'éclosion de l'innovation et au lancement d'une entreprise dans le domaine de la high tech. Sachant qu'aux côtés des domaines traditionnels des biotechnologiques et de la high tech, se développe actuellement ce que l'on appelle le Clean Tech, un domaine qui recouvre à la fois les énergies renouvelables, la génération, l'économie et l'intelligence énergétique.

 

« Le Clean Tech est aujourd'hui au stade de développement ou en était l'IT dans les années 80 », estime Matt Lecar, venture capitalist chez Trinity, un des plus gros fonds de 1,3 milliard de dollars, mais qui a travaillé aussi chez EDF, dans une structure qui mise en place pour travailler avec les start ups.  C'est un domaine qui va  se développer rapidement et les grands noms du Venture Capital s'y intéressent de très près.  Pour Matt Lecar, l'esprit de la Silicon Valley va s'appliquer au domaine du Clean Tech. Mais comparaison n'est pas raison et le Clean Tech présente des différences majeures avec l'informatique. D'abord le secteur de l'énergie pèse beaucoup plus lourd avec des acteurs énormes. Par ailleurs, les cycles sont beaucoup plus long, les infrastructures de distribution beaucoup plus lourdes. Google dont on se demande quel domaine lui échappe à déclarer cette semaine qu'elle s'apprêtait à dépenser plusieurs centaines de millions de dollars dans ce domaine dans le cadre d'un projet baptisé Renewable Energy Cheaper Than Coal.

 

Les ingrédients d'un bon dossier

 

Dans l'analyse d'un dossier, un capital risqueur prend en compte plusieurs éléments indique Global Insight dans sa publication Venture Impact parmi lesquels la qualité de l'équipe, le concept, le marché, le potentiel de l'entreprise et le montant de l'investissement nécessaire. Dans le domaine de l'Internet tout particulièrement, une idée doit viser d'emblée un marché mondial, doit pouvoir être scalable (pouvoir être démultipliée de manière industrielle) et pouvoir réussir dans une période raisonnable. Et être véritable innovante. Une idée qui améliorerait seulement de 10 à 20 % un  produit ou un service existant n'a aucune chance d'être retenue.

 

Jean-Louis Gassée n'était a priori pas destiné à devenir Venture Capitalist. Il avoue même avoir commencé à les détester dans un premier temps pensant qu'ils ne servaient à rien. L'ex-responsable d'Apple a gardé une grande admiration pour son ancien employeur et son fondateur. Pendant dix ans, j'ai cru à l'idée qui en fait est un mythe que Windows était fait pour l'entreprise et que le Mac pour les particuliers.

« En quittant Apple, j'ai voulu mettre mes propres économies dans le financement de mon projet afin de prouver à mes interlocuteurs que mon projet était sérieux, confie-t-il. En fait cela montrait seulement que j'étais le seule à croire à mon discours. » L'ancien responsable du développement produits d'Apple est rentré en 2002 chez Allegis Capital et est au conseil d'administration de sociétés comme WaveMaker, QueueSecure et PureWave.

 

Contrairement à la France, l'activité de VC aux Etats-Unis est totalement décorrélé de la banque, ce qui est plutôt sain car les deux activités poursuivent des objectifs différents.  Quels sont les domaines technologiques qui sont toujours en pointe dans la SV ? « Le Web 2.0, les mash up, les mobiles, les systèmes embarqués et les réseaux sociaux » figurent selon Jean-Louis Gassée, parmi les thèmes qui sont très actifs.

La prime au premier

 

« Internet est une sorte de trou noir qui attire toutes les innovations et absorbe toutes les idées », considère Vincent Worms fondateur et general manager de la société de capital risque Partech qui intervient à la fois sur les sciences de la vie et sur l'IT. Vincent Worms est au conseil d'administration de plusieurs sociétés dans la high tech incluant inQ, InQuira, Intalio, mSnap, and Quaris.

 

Pour Vincent Worms, trois domaines sont en pleine expansion : le commerce électronique, le mobile dont on est au tout début et le Semantic Web dont un des axes de développement pour être de faire profiter la collectivité des informations collectivités lors de la navigation sur Internet. Pour Vincent Worms, les outils de recherche sur Internet sont encore très rudimentaires.

 

« Une des tendances depuis le milieu des années 90 est que les introductions en bourse se sont faites plus rares alors que les fusions & acquisitions se sont multipliées entraînant une sérieuse consolidation de l'industrie du logiciel. Ce qui pourrait aboutir à ralentir l'innovation », estime Vincent Worms. C'est alors que le coût de la non innovation pourrait devenir un problème. Une des caractéristiques du business sur Internet est que, selon la formule américaine, « the winner takes all ». En tous cas, il favorise largement la prime au premier.

 

Il fut une époque où le chiffre d'affaires et le bénéfice était un élément important de valorisation des entreprises. Il semblerait qu'on revienne un peu à la période où le seul le trafic comptait. Le Web 2.0 s'appuie énormément sur la notion de taille de la communauté. Facebook a plus de 50 millions d'utilisateurs alors que SAP n'en a que 12 millions. Et alors ? C'est évidemment là un paramètre très insuffisant.

 

20071204_25Jeff Clavier a démarré son activité dans le capital risque après avoir rencontré quelques beaux succès et gagné de l'argent pour se spécialiser dans le Web 2.0. Sa stratégie est de répartir ses investissements dans différents affaires afin de diminuer les risques. Aujourd'hui, Jeff Clavier est un investisseur dans sa propre société Softtech qui indique suivre actuellement quelque 160 dossiers. Les particularités du Web 2.0 est que l'investissement initial est relativement limité, mais le risque tout aussi limité. Entre 75000 et 100 000 dollars suffisent pour voir si un projet va marcher, estime Jeff Clavier. Pour l'instant, le modèle économique qui domine largement dans le domaine du consumer Web est celui de la publicité. Les domaines qui sont en pointe dans le Consumer Web 2.0 selon Jeff Clavier : Les réseaux sociaux, les communautés verticales, le jeu, les infrastructures, la recherche et la découverte sur Internet basé sur les communautés (ce que l'on appelle aussi les folksonomies)

 

« Mais même s'il y a des différences des deux côtés de l'Atlantique, le succès n'arrive pas sans le travail », conclut Marylène Delbourg-Delphis, fondatrice de 4e Dimension et de Cilantro Production, une société de coaching dans la Silicon Valley. 

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