50 ans de Silicon Valley
Facebook : l'explosion des réseaux sociaux
En 2006, Mark Zuckerberg a gentiment refusé l'offre que lui faisait Yahoo ! pour racheter son entreprise et le chèque de 1 milliards de dollars qui allait avec. Folie, arrogance, démesure ? Peut-être tout cela à la fois. Mais que pèse le fait de gagner 1000 euros quand on peut en gagner 1 million ? La suite semblerait lui donner raison. En octobre dernier, Microsoft a déboursé 240 M$ pour acquérir 1,6 % du capital. Une simple multiplication porte ainsi la valeur théorique de l'entreprise à 15 milliards de dollars. Mais ce n'est que théorique et la force de Microsoft dans ce mouvement est de faire croire que c'est là la valeur de l'entreprise tout en déboursant seulement une somme modique (relativement à son budget bien sûr).
Toutefois, n'est-ce pas là une totale extravagance pour une entreprise qui a seulement 3 ans et qui devrait réaliser quelque 150 M$ de chiffre d'affaire dont une bonne provient d'un partenariat commercial avec Microsoft ? « Tout dépend ce qu'on entend pas valeur d'une entreprise et ne correspond pas à la valorisation boursière, commente Andrew Frank, analyste du Gartner. Pour Microsoft, ce rachat a du sens car 240 M$ ne représente pas une somme énorme pour l'éditeur, mais lui permet de s'ancrer dans le domaine prometteur des réseaux sociaux, notamment en termes publicitaires. » Pourquoi seulement 1,6 % du capital ? Je crois que les responsables de Facebook ne souhaitaient pas vendre plus. Microsoft va-t-il augmenter sa participation ? C'est possible, mais ce sont là de pures spéculations. L'entreprise emploie 700 personnes et est basée à Palo Alto, en plein cœur historique de la Silicon Valley
Petit retour en arrière. En février 2004, Mark Zuckerberg, alors étudiant à Harvard, et quelques amis créent une sorte d'annuaire en ligne interactif à la sauce Web 2.0. Au début, cet annuaire était restreint à la fameuse université de Cambridge. Mais, de proche en proche, Facebook s'est ouvert à toutes les universités américaines, puis étrangères pour finalement être ouvert à tous sans restriction. Aujourd'hui, Facebook indique le chiffre de 52 millions d'utilisateurs ont activé leur compte dans les trente derniers jours.
Si l'on transpose le projet dans le monde du contenu et des portails, Facebook serait aux réseaux sociaux ce que Yahoo ! était dans les premières années aux annuaires de contenu (avant de devenir un moteur e recherche comme Google). Alors que la création de contenu de Yahoo ! était faite par des personnes ad hoc, celle de Facebook est faite par les utilisateurs eux-mêmes.
De par ses origines, Face est largement présent cher les étudiants. On parle de 85 % de parts de présence au sein des universités américaines (85 % des étudiants qui font appel aux réseaux sociaux utilisent Facebook). Toutefois, la catégorie d'age qui croit le plus vite est celle des 25-34 ans (+180 % entre mai 2006 et mai 2007). « Nous constatons la même évolution chez MySpace », constate Andrew Frank. Facebook dans le cadre de l'entreprise ? Facebook constitue une plate-forme logicielle qui peut intéresser l'entreprise pour toutes sortes d'applications. En interne, des applications liées aux ressources humaines - intégration des nouvelles recrues, gestion des avantages sociaux... - ou encore au travail collaboratif. En externe, des applications comme par exemple la gestion de la relation client. Ces futures applications pourraient entrer en concurrence avec les applications traditionnelles de gestion des ressources humaines ou de la relation client. »
L'histoire de Facebook - plutôt courte - est marquée par deux dates importantes. En mai 2007, Facebook lance la Facebook Platform (f8) qui offre un cadre ouvert permettant à tous les développeurs de créer des applications qui peuvent interagir avec les fonctionnalités de la plate-forme. Depuis le lancement de cette plate-forme, on dénombrerait quelque 4000 applications, la très grande majorité ayant été développées par des tierces-parties. Leur répartition est une bonne illustration de la « longue tail ». Quelques unes sont très populaires comme « Top Friends » ou « video » et la très grande majorité s'adresse à des cercles beaucoup plus retreints. Parler d'applications est sans doute pas approprié dans la mesure où ce sont parfois de tout petit services.
Plus récemment, le 7 novembre 2007, Mark Zuckerberg annonce Facebook Ads, un système de publicité dite comportementale dont la cible est constituée des 50 millions de membres du réseau social (En France, le nombre d'utilisateurs est passé de 40 000 en juin à 127 000 en septembre). Mais aussi où chaque membre est transformé en agent publicitaire. Dès l'annonce, Facebook faisait état de plus de 60 annonceurs dont Blockbuster, Coca-Cola, Sony Pictures, Verizon... et de 100 000 pages. Comment ça marche ? Un utilisateur de Facebook qui loue une vidéo sur le site de Blockbuster se voit demander s'il serait d'accord de recommander ce film à ses amis de Facebook. Cela n'est pas sans poser de problèmes en particulier de protection des données privées. D'ailleurs, les premières réactions des utilisateurs ont été plutôt négatives. Qui en effet aimerait se voir transformer en homme sandwich et faire la publicité de certains types de produits. Mais, il semble évident que les responsables de Facebook sont prêts à accepter les compromis nécessaires pour cette future machine à gagner de l'argent fonctionne à plein régime.
Jusqu'ici qu'elles ont été les sources de revenus de Facebook ? Il y a d'abord eu les levées de fonds, au total plus de 40 millions de dollars en provenance d'Accel Partners, Greylod Partners, Meritech Capital Partners. Il y a ensuite des revenus publicitaires via un accord avec Microsoft (A signaler que le CPM : coût pour mille c'est-à-dire ce que Microsoft est prêt à payer par clic). Il y a aussi des sponsors. Au total, plus de 150 entreprises parmi lesquelles Nike, Victoria Secret qui sont prêtes à payer 300 000 dollars pour une présence sur le réseau social pendant 3 mois. Selon le Wall Street Journal (édition du 23 août), le chiffre d'affaires 2007 est estimé à 150 M$ et un bénéfice net de 30 M$.
S'il avait été créé il y a une vingtaine d'années, Facebook aurait sans doute été un service payant. A 5€ euros par utilisateurs et par an (un forfait plutôt raisonnable), cela représenterait un chiffre d'affaires de 250 M€, ce qui n'est pas si mal. Autre temps, autres mœurs. Nous sommes entrés dans l'ère de la démesure où à moins de 1 milliard de dollar, le jeu n'en vaut pas la chandelle.
« Les ambitions de Facebook sont très élevées, conclut Andrew Frank. Ses responsables veulent en faire une plate-forme Internet de la dimension de Google. Ils possèdent les fondations et la motivation pour atteindre cet objectif. Pour l'heure, ils doivent faire la preuve que leur modèle de recettes publicitaires fonctionne. Ensuite, ils évolueront vraisemblablement vers le monde de l'entreprise.

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le 20/03/2010 à 11:49