Harold Goldberg, CEO de Zend Technologies
La plate-forme PHP évolue vers les applications d’entreprise
Zend Technologies, The PHP Company, est la société qui assure la diffusion du langage Open Source PHP, mais aussi celle de produits propriétaires développés en interne. Zend vient d'annoncer Zend Platform 3.6 et Zend Studio for Eclipse. Harold Goldberg, CEO de Zend et Christian Durel, directeur de la filiale française commentent les évolutions récentes et les perspectives. Propos recueillis par Guy Hervier.
Vous avez travaillé dans le secteur du logiciel et vous êtes à la tête de Zend Technology depuis un an. Aviez-vous été exposé au monde de l'Open Source auparavant ?
Harold Goldberg : directement non, j'ai plutôt travaillé dans le logiciel commercial, notamment chez BMC Software. Mais je me souviens d'une rencontre en 2001 avec le DSI de l'administration brésilienne des impôts qui a commandé 50 000 postes de travail sans système d'exploitation et m'avait expliqué qu'il souhaitait substituer l'environnement Windows contre Linux et que cela lui fera gagner des millions de dollars. Cela m'avait marqué.
Comment percevez-vous l'évolution des environnements Web ?
H.G. : Clairement toutes les applications vont évoluer vers le Web. Bien sûr, il n'est pas question pour les entreprises existantes de tout réécrire. Cela coûterait beaucoup trop cher et prendrait trop de temps. En revanche, pour les nouvelles applications, le scénario sera différent et les technologies Web seront prises en considération dès la conception. Avec l'évolution de l'économie, il est impératif pour les entreprises d'ouvrir aux utilisateurs finals l'accès aux données et aux applications et cela se fait via le Web. C'est là où nos outils ont un rôle important à jouer.
Quelles sont les relations entre Zend Technology et The PHP Group ?
H.G. : PHP est un des langages Open Source les plus diffusé. Il est utilisé sur plus de 30 millions de sites et par quelque 5 millions de développeurs. La communauté des développeurs du langage PHP lui-même représente environ 500 personnes si l'on inclut les extensions, c'est là une des plus grandes communautés de développeurs Open Source. De son côté, le framework bénéficie environ d'une centaine de développeurs. La majorité d'entre eux sont des contributeurs indépendant des organisations.
C'est là une des grandes différences avec Linux ou MySQL. Pour Linux, un tiers sont indépendants et deux tiers sont employés dans des entreprises. Sachant que le haut de la pyramide, dont Linux Torvald, appartiennent à une entité indépendante. Côté MySQL, le modèle est encore différent puisque l'entreprise réalise son développement en interne. Concernant PHP, une demi-douzaine de développeurs assument la destinée du langage et prennent les décisions. Bien sur, les groupes sont organisés par grands domaines : sécurité, accélération...
Commençons par l'actualité. Pouvez-vous donner quelques indications sur les deux produits que vous annoncez ?
H.G. : Aujourd'hui, nous annonçons Zend Platform 3.6 et Zend for Eclipse. La version 3.6 de Zend Platform - qui peut être présenté comme un serveur d'application PHP - bénéficie d'amélioration dans deux directions : les performances, grâce notamment à un gestion des caches plus efficaces, et dans la supervision pour détecter plus facilement les dysfonctionnements. Sachant que Zend Platform est basé sur la dernière version du langage PHP. Zend Platform est proposé à 1500 euros par serveur.
De son côté, Zend Studio for Eclipse s'appuie comme son appellation l'indique sur le framework développé par le consortium Eclipse. Nous avons lancé une version gratuite pour développeurs en octobre dernier. La version commerciale que nous annonçons s'appuie sur la version gratuite et améliore la qualité des applications développées, leur performance, réduit les délais de développement... Elle s'appuie directement sur le framework Eclipse. Cette version de Zend Studio est proposée à 399 euros par développeur.
Ces deux annonces marquent une étape supplémentaire vers le monde de l'entreprise. Il existe quatre voies possibles qui peuvent être explorer seule ou de manière combinée : étendre les applications vers le Web, ouvrir les données, exposer et/ou utiliser les applications des partenaires via les services Web et intégrer l'utilisateur final au système d'information. De par sa conception et sa nature multi plate-forme et multi bases de données, PHP permet de créer des applications composites ou des mashups. Il est aussi particulièrement adapté pour participer au phénomène des réseaux sociaux et autres applications Web 2.0 qui vont transformer le monde de l'entreprise comme ils l'ont déjà dans le grand public. Ce ne sont pas des modes, mais de réelles applications qui sont là pour durer. Et ce n'est que le tout début.
Nous avons affaire à deux populations : les développeurs et les administrateurs. Les premiers sont plutôt intéressés par les innovations, les performances, l'intégration des dernières technologies telles qu'Ajax ou Flex... Les responsables d'exploitation, eux, souhaitent avoir des outils d'administration performants, faciles à utiliser, offrant un niveau de sécurité élevé...
Au fur et à mesure que nous évoluons vers le monde des entreprises, nous devons offrir des outils plus robustes et les services de formation, de consulting et de support dont elles ont besoin.
Quel est votre modèle économique ?
H.G. : nous sommes un éditeur hybride dont le catalogue est constitué de produits Open Source et de produits propriétaires. Core est un outil de développement Open Source gratuit que nous avons testé dans différents environnements d'exploitation ou avec différentes bases de données. Autour de ce produit, nous proposons des services sous la forme de consulting ou de support avec les trois niveaux classiques. Ce produit bénéficie des fonctionnalités - mises à jour, patches... - de Zend Network.
En revanche, Studio (un IDE écrit en Java et C++), Platform (un serveur d'application écrit en PHP et C++), Guard et Optimizer sont des logiciels propriétaires classiques vendus sous forme d'abonnements. Pour ces produits, qui sont conçus en interne, nous avons une cinquantaine de développeurs (sur environ 170 personnes que compte la société), principalement situés en Israël et en Bulgarie. De nombreux applications Web fonctionnent uniquement avec les produits Open Source.
Zend a aussi une autre mission : jouer le rôle d'ambassadeur pour les fournisseurs tels qu'IBM, Oracle... vis-à-vis de la communauté réunie autour de The PHP Group avec laquelle nous avons des relations très étroites.
Quelle est la situation de Zend en France ?
Christian Durel : La France est particulièrement avancée dans le domaine Open Source, notamment parce que l'administration a une politique volontariste dans ce domaine. Nous avons des clients dans l'administration, le Web et le commerce électronique tel qu'Alapage ou Orange, mais aussi des clients traditionnels comme la BNP. Au total, nous avons plus de 350 clients en France. Et bien entendu, beaucoup plus d'entreprises qui utilisent le langage Open Source PHP.
Le potentiel de développement est énorme. 90 % des grandes entreprises utilisent PHP, certaines pour un petit site Web, d'autres pour une application stratégique. Chaque semaine, nous comptabilisons entre 300 et 400 téléchargements de nos produits. Nous contactons les entreprises qui se sont déclarées à l'occasion d'un téléchargement pour leur offrir nos services. Nous avons un partenariat important avec Business & Decision.
Java et PHP sont nés à peu près en même temps. Comment jugez-vous l'évolution des deux langages ?
H.G. : Clairement, il n'existe pas d'outils qui puissent répondre à tous les besoins. Java est très bien pour supporter des applications transactionnelles sur le serveur. PHP est plus orienté vers le client. Mais cette situation n'est pas figée et aucune évolution n'est à exclure. Par ailleurs, les deux langages coexistent très bien.
Comment analysez-vous le rachat de MySQL par Sun ?
H.G. : C'est une excellente opportunité pour les deux entreprises. Bien entendu, la suite dépendra de ce que Sun va faire. Mais c'est aussi une excellente opération pour le logiciel Open Source. Cela va certainement pousser les entreprises à s'y intéresser plus.
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le 15/05/2008 à 13:14