Dossier Microsoft (Troisième partie)
L’infrastructure serveur
L'article qui suit constitue le troisième volet d'un dossier consacré à Microsoft publié en cinq parties. Après les deux premières parties faisant l'état des lieux de la situation de Microsoft en 2008 et présentant la stratégie poste client de Microsoft, l'article qui suit traite de l'infrastructure serveur.
Par Hugo Lunardelli.
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TROISIEME PARTIE : L'INFRASTRUCTURE SERVEUR
Windows Server 2008 ou l'aboutissement de vingt années d'investissements sur le marché du réseau d'entreprise.
Avec le lancement mondial officiel dans quelques jours de Windows Server 2008, Microsoft prépare l'introduction la plus importante de ces cinq dernières années en matière d'infrastructure réseau.
Il s'agit pour Microsoft de célébrer le lancement du successeur de Windows Server 2003, le système d'exploitation serveur le plus couramment utilisé dans l'infrastructure réseau des entreprises, et donc de préparer un nouveau cycle de déploiement qui impactera les infrastructures d'un grand nombre de sociétés dans les années à venir. La signification de ce lancement tient à ce que l'arrivée de Windows Server 2008 va permettre à Microsoft de généraliser l'usage de technologies encore confidentielles il y a cinq ans telles que la virtualisation, le clustering, IPv6, la sécurisation via IPsec, le contrôle d'accès client, le datacenter dynamique...
Ce lancement mondial qui interviendra le 27 Février, englobe également Visual Studio 2008 et SQL Server 2008, et constituera le lancement produit le plus important de 2008 pour Microsoft dans le domaine des serveurs, faisant suite aux lancements de Vista et d'Office l'année précédente.
Une stratégie d'investissement à long terme
Avec cette nouvelle version de Windows Server, Microsoft engrange les retombées d'un pari stratégique débuté il y a vingt ans : en 1988, année ou l'éditeur recrutait Dave Cutler (le concepteur de VMS chez Digital) avec pour mission de conduire le développement d'un nouveau système d'exploitation qui devait succéder à MS-DOS, avant que de finalement devenir le remplaçant d'OS/2 à la suite de la rupture avec IBM.
Il s'agissait pour Microsoft de préparer le futur de la société en adressant le marché de l'entreprise alors dominé par IBM, Digital, HP ou Unisys mais également Novell qui devait, dans les années 90, s'imposer avec Netware comme le leader du marché naissant des réseaux locaux.
Ce nouveau système, lancé en 1993 sous le nom de Windows NT 3.1 (NT pour New Technology), devait connaître un certain nombre d'itérations qui allaient progressivement faire de Windows la plateforme réseau privilégiée des entreprises au détriment principalement de Netware de Novell mais aussi d'OS/2 d'IBM, sans oublier les solutions à base d'Unix. Windows NT 3.1 fut suivi par Windows NT 4.0, Windows 2000, Windows Server 2003 et enfin aujourd'hui Windows Server 2008.
Les principales évolutions de Windows Server
Les progrès de Microsoft sur ce marché furent malgré tout difficiles, les premières versions ayant fait l'objet de nombreuses critiques.
Dans le domaine de l'administration, les structures en « domaines » rigides et complexes de NT 4.0 laissèrent place à Active Directory, un annuaire d'entreprise introduit avec Windows Server 2000, qui devait rapidement s'imposer face à Netware Directory Services jusque là dominant.
Avec Windows Server 2000, la plupart des services réseaux étaient installés et ouverts par défaut, ce qui fit le bonheur de générations de hackers avant que Microsoft ne verrouille l'installation de ces services avec Windows Server 2003 et finalement n'aboutisse à la notion de Server « Core » (sur laquelle nous reviendrons plus loin) avec Windows Server 2008.
Windows Server 2003 était également la première version développée suivant les principes du « Trustworthy Computing » réduisant sensiblement les attaques de sécurité par rapport à son prédécesseur. Le cru 2003 fut également le premier à implémenter le Framework .NET et donc à devenir une plateforme applicative à même de supporter les services Web.
Internet Information Server (IIS) souffrit longtemps de nombreuses vulnérabilités qui furent finalement corrigées avec la version 6.0 (introduite avec Windows Server 2003) ce qui permit à Microsoft de réduire progressivement l'écart qui le séparait d'Apache.
Du serveur de fichiers au serveur d'applications
Au cours des années, les rôles dévolus aux versions successives de Windows Server ont connu une évolution significative : de simple serveur de partage de ressources départemental à ses débuts avec NT 4.0, Windows Server a pris du galon avec la version 2000 en devenant la plateforme d'infrastructure réseau de la plupart des entreprises grâce au succès d'Active Directory (AD).
On peut considérer, a posteriori, que cet outil a servi de cheval de Troie à Microsoft en lui donnant le contrôle d'un élément clé du système d'information des entreprises : leur annuaire. C'est sur AD qu'est venu logiquement reposer l'annuaire d'Exchange 2000, jusque là autonome. C'est sur AD que sont venus ensuite se greffer l'authentification de la plupart des applications métiers du marché, de SAP à Oracle, Siebel et bien sûr les applications serveurs de Microsoft : SQL Server, SharePoint, Communications Server ainsi que la gamme Dynamics. C'est également sur AD que reposent les GPO (Group Policy Object), un outil essentiel dans l'application des politiques de sécurité sur les postes de travail en réseau.

L'étape suivante à consisté pour Microsoft à exploiter la montée en puissance des serveurs x86 pour venir concurrencer Sun, HP et IBM sur le créneau des serveurs d'application. Oracle avait déjà porté son moteur de base de données sur NT 4.0 et cette tendance s'est confirmée avec la décision stratégique pour SAP de porter R/3 sur Windows Server. Microsoft a de son côté profité du succès de SQL Server pour crédibiliser la capacité de montée en charge de sa plate-forme face à Solaris, HP-UX ou les offres d'IBM.
Aujourd'hui, Windows Server est devenue une plateforme polyvalente capable aussi bien d'héberger des services d'infrastructure, que des applications de production, des serveurs Web ou des services Web, sans oublier l'orchestration de services réseaux via l'intégration du Framework .NET qui en fait une plateforme SOA de facto (avec l'aide de BizTalk Server et de SQL Server pour ce qui concerne l'offre SOA de Microsoft).
Chaque nouvelle version confortait la progression de Microsoft sur ce marché. L'éditeur a ainsi vu les revenus de sa division Server & Tools progresser régulièrement de 15 à 20 % depuis de nombreuses années au point de faire de cette division une des plus performantes de Microsoft, à l'origine de près du quart des revenus de la société, derrière la division client (Windows) et la division Information Worker en charge d'Office.
Au bout de ce parcours de deux décennies, Microsoft a conquis avec Windows Server une part de marché mondiale supérieure à 70 %, selon les études d'IDC qui mesurent les livraisons de serveurs en entreprise sur une base trimestrielle. Microsoft, pour sa part, estime que la base installée de Windows Server, en entreprise, fait également état d'une pénétration de plus de 70 %. Cette position situe très loin derrière les concurrents d'autrefois (Netware de Novell) et d'aujourd'hui, principalement Linux (autour de 20 %).
Moins visible que la domination de Windows sur le poste de travail, Windows Server représente pourtant de fait l'infrastructure réseau de la plupart des entreprises ; le système nerveux de celles-ci étant piloté par Active Directory, également installé dans plus de 75 % des sociétés utilisatrices.
Une plate-forme réseau qui arrive à maturité
Avec Windows Server 2008, il est probable que l'influence de Windows Server continue à s'étendre, tant en ce qui concerne les services réseaux traditionnels (Annuaire, DNS, serveur d'applications, Terminal Services, serveur Web...) que pour ce qui est de la consolidation des datacenters au moyen des technologies de virtualisation.
Une des raisons du succès de l'offre serveur de Microsoft tient à ce qu'elle constitue une plate-forme intégrée de services réseaux, d'outils d'administration et de monitoring (via la gamme System Center), l'ensemble étant sous-tendu par une vision énoncée en 2003, appelée DSI pour Dynamic Systems Initiative.
Le lancement de Windows Server 2008 représente la culmination de ces différents efforts qui arrivent à maturité pour constituer une plateforme unique dans l'industrie dans sa complétude fonctionnelle.
L'accueil réservé à cette nouvelle version devrait être plus chaleureux que celui qui fut fait à Windows Vista, Windows Server 2008 ayant reçu récemment le « eWeek labs Analyst choice » qui consacre les meilleurs produits dans leur catégorie.
Si Vista avait fait couler beaucoup d'encre en nécessitant un développement de cinq ans, cette même durée ne pose pas de problèmes s'agissant d'une nouvelle génération de système d'exploitation serveur. Les administrateurs réseaux étant par nature prudents, un cycle de cinq années permet d'étudier sereinement les évolutions proposées et ainsi de planifier les migrations en fonction du calendrier des entreprises sans avoir à subir de pression de la part de certains utilisateurs comme cela peut être le cas pour des technologies grand public.
Microsoft a mis à profit ces cinq ans pour se donner les moyens de tester Windows Server 2008 en profondeur, certains modules ayant été en test pendant 18 mois à deux ans chez des clients comme chez l'éditeur. Cette période a également servi à s'assurer de la compatibilité des principales applications serveurs avec Windows Server 2008 et ainsi de garantir une migration harmonieuse en évitant un certain nombre des critiques qui ont entaché Vista.
Le début de la migration massive vers le 64 bits
Windows Server 2008 sera la dernière version disponible à la fois dans une version 32 bits et 64 bits. Déjà amorcée avec Exchange 2007, la transition vers le 64 bits s'accélère ; les serveurs 64 bits étant les seuls à pouvoir supporter Hyper-V, l'hyperviseur intégré à Windows Server 2008. Les serveurs 32 bits seront quant à aux supportés pour des raisons de compatibilité avec le parc de serveurs existant, mais ils seront dans la plupart des cas relégués au statut de serveurs subalternes, la plateforme serveur par défaut étant à base de processeurs 64 bits.
Une gamme de solutions serveurs qui continue à s'élargir
Au cours des années, l'offre Windows Server a progressivement été déclinée dans de multiples versions visant à satisfaire les besoins d'entreprises de tailles différentes ainsi que pour répondre à des scénarios spécifiques.
Windows Server est ainsi disponible dans une version « PME » avec Small Business Server pour les réseaux de 5 à 50 postes, et sera bientôt commercialisé dans une version entreprise moyenne avec un nouveau produit appelé Windows Essential Business Server pour les réseaux de 25 à 250 postes.
La gamme Windows Server c'est aussi une version « Cluster », une offre destiné à la sauvegarde avec Data Protection Manager et une version « NAS » avec Windows Storage Server. Une version « domestique » a même été commercialisée en fin d'année dernière sous le nom de Windows Home Server.
Pour l'entreprise, Windows Server 2008 sera comme les éditions précédentes disponibles en version Standard, Enterprise et Datacenter.
Les nouveautés de Windows Server 2008
Sans entrer dans une énumération complète, mentionnons que Windows Server 2008 apporte un grand nombre d'avancées dans les domaines de l'administration, de la sécurité, du serveur Web ainsi que dans la virtualisation qui constitue un des axes stratégiques sur lequel nous reviendrons plus loin.
Concernant l'administration, Windows Server 2008 se voit doté de PowerShell, un shell de commandes extensible destiné à automatiser l'administration de fermes de serveurs. Autre évolution dans ce domaine avec l'apparition du serveur « Core » : version allégée de Windows Server 2008, dotée uniquement d'une interface en ligne de commande, et installée avec le minimum de services nécessaires à l'accomplissement du rôle qui lui est dévolu. Cette option « Core » a pour conséquence de diminuer la surface d'attaque potentielle, de limiter le nombre de correctifs de sécurité à appliquer et permet également de recycler de vieux serveurs qui pourront entamer une nouvelle carrière en devenant un serveur « Core » DNS, DHCP ou de serveur de fichiers.
La sécurité est renforcée avec l'arrivée de NAP (Network Access protection) permettant de s'assurer de l'intégrité de tout poste qui se connecte au réseau de l'entreprise. NAP constitue une alternative à la solution NAC (Network Access Control) de Cisco, les deux architectures pouvant néanmoins cohabiter.
Windows Server 2008 intègre en outre un certain nombre de changements concernant l'annuaire Active Directory qui ont notamment pour effet une meilleure sécurisation des serveurs d'agence. Ces évolutions d'AD autorisent le déploiement de contrôleurs de domaines en lecture seule (RoDC pour Read only Domain Controler) et encryptés via BitLocker, le même mécanisme de chiffrement à l'œuvre dans Vista. On notera en outre une mise en œuvre facilitée de la protection des documents sensibles avec Right Management Services.
Enfin, Windows Server 2008 intègre une version ré architecturée, pour devenir complètement modulaire, d'Internet Information Services (IIS version 7.0) qui se voit doté d'un nouveau mode de licensing devant faciliter sa pénétration auprès des hébergeurs.
Le soutien de System Center
Windows Server n'aurait sans doute pas conquis la position qui est la sienne sans le concours des outils d'administration, de déploiement et de monitoring de la gamme System Center.
L'offre System Center constitue, là encore, l'aboutissement d'investissements remontant à de nombreuses années, plus précisément à 1993 pour le plus ancien. C'est lors de cette année que la première version de System Management Server (depuis rebaptisé System Center Configuration Manager) faisait une apparition conjointe avec Windows NT 3.1. Il s'agissait alors de la première solution de télédistribution de logiciels et de prise de contrôle à distance de Microsoft qui devait connaître une adoption rapide dans les grandes entreprises. Sont apparus depuis MOM (Microsoft Operations Manager), lui aussi renommé en System Center Operations Manager, mais également Virtual Machine Manager, Data Protection Manager et le futur Services Manager dont on vient d'apprendre qu'il ne serait pas disponible avant 18 mois.

En proposant, avec System Center, une palette d'outils d'administration, de déploiement et de monitoring qui s'intègrent naturellement avec son offre client et serveur, Microsoft a progressivement renforcé la présence de ses solutions de management en entreprise et représente désormais le quatrième vendeur mondial, en progression rapide derrière les fournisseurs historiques que sont IBM, HP et BMC.
L'ensemble des outils de la gamme System Center repose sur la perspective d'un datacenter dynamique, vision présentée sous l'appellation « Dynamic System Initiative » (DSI).
DSI repose notamment sur la modélisation des différents services réseaux qui permet aux équipes de développement de définir, en amont de la production, l'ensemble des paramètres décrivant le fonctionnement optimal des serveurs en opération (Exchange, SharePoint, SQL Server pour ne citer que les serveurs Microsoft). Cette connaissance des modalités opérationnelles est intégrée dans un « Management Pack » qui permet de surveiller et de corriger automatiquement la plupart des dysfonctionnements des services réseaux en production avant qu'ils n'atteignent un seuil critique.
A noter que Microsoft a fait en sorte que son langage de modélisation appelé SML (System Modeling Language) devienne un standard W3C et soit adopté par les éditeurs de solutions de Network Management. SML qui a obtenu le support de la plupart des acteurs de l'industrie (Sun, Cisco, IBM, CA, HP, Intel ou BMC) permettra à System Center de s'intégrer dans les plate-formes de supervision Tivoli d'IBM, OpenView d'HP ou Patrol de BMC, permettant aux utilisateurs de disposer d'une plateforme de supervision de bout en bout.
Un deuxième volet de la vision Dynamic System Initiative repose sur la préconisation du découplage entre ressources physiques et logiques, ce qui constitue une définition de la virtualisation.
Une vision holistique de la virtualisation
L'autre grande nouveauté de Windows Server 2008 c'est bien sûr la virtualisation matérialisée sous la forme d'Hyper-V, un hyperviseur qui fera son apparition d'ici à l'été.
Compte tenu de la disponibilité différée d'Hyper-V, le lancement de Windows Server 2008 interviendra de facto en deux étapes, la première dans quelques jours qui sera suivie d'une piqûre de rappel dans quelques mois.
Si Microsoft fait figure de challenger vis-à-vis de VMware, qui détient l'essentiel du marché de la virtualisation serveur, il n'est pas inutile de rappeler que l'éditeur n'en est pas à ses premiers pas dans ce domaine puisqu'il dispose depuis plusieurs années d'une offre de virtualisation avec Virtual PC et Virtual Server 2005.
Au-delà de la virtualisation du Datacenter qui concentre aujourd'hui toutes les attentions, Microsoft estime que le véritable impact des technologies de virtualisation se fera sentir sur le poste de travail. C'est ce qui a conduit l'éditeur à racheter la société Softricity en 2006 en vue d'intégrer son offre SoftGrid dans sa palette d'outils de gestion du poste de travail.
Microsoft mentionne enfin ses solutions de virtualisation de la présentation avec Terminal Server et souligne son partenariat avec Citrix qui vient compléter par le haut ses solutions de déport d'interface.

Hyper-V, qui sera intégré à Windows Server 2008 dans les mois qui viennent, constitue le premier hyperviseur de Microsoft basé sur un micro noyau 64 bits. Une des caractéristiques essentielle de l'architecture d'Hyper-V est qu'elle permet de tirer parti nativement de la bibliothèque de drivers disponibles pour Windows Server plutôt que de devoir émuler les périphériques du serveur au moyen de drivers virtuels, ce qui se traduit par des gains de performance conséquents.
L'autre argument invoqué par Microsoft consiste dans l'unicité de ses outils d'administration qui permet de gérer de la même façon machines physiques et machines virtuelles. Il est ainsi possible d'utiliser System Center Operation Manager (ex MOM) pour superviser un serveur Exchange installé sur une machine virtuelle de la même façon que sur un serveur physique dédié. Microsoft espère que les administrateurs réseaux souhaiteront standardiser les outils de supervision en choisissant ses solutions plutôt que de devoir gérer une hétérogénéité d'outils suivant qu'il s'agisse de superviser des machines physiques ou des machines virtuelles.
Enfin, Microsoft compte également sur un différentiel de prix qui joue en sa faveur. Hyper-V est quasiment offert avec Windows Server 2008, les éditions Enterprise et Datacenter de Windows Server permettant en outre d'héberger gratuitement quatre instances de Windows Server pour la première et un nombre illimités d'instances pour la dernière.
L'atout SoftGrid
Sur ce marché de la virtualisation qui n'en est encore qu'à ses débuts, Microsoft compte se différencier par une approche globale dans laquelle le poste de travail a autant, sinon plus, de poids que le serveur.
Les entreprises ayant opté pour l'option Software Assurance dans leurs accords d'entreprise ont la possibilité de déployer une solution de virtualisation applicative basée sur l'offre SoftGrid contenue dans le Desktop Optimization Pack (DOP).
Ce faisant, ces entreprises n'auront plus besoin d'installer « en dur » les applications nécessaires sur chaque poste de travail, les applicatifs voulus étant téléchargés à la demande depuis le réseau et utilisables (même en mode déconnecté) sans nécessiter une installation au sens habituel du terme. Cette souplesse de déploiement permet de simplifier la gestion des images système au strict minimum et donne à l'entreprise une flexibilité appréciée si on en juge par les trois millions de licences DOP écoulées en six mois.

Vers le datacenter dynamique
A moyen terme, Microsoft envisage d'appliquer ce même concept aux serveurs, c'est-à-dire de permettre aux entreprises de constituer une bibliothèque d'applications serveurs qui seront dynamiquement allouées à un pool de serveurs en fonction des besoins du moment. On aura ainsi un découplage des ressources serveurs d'avec les applications du datacenter ce qui selon Microsoft débouche sur le datacenter dynamique.
Un nouveau paradigme dans le domaine de la sécurité
Ce panorama de l'infrastructure serveur de Microsoft ne serait pas complet s'il ne mentionnait pas la montée en puissance de l'offre de sécurité. A travers le rachat de nombreuses sociétés ces dernières années, l'éditeur s'est constitué un portefeuille de technologies qui sont aujourd'hui regroupées sous le nom de Forefront et qui protègent le poste de travail, tout comme le serveur à l'intérieur du périmètre de l'entreprise. Microsoft propose également des outils de protection périmétrique avec ISA Server ainsi qu'une offre de VPN SSL via IAG (Intelligent Application Gateway).
Ces briques de sécurisation sont en cours d'unification avec le développement d'une console appelée Forefront Stirling qui permettra une gestion centralisée de ces différents composants.
Au-delà de ces outils traditionnels, Microsoft développe une stratégie novatrice et ambitieuse qui vise à redéfinir la sécurisation du système d'information en tournant le dos au paradigme du pare-feu pour adopter une sécurisation point à point des connexions.
Partant du constat que les équipements utilisés en entreprise sont de plus en plus mobiles (portables, smartphones...), Microsoft considère que le futur de la sécurité passe par l'abandon d'un périmètre sanctuarisé qui fait de moins en moins sens puisque la problématique consiste désormais à sécuriser les périphériques qui doivent se connecter en dehors des murs de l'entreprise.
Pour reprendre les propos de Bernard Ourghanlian, directeur technique et sécurité de Microsoft France, « On a envie maintenant d'écrire notre histoire sur le sujet de la sécurité » et donc d'assumer un rôle de leader en proposant cette nouvelle approche à l'ensemble de l'industrie.
Voir à ce sujet l'entretien réalisé avec Bernard Ourghanlian et publié en trois volets le mois dernier (http://www.itrmanager.com/articles/73324/bernard-ourghanlian-direction-technique-securite-microsoft-br-nouvelle-vision-securite-microsoft-1ere-partie.html)
Quelles alternatives à Windows Server ?
Si Windows sur le poste client rencontre une concurrence significative (voir à ce sujet la première partie de ce dossier), la situation est très différente sur le marché du serveur d'infrastructure.
SI Novell régnait en maître sur ce marché avec Netware 3.0, puis 4.0, cette société n'est plus que l'ombre de ce qu'elle a été après avoir subi la désaffection de ses clients qui ont migré massivement vers Windows Server à partir de Windows Server 2000.
Face à Novell dans les années 90, les principales alternatives venaient de Microsoft et d'IBM à l'époque où ces deux anciens partenaires poussaient une offre LAN Manager basée sur OS/2. Après la rupture intervenue en 1990, OS/2 a progressivement perdu du terrain et IBM s'est de facto retiré du marché avant d'y revenir de façon plus modeste avec une offre à base de Linux. Microsoft a remplacé OS/2 par Windows NT et s'est retrouvé seul ou presque vis-à-vis de solutions Unix haut de gamme poussées par Sun, HP et IBM.
Les alternatives à Windows Server, dans un rôle de serveur d'infrastructure, sont aujourd'hui des variantes de Linux : Red Hat, Suse de Novell ou encore Samba qui va pouvoir plus facilement interopérer avec des postes clients Windows depuis que la Commission européenne a contraint Microsoft à partager ses spécifications avec cet éditeur Open Source.
Globalement, d'après les chiffres IDC, la part de marché des ventes de serveurs Linux en valeur est de l'ordre de 20 % des ventes. Les ventes en volume sont du même ordre de grandeur que celles de Windows Server, ce dernier continuant sa progression, là où Linux connaît une décroissance que certains analystes interprètent comme la fin d'un cycle de remplacement de serveurs Unix. Mac OS est inexistant.
Windows Server s'impose de facto à défaut d'alternatives offrant une richesse fonctionnelle comparable à l'offre Windows Server & System Center.
Cette maîtrise de fait de l'infrastructure réseau constitue une tête de pont permettant à Microsoft de pousser ses solutions de « Business Productivity » comme il en sera question dans le quatrième volet de ce dossier.
Le début d'un cycle de déploiement
L'arrivée de Windows Server 2008 va constituer le point de départ d'un nouveau cycle de mise à jour des infrastructures serveurs. Ce cycle, qui s'étalera sur plusieurs années, verra le déploiement en masse de serveurs 64 bits qui viendront progressivement consolider et remplacer les serveurs existants.
Ce cycle pourra peut être également bénéficier à Vista. Microsoft promet une synergie entre Windows Server 2008 et Vista en affirmant qu'ils fonctionnent « better together ». Le support natif de NAP dans Vista, le même noyau et la même pile TCP/IP dans les deux systèmes, l'introduction de SMB 2.0 (nouvelle version optimisée du protocole d'échange de données SMB pour Server Message Block) font en effet de Vista le client logique de futurs déploiements Windows Server 2008.
A l'horizon 2012 le concept de datacenter dynamique aura sans doute pris corps dans de nombreuses sociétés. La généralisation de la virtualisation, tant au niveau du datacenter qu'à celui du poste de travail, la banalisation de solutions de « disaster recovery », la sécurisation effective des accès au réseau de l'entreprise, l'outsourcing de tout ou partie des services réseaux et bien d'autres développements similaires auront d'ici là profondément modifié l'infrastructure réseau des entreprises.
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Première partie : Microsoft à la croisée des chemins
Deuxième partie : Le poste Client
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Hugo Lunardelli a occupé différentes fonctions marketing au sein de Microsoft France et de Microsoft Europe avant de démarrer une activité de consultant, d'analyste et de journaliste.
Il co-anime, avec Bernard Laur, « Face à Microsoft : quels choix, quelles stratégies ? » un séminaire de deux jours visant à apporter une information complète sur Microsoft, sa stratégie, ses partenariats, son organisation au niveau mondial et national ; à présenter une vision complète de son offre présente et à venir et enfin à donner les clefs d'un choix de licence optimisé.
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le 15/05/2008 à 13:14