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L’infogérance se fait sélective

mardi 18 mars 2008

20080318_17Par Guy Hervier. Après les mega-deals, l'heure semble être venue à ce que l'on appelle l'infogérance sélective. Quelque 45 % des entreprises font appel à l'infogérance sélective ou envisagent de le faire. C'est ce qu'indiquait une étude réalisée en juin dernier par le cabinet Markess International auprès de 200 entreprises. Cette tendance est confirmée au niveau mondial par le cabinet Technology Partner International dans la publication du TPI Index pour l'année 2007. Au 4e trimestre 2007, le nombre de mega-deals (1) s'est élevé à 108 contrats, le niveau le plus faible depuis trois ans.

 

 

L'annulation du contrat signé entre la banque JP Morgan et IBM pour ce qui avait été un des plus contrats d'infogérance est un des exemples de la difficulté de mener à bien un tel type de projet. L'on se souvient que la banque américaine avait signé en 2002 un contrat de 5 milliards de dollars pour la gestion de ses data centers, le help desk, l'informatique distribuée, les réseaux voix et données. Deux ans plus tard, JP Morgan annulait son contrat avec IBM réintégrant les 4000 employés qui avaient été transférés.

 

Les services financiers devant l'industrie manufacturière

 

20080318_18Le secteur de la banque est celui qui fait le plus appel à l'infogérance, surtout au niveau des grands contrats. Le montant global des contrats signés s'élève, toujours selon le TPI Index, à 23,6 milliards de dollars devant les télécommunications (13,2) et les industries manufacturières (11,5). Et cela n'est pas conjoncturel puisqu'en 2006, le secteur financier était également le plus gros demandeur d'infogérance avec un total de 24,5 milliards de dollars. Parmi les grands contrats signés au quatrième trimestre 2007, on peut citer National Australia Bank et la Commonwealth Bank of Australia, Prudential Financial, Deutsche Bank, Citigroup.

 

On dit souvent que les entreprises américaines sont en avance en matière d'infogérance signifiant par là qu'elles font plus appel à ce type de services que leurs homologues européennes. Sur 2007, ces dernières ont été plus actives tant en nombre de contrats signés qu'en montant cumulé des contrats : 220 contrats contre 194 pour un montant global de 40,9 milliards de dollars contre 26,6 milliards. Sur le vieux continent, la France est très en retrait par rapport à ses voisins. Deux entreprises françaises appartiennent à la liste de ces mega-contrats : Axa qui a signé avec IBM pour l'outsourcing de son infrastructure informatique à IBM et Alcatel-Lucent.  

 

Continuité de services d'abord

 

En 2007, 79 % des organisations interrogées par le cabinet Markess dans le cadre de son étude intitulée « Nouvelles approches d'infogérance sélective autour des plates-formes applicatives » indiquaient avoir engagé des actions visant à optimiser l'administration technique de leurs plates-formes applicatives, et pour 45 % d'entre elles, cela se fait déjà vis le recours à l'infogérance sélective. Quels sont les facteurs favorisant le recours à ce type d'infogérance ? La continuité de service (24/7) est cité en premier devant l'industrialisation des processus, la mutualisation et la réduction des risques opérationnels.

 

Quels sont les domaines qui sont privilégiés dans la mise en place de cette infogérance partielle ? Dans un ordre décroissant, la sauvegarde et la restauration des données, l'administration des systèmes, l'administration de systèmes, l'administration des serveurs d'applications, le stockage des données et les solutions de sécurité.

 

Outsourcer ce que l'on maîtrise parfaitement

 

20080318_19Cette tendance vers une infogérance sélective est confirmée par plusieurs DSI intervenants (2) lors d'un atelier organisé par EBG (Electronic Business Group) intitulé « Infogérance 2.0 : la fin des mega-deals » sachant d'ailleurs qu'elle n'a jamais vraiment été pratiqué par les entreprises françaises. « Nous n'avons jamais fait d'infogérance globale, insiste Didier Lambert, DSI d'Essilor et président du Cigref, cela pour trois raisons. D'abord, parce que cela placerait l'informatique au rang d'utilities. Ensuite, nous avons constaté que les fournisseurs n'avaient les compétences requises pour mener à bien ce type de projet et enfin signer des contrats d'infogérance globale revient un peu à se débarrasser de l'informatique alors qu'elle est de plus en plus un élément clé de la mise en oeuvre de la stratégie de l'entreprise. »

 

A l'inverse, le DSI du numéro Un mondial des verres ophtalmiques indique avoir mener successivement des projets d'infogérance à un rythme soutenu pour la prise en charge des mainframes de l'entreprise, du parc de PC, de la tierce maintenance applicative, de la hot line...

 

Même propos pour Pascal Vendreys, DSI chez Areva et membre du bureau de l'European Outousrcing Association pour qui « jamais la question de l'outsourcing ne s'est posée et partout où je suis passé, le mega-deal n'était pas pertinent ».

 

Quels domaines mettre en infogérance ?

 

Dans ce contexte d'une infogérance restreinte à des périmètres clairement établis, quels sont les critères pour choisir l'activité à infogérer ? « En premier lieu, il faut, atteste Didier Lambert, connaître parfaitement le domaine que l'on s'apprête à outsourcer (contrairement à l'idée reçue consistant à penser que l'on fait appel à des spécialistes pour assurer des activités parce que la DSI n'a pas les compétentes pour les prendre en charge). En deuxième lieu, se demander, s'il y un marché, c'est-à-dire des offreurs compétents. Ensuite, savoir si l'activité concernée est stratégique pour l'entreprise, ce qui doit être examinée au cas par cas.

 

Tous les DSI présents à l'atelier de l'EBG s'accordent à dire que ce qui est stratégique ne doit pas être outsourcé puisque cela confère un avantage concurrentiel de l'entreprise. Et ce n'est qu'en dernier lieu que l'on doit se poser la question de l'intérêt économique. Question qui n'est pas triviale car rien n'assure qu'un fournisseur tiers fasse mieux qu'une entreprise parfaitement rodée pour faire fonctionner un SI particulier.  Comment savoir ce qui est stratégique et ce qui ne l'est pas ? Il y a plusieurs approches pour aborder la question : back-office vs front-office, applications matures vs applications récentes... sachant qu'il ne faut pas confondre stratégique et critique.

 

L'infogérance sélective peut aussi être utilisée comme un moyen d'accélérer la mise sur le marché d'un produit ou d'un service particulier, ce qui dans certains secteurs est primordial. C'est ce que confirme Brian Nola, DSI de Completel pour qui l'infogérance sélective a permis de lancer la DartyBox dans des temps records alors que le projet aurait pris de temps dans le cadre d'une démarche interne. 

 

De l'infogérance à l'offshore, il n'y a qu'un océan à franchir. Mais là aussi, l'enthousiasme qui s'est fait jour il y a quelques années a laissé place à un plus grand pragmatisme. Au niveau des chiffres, l'offshore n'est pas le raz-de-marée que l'on croit. Sur les 80,3 milliards de dollars de contrats signés en 2007, 12,8 milliards seulement (16 %) l'ont été avec des sociétés de la zone Asie-Pacifique, dont 4,9 milliards avec des sociétés indiennes (contre 2,7 milliards en 2006). D'ailleurs, les DSI s'accordent à dire que les différences linguistiques, culturelles, en matière de management et d'organisation ne doivent pas être sous estimées car elles sont très importantes. « L'avenir de l'offshore doit se voir dans ce que l'on appelle le nearshore avec des fournisseurs implantés dans une zone horaire proche », explique en forme de conclusion Jérome de Premesnil du groupe La Poste.

_____________

(1) Un mega-deal est défini par le TPI Index comme un contrat dépassant les 25 M$ annuels (AVC ou Annual Contract value). En raison de la baisse générale du montant des contrats d'infogérance, Technology Partners International a révisé à la baisse ce seuil de 50 à 25 M$ de dollars.

(2) Les DSI participants: Jérome de Premesnil, en charge de la politique de sourcing et du plan stratégique SI au sein de la DSI de l'activité Courrier du groupe La Poste, Didier Lambert, DSI d'Essilor et président du Cigref, Brian Nolan, DSi de Completel et Pascal Vendryes, DSI chez Areva et membre de l'European Outsourcing Association.

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