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Plaidoyer pour Linux
Par Philippe Nicolas, Président et fondateur du Comité Régional français de la SNIA Europe

lundi 07 avril 2008

20080407_01A l'échelle de l'ère informatique, l'essor de Linux est finalement très récent dans les entreprises françaises. Nombre d'entre nous peut témoigner que jusqu'à il y a une dizaine d'années, encore, les licences d'exploitation Unix, très onéreuses, avaient tendance à limiter les éditeurs à développer sous cet environnement. Ainsi, à part les quelques grandes applications, comme les bases de données, les ERP et autres CRM, cantonnées aux données fondamentales de l'entreprise, peu d'applications étaient disponibles pour les professionnels, les applications plus conventionnelles et distribuées étant confiées à Windows.

 

Avec l'avènement de Linux, la donne a radicalement changé, pour le plus grand bonheur des défenseurs du libre. Les applications « poussent » un peu partout, qu'elles soient plutôt systèmes, réseaux ou embarquées, la barrière liée à la redevance du code source, ayant disparu. N'est-on pas entré dans une ère des appliances, ces systèmes dédiés et pensés pour l'excellence d'une tâche particulière ?

 

Des start-up fleurissantes

 

Conséquence de cette levée de barrière financière, nous avons assisté, au début des années 2000, à une véritable dynamique liée à la création de nombreuses start-up, toutes spécialisées, qui basaient précisément leur développement sur Linux. Mises en appétit par la gratuité du code source, ces dernières se sont efforcées d'offrir des applications plus complexes et plus orientées systèmes, inabordables jusque-là sous Unix.

 

Pour illustrer cette forte contribution à l'industrie, citons les outils de protection de données comme le backup (et le CDP*), l'archivage, la réplication, le chiffrement ou plus généralement la virtualisation et la sécurité, grand gagnant de ce mouvement Linux. L'autre facteur important dans cette adoption demeure le rôle joué par les étudiants utilisant Linux pour leurs développements et projets lors de leur cycle d'étude. Il est alors simple de continuer et favoriser cette utilisation quand ils rejoignent une entreprise, l'expertise est là et l'entreprise reconnaît leur caractère opérationnel.

 

L'un des autres éléments clés de ce mouvement réside dans l'activité informatique des pays comme l'Inde, où il est facile, très facile, de confier un développement à une société locale quel que soit le secteur et de recevoir un code prêt à l'emploi.

 

Les solutions se sont donc multipliées, engendrant un mouvement où la machine a dépassé le facteur humain, beaucoup de code et une complexité grandissante pour gérer, contrôler et assimiler l'environnement, tantôt logiciel, tantôt matériel. La richesse fonctionnelle et le mouvement de consolidation de l'industrie s'est donc naturellement orienté vers une agrégation fonctionnelle au sein d'appliance complet, sectoriel, pour le stockage, la sécurité ou le management...

 

Encore aujourd'hui, les entreprises ont tout à gagner de ce phénomène : un choix d'offre conséquent, des fonctions consolidées au sein de moins de produits et une compétence saine entre les acteurs.

 

Le SaaS : nouvelle tendance pour Linux

 

Concept que l'on attribue à Tim O'Reilly, un Irlandais fervent défenseur des mouvements Open Source et logiciel libre, le SaaS (Software as a Service) a rapidement conquis l'environnement Linux. A l'image de l'ASP, le service est hébergé par des fournisseurs d'accès ou par des sociétés spécifiques, et on assiste à un enrichissement fort des solutions, de plus en plus pointues et complexes, de type sauvegarde, espace de stockage ou CRM. Quelques grands exemples dans l'industrie illustrent facilement cette tendance, il suffit de se connecter à Internet...

 

Longtemps véritable sésame pour évaluer et retenir la bonne solution, celle qui convient à l'environnement utilisateur, le ROI semble bien favoriser les environnements à base de Linux notamment de type SaaS, encore faut-il bien border son besoin et les sujets à couvrir vu la couverture grandissante des solutions.

 

Unix / Linux : coéquipier ou adversaire

 

Même si Linux présente des avantages certains par rapport à son « équivalent » payant, il ne peut rivaliser avec lui pour équiper les grands systèmes ouverts. Unix reste en effet dominant, en raison de capacités de calcul plus élevées dans des environnements où les croissances volumétriques explosent. Néanmoins, des innovations à base de Linux fleurissent ici ou là avec des approches dites scale-out ou horizontales adressant les limites des systèmes monolithiques et retenues par plusieurs secteurs spécifiques notamment le calcul scientifique ou la numérisation multimédia. Lorsque l'on prend la mesure de cette croissance notamment celle des volumes de données, qui atteint souvent 80% par an, on peut imaginer qu'Unix et son « frère »

 

Linux sont encore promis à un bel avenir. D'autre part, d'après IDC, en 2006, 161 exa-octets de données (soit 161 milliards de Go) ont été générés, un chiffre qui devrait atteindre 988 à l'horizon 2010. Soit six fois plus, en seulement 4 ans. « En 2006, 161 exa-octets de données (soit 161 milliards de giga-octets) ont été générés, un chiffre qui devrait atteindre 988 à l'horizon 2010. » source IDC

 

Optimisé, donc moins gourmand

 

Le tandem matériel et applications Linux étant particulièrement optimisé, il se veut naturellement moins consommateur en énergie, une aubaine quand le « green » s'invite dans toutes les conversations. Pour des applications d'archivage notamment, les données ne sont pas souvent sollicitées, mais il est impératif qu'elles soient disponibles tout le temps, et rapidement.

 

L'intelligence embarquée des systèmes Unix permet de « réveiller des données dormantes » instantanément, en activant les disques endormis. L'industrie a baptisé cette approche MAID (Massive Array of Idle Disks), signifiant une réduction importante de la consommation électrique des disques notamment dans des environnements d'archivage. De même, Linux est au coeur de nombre de systèmes très récents comme le concept de Déduplication qui évite de stocker 2 fois le même exemplaire de l'information. On le trouve aussi dans des éléments de connectivité de nouvelle génération et de virtualisation. L'approche, que certains vendeurs défendaient visiblement très tôt, peut-être trop tôt, d'Utility Computing semble bien être la nouvelle arme pour contrôler son Data Center, les coûts, la complexité et la gestion associée.

 

Activer à la demande une ressource, logicielle ou matérielle, pour une tâche précise et particulière, limitée dans le temps, pour la relâcher ensuite, est d'ores et déjà possible. Des intérêts qui n'ont tout de même pas empêché Linux de voir son adoption chuter dans certains secteurs d'activité en France, où les entreprises sont loin d'entretenir une réputation de « early-adopters ». Dommage car les promesses du système se sont vérifiées et les adeptes demeurent de fervents utilisateurs pas du tout prêts à remettre en cause leur environnement et leur choix. Après le Marketing viral, à quand la contagion électronique positive ?

 

*CDP : Protection Continue de Données

 

__________
Par Philippe Nicolas, Président et fondateur du Comité Régional français de la SNIA Europe, Directeur SNIA Europe, dispose de 18 ans d'expérience dans les systèmes d'exploitation et les technologies de stockage. Il nous livre une vision éclairée du rôle de Linux dans le développement d'applications.

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