Saga Microsoft/Yahoo
De l’offre non sollicitée à l’épreuve de force
Voilà donc deux mois que l'offre non sollicitée de Microsoft pour racheter Yahoo a été lancée et la situation n'a guère évolué. Dans une lettre destinée à la direction générale de Yahoo samedi dernier, Steve Balmer fait état de son impatience et ne masque pas une certaine irritation sur l'absence de négociation et le refus que lui opposent les dirigeants de Yahoo avec une menace à la clé : « Si d'ici trois semaines nous ne sommes pas arrivés à un accord, nous entrerons en relation directement avec vos actionnaires, incluant une bataille de procuration (proxy contest) avec comme objectif d'élire une nouvelle direction du conseil d'administration de Yahoo ».
On se souvient que l'approche de Steve Ballmer avait été qualifiée de Bear Hug (l'accolade de l'ours) qui montre sa force sans vouloir en user. C'est plutôt la patte du tigre que montre désormais Microsoft car le temps des préliminaires semble terminé et le CEO a sonné la fin de la récréation.
Yahoo maintient son discours
Dans leur réponse datée du 7 avril directement adressée à Steve Ballmer (Dear Steve), Jerry Yang, CEO de Yahoo et Roy Bostock, Chairman of the Board, ne changent pas leur rhétorique en rappelant qu'ils ne sont pas opposés à conclure une transaction avec Microsoft, mais que l'offre faite par le numéro Un du logiciel ne reflète pas la réelle valeur de l'entreprise et n'est donc pas dans son intérêt ni dans celui de ses actionnaires. Yahoo avait opposé son refus le 11 février suite à l'offre de Microsoft du 31 janvier qui était fixée à 31 dollars par action en titre et en numéraire. Mais depuis, l'action Microsoft a subi une légère baisse - 28,38 dollars à la clôture vendredi au Nasdaq - que diminuait légèrement l'offre de Microsoft en la valorisant aux alentours de 42 milliards de dollars.

Le 1er avril - ce n'était pas un poisson - Steve Ballmer avait déjà indiqué qu'il ne relèverait pas son offre. Dans sa lettre de samedi dernier, Steve Ballmer se lamente du manque d'interaction entre les deux parties depuis deux mois : « il n'y a pas eu pas de réelles négociations pour déboucher sur un accord ». Le CEO de Microsoft mentionne l'évolution négative des conditions économiques depuis deux mois, et plus particulièrement du secteur de l'Internet. Il fait par ailleurs état de statistiques publiques selon lesquelles les requêtes lancées avec le moteur de recherche Yahoo et les parts de marché en terme de pages vues ont baissé pendant cette période.
Au-delà d'une approche qui peut relever de l'intoxication, il est vrai que les chiffres de Google - qui constituent une sorte de baromètre de l'Internet - ont marqué le pas en janvier et février. D'ailleurs, l'action du numéro Un des moteurs de recherche a fortement chuté ces dernières semaines. Bref, Steve Ballmer pourrait être tenté de tirer parti de la situation pour modifier sa proposition à la baisse. « Si nous sommes obligés à faire une proposition directement à vos actionnaires, cette action aura un impact non désirable sur la valeur de votre entreprise qui se reflétera alors dans les termes de notre proposition », écrit-il
Yahoo s'étonne de l'étonnement de Microsoft
De leur côté, Jerry Yang et Roy Bostock s'étonnent de l'agacement de Steve Ballmer sur le manque de négociation : « Nous avons des discussions constructives concernant de nombreux sujets, en partie sur l'intégration de nos deux entreprises et sur les aspects réglementaires... D'autant que, Steve, vous avez personnellement participé à deux de ces meetings et auriez pu faire toutes les propositions que vous auriez jugées utiles ». Ils n'entendent pas s'en laisser compter détaillant à Steve Ballmer que Yahoo est restée très active depuis deux mois, avec le lancement de nombreux produits et notamment AMP ! from Yahoo ! (D'où vient cet engouement pour les points d'exclamations !), la nouvelle plate-forme publicitaire conçue pour simplifier significativement le processus d'achat et de vente.
Concernant la dimension antitrust, les deux dirigeants de Yahoo rappellent leur préoccupation sur les longues enquêtes qui ne manqueraient pas d'être menées par de multiples juridictions. Ils rappellent qu'ils ont demander à Microsoft diverses informations sur ces questions le 28 mars dernier et qu'ils n'ont, à ce jour, reçu aucune réponse.
Pendant ce temps, Yahoo avait exploré d'autres possibilités de partenariat, notamment avec Time Warner et sa filiale Internet AOL et News Corp. Peu après l'offre de Microsoft, Google avait aussi fait aussi de la gesticulation sans réelle proposition. Selon le Wall Street Journal, l'initiative de Microsoft ne ferait pas l'unanimité en interne. Parmi les difficultés pressenties : l'intégration des deux systèmes informatiques qui assure l'affichage des publicités sur les différents sites web, l'intégration des deux entreprises. Microsoft n'a jamais réalisé l'intégration d'une organisation d'une telle ampleur, s'étant plutôt limité jusqu'ici à des acquisitions de technologies. Yusuf Mehdi et Hank Vigil, tous deux Senior Vice President de Microsoft, sont en charge de la stratégie et de la négociation, mais n'ont aucune responsabilité opérationnelle.
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le 17/07/2008 à 15:26