Microsoft, Google, Yahoo...
La révolution Internet est à venir !
Tel est le message que Steve Ballmer, CEO de Microsoft, a souhaité faire passer lors de la réunion avec les analystes qui s'est tenue la semaine dernière. Alors que Google, tel un trou noir, entend absorber toute activité sur son passage - il vient de lancer officiellement son projet Knoll concurrent de Wikipedia - Microsoft souhaite donner un signal sur ses très fortes ambitions dans l'univers Internet. La séparation des activités Windows/Windows Live d'un côté et Services en ligne de l'autre est un élément de cette stratégie.
Alors qu'il constitue un des premiers sites de trafic dans le monde Internet, Wikipedia reste un projet non commercial comme l'avait souhaité Jimmy Wales, l'un des 5 fondateurs. Rappelons que Wikipedia est une encyclopédie collaborative en ligne, universelle et multilingue, fonctionnant avec un système wiki. Les chiffres obtenus par Wikipedia sont remarquables : 400 000 contributeurs, une centaine de langues représentées, plus de 10 millions de pages dont le quart en anglais et près de 700 000 en français (notre langue est plutôt bien représentée).
Or, sur Internet (dans le monde réel aussi), le trafic est l'élément fondamental qui permet de monétiser toute type d'activité. De ce point de vue, Wikipedia serait donc une anomalie. En tout cas, du point de vue de Google, qui est une machine à monétiser toute activité sur Internet, ce serait presque une perversion. Alors que sur Wikipedia, les auteurs sont bénévoles et les articles ne sont pas signés, le projet Knol (pour knowledge) de Google (http://knol.google.com) apporte de ce point de vue des changements majeurs. Le produit qui est annoncé officiellement était en test depuis le mois de décembre, selon une mécanique habituelle dans le monde Internet.

Le principe de base de Knol est que les articles sont signés de leur auteur (ou de leur groupe d'auteurs). De telle sorte que pourront exister plusieurs articles sur le même sujet. Tout lecteur pourra proposer des suggestions que l'auteur sera libre d'accepter ou de rejeter. Les auteurs pourront décider d'intégrer les publicités Adsense de Google. Dans ce cas, ils se verront reverser leur quote-part dans des proportions que Google n'a pas précisées. Le contenu sera indexé par le moteur de recherche et il y a fort à parier qu'il le soit « correctement ». Par ailleurs, Google a signé un premier accord avec le magazine New Yorker selon lequel tout auteur pourra intégrer une illustration de ce magazine par article. Google pourrait élargir ce type d'accord avec d'autres magazines.
Knol est-il un concurrent potentiel de Wikipedia ? Sur le plan de la connaissance, sans doute, même s'il lui faudra un certain temps pour proposer un contenu alternatif à celui de Wikipedia. Sur le plan économique, sans doute pas puisque Wikipedia ne se situe pas dans le monde commercial.
Ce nouveau service montre l'insatiable appétit de Google à monétiser tout sur son passage. Google a été plutôt actif ces derniers avec la nouvelle version de Google Trends, le monde virtuel Lively, la plate-forme de téléphonie mobile Android... et la liste n'est pas close.
Quoi de nouveau dans le Search ?
Dans toutes ses présentations, Microsoft résume sa stratégie par sa présence sur quatre fronts : PC, Serveur, Internet et Devices (en gros tous types de matériels ayant la puissance d'un PC). Sur trois de ces fronts, Microsoft a acquis une position dominante ou atteint ses objectifs : Monopole quasi absolu sur le PC, une position désormais enviable dans le monde des serveurs avec un nouvel objectif, s'attaquer à VMWare dans le domaine de la virtualisation, et une situation très honorable dans le monde des mobiles avec Windows mobile qui est l'une des trois grandes plates-formes.

C'est dans l'Internet que Microsoft a le plus de difficultés à s'imposer, même s'il répète à l'envi qu'il est numéro trois sur ce marché. La division Online reste un des gros problèmes pour Microsoft.
Certes, sur le dernier exercice qui s'est clôturé le 30 juin dernier, les ventes ont progressé de 30 %, mais restent encore très modestes par rapport à celles de son principal concurrent, à savoir Google. Sur le marché de la publicité sur Internet, Microsoft ne serait crédité que de 3 % alors que Google caracole en tête avec 62 % et aurait tendance à accentuer son avance. Microsoft indique par ailleurs, qu'il est la dixième agence de publicité aux Etats-Unis tous médias confondus.
Par ailleurs, les pertes semblent croître avec le chiffre d'affaires. Sur le dernier exercice, les pertes d'exploitation ont atteint 1,2 milliard de dollars contre un peu plus de 600 millions un an plus tôt. La transformation vers le monde numérique en est à ses tous débuts, expliquait Steve Ballmer aux analystes et la plus grande partie de la publicité - une des sources de revenu convoitées par Microsoft - est toujours offline.
Depuis une dizaine d'années, Microsoft a englouti des milliards de dollars pour développer sa présence dans le monde Internet sans atteindre le résultat escompté. On comprend mieux dans ces conditions l'insistance dont fait preuve Microsoft dans l'acquisition de Yahoo, dans sa totalité ou seulement l'activité moteur de recherche. Il semble que c'est là la seule voie de salut pour Microsoft s'il souhaite devenir un jour un concurrent sérieux de Google.
Pour l'heure, Microsoft fait ce qu'il peut faire avec ses propres forces en réorganisant ses activités : d'un côté une division qui réunit Windows et les services y afférent Windows Live et de l'autre toutes les activités Internet, moteur de recherche Live Search, le portal MSN et les activités publicitaires connexes.
Everything will go Digital
"Tout ce qui pourra être numérisé et supporté par des réseaux IP - comprendre Internet - le sera, a indiqué Steve Ballmer aux analystes. Dans un tel contexte, le logiciel devient un élément prépondérant et nous sommes plutôt dans cette activité. Mais dans une telle perspective, le « Search » est le point d'entrée de l'Internet, celui à partir duquel tout commence" (Voir aussi l'article dans la lettre du jour de Nicholas Carr : « Is Google making us Stupid »).

« Le Search est mûr pour l'innovation, poursuivait le CEO de Microsoft, car cela n'a pas été l'activité la plus innovante (...). Revenez cinq ans an arrière et regardez ce qu'était la recherche sur Internet : 10 liens sur la gauche, quelques publicités sur la droite et peut-être quelques publicités en haut de l'écran. Regardez aujourd'hui : 10 liens sur la gauche, quelques publicité sur la droite et peut-être quelques publicités en haut de l'écran... 50 % des requêtes via un moteur de recherche n'aboutissent pas à un résultat satisfaisant ».
Une analyse qui n'est pas fausse et qui pointe indirectement le numéro Un du secteur en le présentant comme rentier d'une situation acquise, mais qui omet de parler de ce qui ne se voit pas, c'est-à-dire les mécanismes pour améliorer la pertinence de la recherche. Il est vrai que la position de Google pourrait changer assez rapidement. Il suffirait qu'un acteur - pourquoi une nouvelle startup - mette au point une nouvelle technologie qui fasse faire un saut dans le domaine de la recherche sur Internet pour que la position du géant Google soit ébranlée. Toutefois, il y a fort à parier que cette startup soit... Google lui-même ou qu'elle se fasse racheter par lui.
A la recherche d'un nouveau PageRank
Google a assis sa notoriété et sa puissance sur un algorithme baptisé PageRank qui a révolutionné les technologies de la recherche sur Internet. Rappelons d'ailleurs qu'au début il ne savait pas vraiment comment faire pour monétiser cette technologie qu'il avait pensée vendre directement aux entreprises sans grand succès, avant d'avoir l'idée lumineuse de la publicité contextuelle.
Microsoft travaillerait sur une technologie baptisée BrowseRank qui pallierait certaines faiblesses de PageRank. Plusieurs chercheurs de Microsoft Research Asia ou universitaires chinois viennent de publier un article baptisé BrowseRank: Letting Web Users Vote for Page Importance qui ressemble plus à une publication mathématique qu'à autre chose et qui pourrait apporter des réponses à certains problèmes liés au PageRank dont on rappellera que le principe de base est d'accorder l'importance aux pages en fonctions des liens qui pointent sur elles. Parmi ces problèmes, la possibilité de générer automatiquement des liens sur une page pour grossir son importance, la non prise en compte du temps que les internautes passent sur les différentes pages...
Le principe de base pour BrowseRank est de prendre en compte le comportement des internautes sur les sites : comment ils naviguent sur le site, combien de temps ils y passent... Mais il ne s'agit là que de recherches académiques et la mise en place dans le moteur Live Search n'est pas pour tout de suite... Ce qui explique l'insistance mise par Microsoft pour acquérir Yahoo. Et ce n'est pas l'extension de l'accord entre Microsoft et Facebook visant à lier les services offerts par le premier au réseau social du second qui réglera la question.
Les commentaires
Article très interessant sur l'avenir du search, y-a-t-il une suite prévu pour cet article?
Par Lucas le 29/07/2008 à 05:17
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le 19/03/2010 à 12:29