Mandriva introduit une distribution Linux allégée
Retour sur le marché des Netbooks
Mandriva annonce une distribution spécifique pour les Netbooks et entend ainsi tirer parti d'un marché très prometteur qui devrait apporter des changements importants et opérer une certaine redistribution des cartes à tous les niveaux - matériel, logiciel, production, commercialisation, usage... - et donc une modification importante dans la chaîne de valeur.
Les Netbooks ne sont pas seulement intéressants en soi, parce qu'ils constituent une nouvelle catégorie de machines, mais aussi parce qu'ils semblent en mesure de changer radicalement le paysage. Ils constituent en particulier le vecteur poussant dans le sens de la convergence informatique / télécom. Pour preuve les opérateurs télécoms se sont mis à en assurer la distribution.
Petit retour sur la chaîne de valeur
HP, Dell, Acer, Lenevo, Toshiba, telles sont les marques d'ordinateurs bien connues des entreprises comme des particuliers. Mais, il y a bien longtemps que ce ne sont plus des constructeurs dans la mesure où ils sous-traitent tout ou partie de leur fabrication. La décision récente de Dell annoncée la semaine dernière de vendre ses unités de production montre bien que nous sommes passés dans l'ère de la fabless company, autrement dit de constructeur sans usine. Dell a d'ailleurs complètement changé son modèle en abandonnant son credo original de la vente directe et en s'appuyant désormais sur la distribution.
En fait, les sociétés qui fabriquent les Desktops comme les portables sont relativement peu connues : Quanta, Compal, Wistron, Inventech et Asustech pour citer les plus importants. Cette dernière est sortie de l'ombre en sortant de son rôle de simple fabricant ODM (Original Design Manufacturer) en étant le premier sur ce nouveau marché des netbooks avec sa machine Eee. Pour François Bancilhon, Pdg de Mandriva, les précurseurs de ce nouveau marché ont été Nicholas Negroponte avec son projet OLPC (One Laptop per Child) qui visait à fabriquer un Portable à 100 dollars et Intel avec le projet concurrent Classmate. Ces machines étant réservées pour des ventes en très grand volume directement auprès des gouvernements.
Les ODM achètent les processeurs et cartes mères aux fondeurs (Intel, AMD, VIA...) pour fabriquer des PC qu'ils revendent aux « constructeurs », ces derniers commercialisant en direct - le modèle original de Dell - ou via la distribution. La plupart des ODM ont leur siège à Taiwan et leurs usines dans la région de Shanghai. La fabrication de PC est clairement devenu une activité de volume et de faible marge, Ils sont ce que l'on appelle outre-atlantique des commodités, c'est-à-dire des produits sans grande valeur ajoutée. C'est à partir de ce constat qu'IBM est sorti de ce marché en vendant sa filiale à Lenovo il y a près de trois ans.
Des constructeurs qui ne construisent plus
« Les OEM conçoivent et fabriquent 18 % de leur production, rappelle François Bancilhon. En 2010, cette proportion ne sera plus que de 8 %. » Depuis une vingtaine d'années, le marché des PC évoluait sur fond de loi de Moore - plus de puissance, plus d'espace de stockage - pour des prix moindres. Les portables prenant chaque année une place plus importante au détriment des postes de travail traditionnels. Les Netbooks doivent plutôt être présentés comme un deuxième PC complétant un portable permettant, depuis n'importe quel lieu, d'être connecté à Internet. D'où l'intérêt des opérateurs télécoms qui ont bien compris que c'était là l'usage prioritaire de ces machines. Une utilisation intensive du clavier ne peut pas vraiment s'envisager de façon raisonnable. D'où des caractéristiques particulières qui imposent des contraintes techniques bien précises. Par exemple, il faut que ce type de machine puisse « booter » rapidement, en tous cas beaucoup plus rapidement qu'un PC traditionnel.
Les Netbooks marqueront peut-être une véritable rupture. D'abord, ils devraient prendre une place significative : un million en 2007, 10 millions en 2008 et 50 millions en 2010 (estimations du Gartner). Ensuite, ils sont l'occasion pour de nouveaux acteurs, notamment les ODM de sortir de l'ombre, et de proposer directement leurs propres modèles. C'est le cas d'Asus mais il ne serait pas surprenant que d'autres investissent ce marché. C'est aussi l'occasion de nouveaux acteurs de tenter leur chance. C'est par exemple le cas d'Emtec, un spécialiste des supports mémoires de type clés USB racheté il y a deux ans par le distributeur Dexxon Data media, de lancer un netbook qu'il entend placer dans un cadre plus large qu'un simple machine.
Un projet, plus qu'un produit
Côté matériel, le Gdium Liverty 1000 utilise un microprocesseur Mips de STMicroelctronics, offre un écran de 10 pouces, 3 ports USB un lecteur SD HC pouvant stocker jusqu'à 32 Go sur une seule carte, une carte Wi-Fi 802.11 b/g, une webcam intégrée, une sortie VGA, fonctionne sous une distribution spécialement adaptée de Mandrina Linux baptisée Mandriva Mini et est livré avec une cinquantaine d'applications. Emtec n'a pas retenu un processeur Intel, mais un processeur d'origine Mips et dont elle a assuré la conception avec l'Institute for Computing Technology, un institut de recherche chinois. Particularité de cette machine, elle ne possède pas de disque dur - fut-il en mémoire flash - mais est livrée avec la G-Key, une clé USB de 16 Go qui inclut le système d'exploitation et les données. Cette clé joue assure la fonction d'authentification de l'utilisateur. Sans clé, l'ordinateur ne peut pas démarrer. En complément et en support de cette machine, Emtec propose Gdium.com, un site qui permettra de développer des mini-communautés centrées sur l'éducation, l'acquisition et le partage des savoirs. Ce produit devrait être disponible en septembre prochain au prix public de 379 euros. Emtec commercialisera ce produit selon trois canaux : la grande distribution, les opérateurs télécoms avec lesquels elle a noué des contacts et le marché de l'éducation.
Dans cette évolution où chaque maillon de la chaîne essaie de maintenir son emprise, les constructeurs pourraient être pris en tenaille entre les fabricants ODM et les distributeurs. Rien n'empêcherait à terme à un géant de la distribution de vouloir lancer des produits sous sa propre marque et de faire appel directement aux fabricants. Comme cela se fait dans d'autres domaines. Evidemment, rien n'est gagné car la marque garde toujours une force très importante.
De même, les netbooks pourrait permettre à Linux de prendre une part plus importante sur le poste client. Car contrairement au marché des PC sur lesquels Microsoft a un quasi monopole, Linux a réussi à prendre une part significative. Il faut dire qu'il bénéficiait d'une situation un peu particulière avec un Windows XP en fin de vie et qui n'était pas du tout prévu pour cette catégorie de machines et un Vista qui n'est pas du tout adapté en raison d'une consommation de ressources beaucoup trop importantes. Il ne serait pas surprenant que Microsoft, voyant ce nouveau marché se développer, d'introduire un système d'exploitation ad hoc.
En tous cas, Mandriva y voit une véritable opportunité à saisir. L'éditeur français à participer au marché des Classmate dans les pays émergents avec 500 000 copies de licences vendues en Amérique du Sud et 50 000 en Afrique, pour un prix de vente compris entre 1 et 10 euros par copie. Une partie importante de ce marché restera sur Linux, considère François Bancilhon avec confiance. Si Linux apporte des éléments techniques intéressantes, « on aimerait plutôt que le mot ne soit pas mentionné au niveau du produit final ». Il est vrai qu'il n'apporte grand-chose en terme d'image sauf aux aficionados qui ne constituent qu'une petite frange de la cible visée.
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le 06/02/2012 à 08:48