Après Dell… AMD, Fujitsu
Qui veut encore fabriquer ?
Les industriels semblent de plus en plus vouloir se débarrasser de leurs activités de fabrication. Le fabricant de microprocesseur AMD a annoncé un plan de réduction de coûts en cédant ses activités de production à une nouvelle joint-venture qui devrait recevoir un financement de 6 milliards de dollars d'une entreprise d'Abu Dhabi. De son côté, Fujitsu serait à la recherche d'un acquéreur pour son activité de disques magnétiques pour se concentrer sur l'activité de services IT.
Il y a quelques semaines, le numéro deux du marché des PC, Dell annonçait sa décision de céder ses activités de fabrication. Une annonce qui remet en cause le modèle de production de la société qui « n'est plus compétitif » selon le Wall Street Journal qui avait publié en premier cette information. Dell est entré en contact avec divers fabricants d'ordinateurs sous-traitants et leur a proposé d'acquérir certaines de ses usines. La totalité des ses unités de fabrication pourrait être cédée dans les 18 mois.
On se souvient il y a quelques années, Serge Tchuruk le patron d'Alcatel avait lancé l'idée de la Fabless Company, un modèle mis en œuvre dans nombre d'entreprises qui gardent ce qu'elles pensent être le cœur de métier, à savoir la R&D, la marketing, la distribution et la gestion de la marque, et se départissent de la fabrication. Les fabricants de chaussures de sport comme Nike sont exemplaires dans ce domaine. Plus elle concerne des produits « simples », des commodités comme disent les fournisseurs IT, plus la volonté de ne plus s'impliquer dans la fabrication est forte. L'ensemble des constructeurs de PC ne fabriquent plus grand chose.
Le meilleur exemple dans le secteur IT est celui d'IBM qui, sous la houlette de Sam Palmisano, à mis plein cap sur les services et les logiciels depuis quelques années et a cédé la plupart de ses activités de fabrication. Big Blue ne garde plus que la production de serveurs.
New York et Dresde
La décision d'AMD s'inscrit dans cette démarche, mais s'explique par les grandes difficultés qu'a rencontré le concurrent d'Intel depuis plusieurs trimestres. Par ailleurs, AMD se serait largement endetté en rachetant ATI Technologies en 2006. ATI s'est engagé à investir entre 3,6 et 6 milliards de dollars dans Foundry, nom donnée pour l'instant à cette entité. Cette opération soulève une question de propriété intellectuelle qui lie AMD à Intel et pour lequel le transfert d'activité d'AMD à Foundry pourrait un problème.
La nouvelle joint-venture qui résulterait de cette décision serait baptisée Foundry Co et fabriquerait des composants pour AMD, mais aussi pour d'autres entreprises. La plupart de l'argent pour gérer cette nouvelle entité proviendrait d'Advanced Technology Investment (ATIC), une société basée à Abu Dhabi qui verserait quelque 700 millions de dollars à AMD. Mubadala Investment - une autre société également basée à Abu Dhabi - qui a déjà une participation de 8% dans AMD la porterait à 19,4% et verserait 1,2 milliard de dollars à AMD qui seraient ensuite transférés dans la nouvelle entité Foundry.
Dans le cahier des charges, Foundry Co aurait à rénover l'usine d'AMD de Dresde et à construire une nouvelle usine dans l'Etat de New York. L'usine de Dresde comprend deux unités : Fab 36 et Fab 30. La première fabrique des wafer 300mm en technologie 65 et 45nm. La Fab 30 sera transformée en Fab 38 qui sera au même niveau technologique que la Fab36. L'unité de New York devrait créer 1400 emplois directs et environ 5000 emplois indirects. A la finalisation de l'opération, Foundry Company représentera environ 3000 salariés et aura son siège en Silicon Valley.
Cette stratégie baptisée « Asset light » ou « asset smart » est censée apporter une réponse à la croissance des coûts et à l'intensification de la concurrence qui est particulièrement forte dans le secteur des semiconducteurs. Parallèlement à cette opération, AMD poursuivra son partenariat avec IBM. AMC possèdera 44,6 de la nouvelle entité et ATIC 55,6%.
Fujitsu : des produits aux services
Chez Fujitsu, la stratégie est un peu différente, mais s'appuie sur le même type d'initiative consistant à se séparer de ses activités de fabrication. La société japonaise qui n'a pas confirmé cette information serait donc en discussion avec d'éventuels acquéreurs. Des noms comme Western Digital ou Toshiba auraient circulé. Le montant de la transaction est évalué aux environs de 1 milliard de dollar. Pour Fujitsu, cette opération devrait lui permettre de se concentrer sur ses activités de services qui présentent des perspectives de développement et de profitabilité plus élevées. Sur le secteur des disques magnétiques, Fujitsu possède une part de marché de 7,5% selon IDC. Le secteur des disques est en pleine consolidation. Plus que tout autre domaine de l'information, il est soumis à une baisse des prix difficile à suivre par les constructeurs. Par ailleurs, on assiste à un remplacement progressif des disques magnétiques vers les supports électroniques. Ces derniers restent encore bien plus chers, mais offrent beaucoup d'avantages. Et au fur et à mesure de leur diffusion, les prix diminuent assez rapidement.
A l'inverse, Fujitsu pourrait racheter la participation de Siemens dans l'entité FSC (Fujitsu Siemens Computer) qui, elle aussi, a commencé sa mue vers les services. Elle vient de gagner un contrat avec Daimler.
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le 19/03/2010 à 12:29