Ô spam suspend ton vol !
Le spam est l'un des fléaux majeurs qui accompagnent et polluent la messagerie électronique et malheureusement trop de spams ne tue pas le spam. Selon les différents études, le spam représenterait 80 %, voire plus, des mails que l'on reçoit quotidiennement. De nombreuses statistiques sont régulièrement publiées sur le sujet, mais qui n'expliquent les motivations qui poussent leurs émetteurs à passer à l'acte.
Le marketing direct n'est pas nouveau, il remonte au 19e siècle. Au-delà d'un nouveau business model, un des intérêts de cette nouvelle forme de commerce est qu'elle est relativement prédictive. Par exemple, selon la Direct Mail Association, une campagne classique offre un taux de conversion de 2,15 pour 1000. Ce qui permet de calculer avec une assez bonne précision les revenus et les bénéfices à venir.
Le principal problème avec le mail est que son coût de production ainsi que son coût marginal son très faibles mais qu'il génère une nuisance sociale très élevé dont les spammeurs n'ont pas grand chose à faire.
L'équation économique d'une campagne de mailing est déterminée par trois facteurs : le coût pour les envoyer à leurs destinataires, le taux de conversion et le bénéfice marginal par « vente » réalisé. Le taux de conversion du spam c'est-à-dire la proportion de spam qui génère l'action pour laquelle il a été conçu est ce qui sous tend la proposition de valeur du spam : générer une vente, générer une gène (en propageant un malware par exemple) ou autre. Mais sur ce point, comme les producteurs de spams ne publient pas leurs statistiques ni leur compte d'exploitation et pour cause.
500 millions de mails
Une équipe de chercheurs de l'université de Californie (Campus de Berkeley et San Diego) s'est tout simplement mis dans la peau d'un spammeur et lancé deux campagne grandeur nature. La première visait à la propagation d'un cheval de Troie (via une carte postale électronique et une blague de 1er avril) et la seconde à vendre des produits pharmaceutiques en ligne. Cette équipe, regroupant 7 chercheurs, n'a pas hésité à prendre les grands moyens en envoyant près de 500 millions de mails en 3 campagnes et à mesurer leur cheminement jusqu'aux postes de travail des utilisateurs.
Dans la publication des résultats de leur expérimentation , les chercheurs expliquent qu'ils ont mis de côté leurs scrupules pour mener à bien cette expérience. Pour générer leur campagne, les chercheurs ont utilisé ce qu'ils appellent un Storm Botnet et des agents de spamming. Rappelons qu'un botnet est un ensemble de robots sont reliés entre eux, c'est-à-dire un ensemble de scripts ou un programme indépendant permettant d'utiliser les fonctions du protocole IRC (Internet Relay Chat) de manière automatisée (Source Wikipedia).
Être connectés en réseau leur permet de se donner mutuellement le statut d'opérateur de canal de manière sécurisée, de contrôler de manière efficace les attaques. Storm est un botnet peer-to-peer qui se propage via le spam (en général en incitant les destinataires à télécharger un exécutable présent sur un site Internet). Storm communique en utilisant deux protocoles : une version chiffrée d'UDP ainsi qu'une version personnalisée de TCP.


Les chercheurs ont instancié 8 serveurs de type Proxy Storm avec un serveur fonctionnant en environnement virtuel ESX3 de VMware. Le trafic est ensuite généré via une passerelle centralisé ce qui permet des actions de blocage non anticipées.
Des taux de conversion incroyablement faibles
Les résultats sont atterrants. Pour ce qui concerne les ventes de produits pharmaceutiques en ligne, quelque 350 millions de mails ont été envoyé et ont abouti à un taux de conversion de 28 utilisateurs ayant procédé à un achat moyen de 100 dollars. Cela représente donc un revenu précis de 2731,88 dollars en regard d'une pollution électronique tout à fait conséquente et d'un coût économique non moins importante (les réseaux doivent bien être entretenus par les opérateurs). Par rapport au taux de conversion de 2% dans le marketing direct classique, le taux de conversion est sur Internet inférieur à 1 pour 10 millions. Du côté de la propagation de malwares, le taux de conversion est nettement supérieur et est de l'ordre de 4 pour 10 000.
Le constat est établi avec des chiffres réels qui montrent bien le problème. L'étape suivante est de savoir ce qu'il convient de faire. C'est peut-être là un problème encore beaucoup plus complexe. Une des idées qui resurgit régulièrement est de faire payer les mails qui n'a, pour l'instant, été vraiment très loin.
Pour télécharger l'article publié par les chercheurs de l'université de Californie
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le 19/03/2010 à 12:29