« La France a trop de syndicats et pas assez de syndiqués », déclare Denis Olivennes, p-dg de la Fnac
Publié le 30 décembre 2004
Ne reniant nullement pour autant sa fibre de gauche, Denis Olivennes, le p-dg de la Fnac, ne mâche pas ses mots et dénonce aussi bien les archaïsmes français que le piratage des disques ou la position d'Apple sur le téléchargement de musique en ligne. Extraits de l'interview parue dans le magazine Capital de janvier 2005.
Contrairement à la grande distribution qui a souffert, La Fnac déclare n'avoir subi aucune baisse jusqu’à présent, même s’il y a eu un léger tassement à la fin de l’automne. " De janvier à novembre, notre croissance en France a atteint 7 % par rapport à l’an passé. La Fnac a la chance d’être leader sur le marché des nouvelles technologies numériques, un des plus dynamiques en ce moment ".
Les ventes de CD ont néanmoins fléchi de 7 % en raison notamment du piratage. Comment lutter contre ? " En élargissant l’offre légale de téléchargement, comme nous venons de le faire en lançant notre site Fnac musique et en renforçant la répression des pirates. Je pense moins aux consommateurs qu’aux fournisseurs d’accès Internet et aux opérateurs de télécoms qui prospèrent grâce au téléchargement illégal ". L’enjeu pour la France est essentiel : il s'agit en effet du seul pays occidental où la musique anglo-saxonne représente 50 % du marché (contre 90 % ailleurs) et l'un des rares à posséder encore une industrie du disque digne de ce nom. Alors que le financement de cette industrie culturelle était en partie assuré chez nous par les télés et les radios, à travers des obligations de production ou des quotas de diffusion, on assiste à une situation pour le moins étrange, observe le PDG de la Fnac. "Aujourd’hui, nous allons vers une situation inverse : pour la première fois, c’est le pillage de « contenus » donc la ruine des créateurs qui contribue au financement d’entreprises de communication, les fournisseurs d’accès et les opérateurs télécoms. Il faut cesser ".
En ce qui concerne la création de son site de téléchargement, l'enseigne rencontre deux obstacles : " d’abord, les majors de la musique ne nous ouvrent pas assez rapidement leurs catalogues, explique Denis Olivennes. Ensuite, les baladeurs, contrairement aux ordinateurs, ne sont pas compatibles avec tous les sites. C’est le cas de l’iPod d’Apple qui ne peut se charger sur l’iTunes, ou du baladeur de Sony, qui ne se connecte que sur son site. Les fabricants enferment donc les consommateurs, et c’est une erreur. Car hérisser les sites légaux de barrières incite au piratage et ne peut que freiner leur développement ".
Ce rapport de force pourrait s’inverser parce que le consommateur va voter avec ses pieds, espère le PDG de la Fnac. "Rappelez-vous le revirement d’Apple avec son Macintosh : Steve jobs avait refusé pendant des années de recevoir les logiciels Microsoft. Finalement, il n’a pas pu faire autrement pour éviter de perdre tous ses clients. Quand Apple verra décliner son iPod, il changera peut-être de stratégie, comme dans l’informatique. Déjà apparaissent de nouvelles générations de baladeurs fabriqués par des fournisseurs au standard Microsoft. Ceux qui refusent la compatibilité offrent donc à Bill Gates un boulevard, puisque la norme universelle risque de devenir la sienne. […] "
Côté emploi, Denis Olivennes ne mâche pas non plus ses mots : " La France mène une politique économique malthusienne qui a conduit par exemple aux pré-retraites ou aux 35 heures. Il serait plus judicieux de déverrouiller la croissance en formant mieux la main d’œuvre et en libéralisant le marché du travail afin de relancer l’emploi et nos capacités de production ". Et d'observer que : " Nous sommes les seuls en Europe à avoir chaque année plus de syndicats et moins de syndiqués. ! Dans les autres pays, il y a eu des fusions..." ce qui "rend le dialogue social très différent. Beaucoup de syndicats qui ne représentent personne, cela aboutit à une logique de surenchère entre eux, voire d’irresponsabilité ".
Propos recueillis par Philippe Genet