Les ERP en voie de Standardisation (2e partie)
L’alternative Open Source
Publié le 08 February 2006
Par Bertrand Garé
L’Informaticien n° 029 http://www.linformaticien.fr
Le développement des plates-formes Linux, ou d’autres OS en Open Source, ont eu pendant longtemps un grave défaut : il y avait peu d’applicatifs de niveau professionnel pour fonctionner dessus. La situation est en train de changer sous l’impulsion de communautés très actives. Outre les outils de gestion documentaire, les ERP en Open Source dépassent aujourd’hui le stade de l’exception. Mais constituent-ils cependant une réelle alternative ?
Il y a trois ans au Salon Linux, le stand d’Eurogiciel, éditeur d’outre-quiévrain d’outils de gestion en Open Source, paraissait bien seul. Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. Lors de la dernière édition, pas moins de cinq produits étaient représentés. Une vaguelette qui risque de se transformer en lame de fond. Cette augmentation des produits disponibles accompagne un mouvement plus large chez les éditeurs du marché. La plupart ont désormais une version reposant sur Linux ou un OS Open Source. Commercialement, le succès n’est pas forcément au rendez-vous. Chez Oracle, pionnier sur le marché des PME avec une offre packagée sur un serveur Linux, les références évoluent peu. Chez Divalto, ex-Interlogiciel, la base installée Linux représente 1 % de la clientèle.
À côté de ces outils, simplement portés sur un environnement Linux, il en existe désormais pouvant fonctionnellement rivaliser avec des outils du marché. Des progiciels comme Compiere, ERP 5, Tiny ERP, GNUe (pour GNU enterprise), disposent désormais de modules sur la plupart des fonctions gérées habituellement par un ERP. De la production à la gestion de projet, en passant par la gestion de la relation client, le périmètre est étendu, au moins sur le papier.
Les principaux avantages de ces produits sont, faut-il le rappeler, un prix de licence réduit à quasiment rien et la mise à disposition du code source.
Ce dernier point permet de répondre à un des points critiques d’un projet ERP : l’adéquation des besoins du client avec le produit par la possibilité de le personnaliser ou de le verticaliser à la demande par des développements ou des paramétrages spécifiques. Cette possibilité est particulièrement intéressante pour une PME à l’activité un peu « exotique ». En effet, la plupart des éditeurs du marché se concentrent sur les secteurs d’activité pouvant proposer un marché assez large. Pour reprendre une image d’un dirigeant d’Intentia lors d’une conférence de presse au sujet de son produit Intentia : « Nous allons arrêter de proposer un ERP pour les chasseurs d’ours. »
Tout est dans tout et inversement ! On peut presque dire que les ERP Open Source ont les défauts de leurs qualités. Dans les PME, les ressources compétentes sur les environnements Open Source sont assez rares. De plus, les équipes en place, quand elles existent, ne peuvent à la fois gérer un projet ERP et l’exploitation de l’existant dans de bonnes conditions.
Les risques d’un projet ERP Open Source sont pourtant équivalents à ceux d’un projet avec un produit du marché. Le plus souvent, la mise en œuvre et les développements sont délégués à un prestataire de service. Raphaël d’Halluin, dirigeant chez Jeeves France, un éditeur d’ERP sur les plates-formes Windows et bientôt Linux, résume la situation : « Il y a encore beaucoup de confusion. On est sorti du côté sympa de l’Open Source en passant à l’âge adulte avec un business model précis. Avec l’Open Source, on ne se situe plus dans le cadre d’une relation “ propriétaire ” avec l’éditeur, mais on revient vers une relation de type prestataire de service ».

Sur le fond, la remarque est justifiée. Compiere et ERP 5 sont des solutions d’éditeurs, mais leur modèle d’activité se fonde sur les services et la maintenance. Il est intéressant de constater que les ERP Open Source ne sont plus seulement proposés par des sociétés de services spécialisées dans l’Open Source (SSLL), mais aussi par de grandes SSII. Ainsi, sur Salon Solutions Linux 2005, Euriware vantait les possibilités d’ERP 5. Et Arche proposait Compiere… Les grandes SSII suivent le mouvement. Après la mise en place de pôles de compétences sur les technologies Open Source, elles ont bien compris l’opportunité que ce modèle proposait. Pour elles, les ERP Open Source représentent aussi une alternative pour des clients hésitant à se lancer sur un projet important avec un progiciel du marché ou avec des besoins très spécifiques.
Jean-François Crépeau, directeur de l’innovation chez T-Systems, s’il ne croit pas à ce modèle dans les grands comptes du fait des difficultés d’intégration et de la couverture fonctionnelle encore limitée, admet que : « Depuis 2 ans, on a vu apparaître des communautés Open Source très actives qui mettent au point de véritables ERP de gestion aux fonctionnalités assez larges. En utilisation standard, c’est-à-dire avec de “ simples ” paramétrages, la cible affichée est souvent le monde PME/PMI, mais ces logiciels publient leur source et de ce fait cela peut être un point de départ efficace pour construire une solution spécifique qui alliera paramétrage, adaptation du code et développements complémentaires. Par conséquent, si l’entreprise choisit d’aller vers un développement spécifique, elle se doit de considérer ces ERP Open Source et le développement “ from scrach ” ne doit plus être la seule alternative possible. »
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Demain : déploiement : les points à surveiller