Le Guide du Développeur : Outils (1ere partie)

Publié le 12 April 2006

ECLIPSE : L’IDE QUI ECLIPSE TOUS LES AUTRES !

Si l’année 2004 marqua l’adoption d’Eclipse par les développeurs, l’année 2005 restera celle du ralliement par les éditeurs. Eclipse s'impose, toute résistance est futile…

L’INFORMATICIEN n° 32 http://www.linformaticien.fr
par José Diz

Le succès d’Eclipse, c’est avant tout son adoption massive par les développeurs. Selon le cabinet Evans Data, la croissance d’adoption en 2004 était de 60 % en Europe (70 % en Asie et 90 % aux États-Unis). En 2005, si la progression est moins fulgurante, elle se confirme néanmoins. Eclipse grignote encore 20 à 30 % des parts de marché des IDE, selon le même cabinet. Une étude menée sur 515 participants au Java Symposium en mars 2005 révèle que, pour 53 % des développeurs Java, Eclipse est l’IDE qu’ils utilisent en premier. Le second IDE le plus populaire est IntelliJ IDEA de JetBrains avec 19 % des suffrages. Mais Eclipse est bien plus qu’un environnement de développement, c’est une véritable plate-forme d’applications. Les éditeurs d’outils de développement qui proposaient un IDE concurrent d’Eclipse se sont finalement résignés à prendre le train en marche et à se raccrocher à la locomotive Eclipse.

La 2e conférence EclipseCon, qui s’est tenue en février 2005, a été le théâtre d’une première vague d’annonces : BEA, Borland, Scapa, Sybase et CA rejoignent la fondation Eclipse en tant que « Développeurs Stratégiques ». Être un développeur stratégique signifie verser une contribution de 250 000 $ par an, s’engager à mener un projet Eclipse de premier niveau et allouer au moins huit développeurs à la plate-forme Eclipse. Un investissement qui n’est pas anodin, mais qui donne la mesure de l’engagement vis-à-vis de la Fondation. Et cela donne le droit d’occuper un siège au conseil d’administration.

Une adoption rapide

Trois ans après la création du board Eclipse, BEA se décide enfin à l’intégrer. Il accepte de conduire le projet de premier niveau Eclipse Web Tools Platform (WTP), une plate-forme d’outils destinée à produire des technologies Web. Il propose un nouveau projet, Language Development Tools, de nouveaux plug-ins Eclipse pour sa JVM JRockit, ainsi que la fusion des projets AspectWerkz et Eclipse OptimalJ, le deux principaux frameworks orientés Aspect. BEA annonce que les nouvelles versions de son environnement de développement WebLogic Workshop fourniront un support du framework Eclipse et des plug-ins Eclipse. En septembre, BEA acquiert M7, un éditeur qui propose une gamme d’outils J2EE, NitroX, basée sur Eclipse. BEA entend ainsi accélérer le portage de ses outils dans Eclipse et contribuer à mixer outils commerciaux et Open Source.

Borland faisait déjà partie des membres fondateurs d’Eclipse, mais sa participation restait jusqu’alors très discrète. L’éditeur a annoncé lors de l’EclipseCon qu’il ferait partie du board en tant que Développeur Stratégique. Annoncé en début d’année, Core Software Delivery Platform (SDP), l’outil de gestion du cycle de vie de l’application supporte à la fois l’IDE maison JBuilder et Eclipse. Borland pourrait soumettre un sous-projet Eclipse de modélisation graphique basé sur sa technologie Together.

La montée d’Eclipse, hélas, se fait au détriment des IDE commerciaux et Borland est forcé de reconnaître que les parts de marché de JBuilder s’érodent inexorablement. Les résultats sont mauvais. Au cours de l’été, Dave Fuller démissionne de son poste de P-DG. Borland annonce en septembre une ultime mise à jour de son IDE Java, JBuilder 2006, avant d’adopter à son tour le socle Eclipse. Mais le futur JBuilder bâti sur Eclipse (nom de code Peloton) n’est pas attendu avant mi-2006. Pour amorcer ce grand virage, l’éditeur repositionne sa stratégie. D’un éditeur d’outils de développement, Borland se concentre sur les services (consulting CMMI par le biais de sa branche TeraQuest), sur les solutions de gestion du cycle de vie des applications (avec sa plate-forme Core SDP).

Les autres supporters

Fondée en 2002, Scapa est un éditeur d’outils de mesure de performance. Il conduit le projet Test and Performance Tools Platform (TPTP) au sein d’Eclipse et considère la plate-forme Eclipse comme un véritable OS desktop et serveur. Scapa a pris le statut de développeur stratégique.

Membre depuis 2002, Sybase s’est également investi en développeur stratégique. L’éditeur a été l’un des premiers à fournir un produit commercial autour du framework Eclipse, un outil d’orchestration et de monitoring de processus métier appelé Sybase Unwired Orchestrator. Sybase propose un nouveau projet Data Tools Project destiné à fournir un framework d’outils pour la gestion de données.

Lors de l’EclipseCon, Computer Associates (CA) s’est lui aussi porté comme Développeur Stratégique. CA va conduire un projet d’outils de gestion stratégique d’entreprise. En juin, Macromedia rejoint à son tour la Fondation Eclipse. La compagnie envisage de fournir un outil de développement basé sur Eclipse (nom de code Zorn) permettant de construire des applications Internet riches (RIA) dans un environnement Macromedia Flex. Avec l’adhésion de NEC, la Fondation fête son centième membre. NEC envisage d’introduire des outils et des plug-ins basés sur Eclipse pour ses environnements de développement C++ et Java.

En juillet, iWay Software a rejoint la communauté Eclipse.
En août, Progress Software rejoint la Fondation et va baser ses outils tels que Progress OpenEdge 10.1 sur Eclipse.
En octobre, Zend Technologies, dont les fondateurs sont à l’origine du langage PHP, rejoint la Fondation en tant que développeur stratégique. Zend va conduire un projet de plug-in à Eclipse permettant de développer avec PHP et envisage de porter sur Eclipse son environnement de développement Zend Studio. L’objectif est de créer un framework Open Source de référence pour PHP.
En novembre, Business Objects, qui fournit le plug-in Crystal Reports pour Eclipse, adhère à la Fondation Eclipse.

Au final, on retrouve dans la Fondation Eclipse la quasi-totalité des éditeurs d’outils de développement. Un ralliement sans précédent. Tous les acteurs ? Il reste deux irréductibles : Microsoft et Sun. Microsoft n’a évidemment aucune raison d’adhérer à Eclipse qui est maintenant son principal concurrent sur le marché des environnements de développement.

Il ne reste plus que deux IDE

Reste Sun qui continue à pousser son projet Open Source NetBeans. S’il est vrai qu’en 2004 le raz-de-marée Eclipse a quelque peu occulté NetBeans, ce dernier a regagné un peu d’attention en 2005 avec sa version 4.0. L’approche de NetBeans se démarque de celle d’Eclipse dans la mesure où le produit vient en un bloc et comprend d’emblée tout ce qu’il faut pour être opérationnel : builder graphique, profiler, Swing, full J2EE, JDK 5.0, collaboration, gestion de projet… On est loin du concept tout en kit d’Eclipse. À l’instar d’Eclipse RCP (Rich Client Platform), la plate-forme client riche qui s’appuie sur le framework d’Eclipse, NetBeans propose également une plate-forme client riche avec NetBeans RCP.

Autre concurrent qui résiste : Intellij IDEA. Cet IDE Java est un cas à part. Il continue à avoir ses supporters. Sans doute le dernier bastion de la diversité, pour ceux qui ne veulent pas rentrer dans la masse.

Le succès d’Eclipse est à mettre en parallèle avec celui de la base de données MySQL ou du langage PHP des « killer apps » chacun dans leur domaine. Mais surtout, l’Open Source introduit le phénomène de « commoditisation ». Lorsqu’il s’accapare certains middleware comme le serveur Web, le serveur d’application, le bus d’entreprise (ESB), ces couches deviennent des commodités. Avec Eclipse, le socle de la plate-forme de développement devient une commodité sur laquelle le développeur va construire son environnement personnalisé. Pour les éditeurs d’outils, la plus-value n’est plus dans l’IDE lui-même, mais dans les extensions, la personnalisation et les services autour de cet IDE. En juin, Oracle, sous la pression du succès d’Eclipse, annonce la gratuité de son environnement de développement JDeveloper. En novembre, c’est au tour de Sun de proposer la gratuité de tous ses outils de développement : Java Studio Enterprise, Creator, Sun Studio. Les UDE ne font plus recettes !

Même si NetBeans et IntelliJ sont techniquement supérieurs, on ne voit pas très bien ce qui pourrait arrêter la montée inexorable d’Eclipse. Pour Didier Girard, directeur technique d’Improve, « Il ne reste plus que deux IDE : Eclipse et Visual Studio. »

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Demain - 2e partie : le monde Java


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