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La banque en pleine mutation
Publié le 28 mars 2007
Par Guy Hervier. La banque en ligne n’est pas un phénomène nouveau. On se souvient des mésaventures de Zebank en France, une initiative de Bernard Arnault pourtant dotée d’un financement de 175 millions d’euros, rachetée par Egg en 2002 et terminée par une fermeture pure et simple. Un peu à l’instar du e-commerce pour l’alimentation, l’idée de banque en ligne a été récupérée par les sociétés traditionnelles qui ont élargi leurs services en s’appuyant sur les nouvelles technologies. Les accords signés par AT&T avec plusieurs institutions financières s’inscrivent dans cette mouvance. Mais dans le sillage de Zopa et Prosper, d’autres formes de pratiques financières sont en train de se mettre en place utilisant notamment les technologies du P2P.
De la carte de crédit au téléphone portable
AT&T vient de signer un accord avec plusieurs institutions financières américaines permettant aux clients de celles-ci d’utiliser leur téléphone mobile pour assurer des paiements. Selon les formules proposées, les clients pourront régler des achats avec leur portable utilisé comme porte-monnaie, carte de crédit ou chèque. AT&T a signé entre autres avec la banque BancorSouth, la banque à distance Firethorn, le site Web CheckFree pour la mise en œuvre de ce projet.
Les clients de BancorpSouth qui ont souscrit à un service de téléphonie mobile avec AT&T pourront télécharger les applications bancaires sur leurs mobiles. Ils pourront ensuite les activer à tous moments. Au-delà des paiements, ils pourront réaliser les opérations qui sont désormais traditionnelles en ligne sur les postes de travail : visualisation des comptes, transferts d’argent entre comptes, réception et paiement de factures. Pour garantir la sécurité, toutes les données seront chiffrées et accessibles via un mot de passe. AT&T fait état de plus de 60 millions de clients. BancorpSouth est la première banque à participer à ce projet.
Le site Firethorn joue le rôle de passerelle entre les institutions financières et les opérateurs de téléphonie mobiles. Après BancorpSouth, AT&T a indiqué qu’elle allait signer des accords du même type avec d’autres banques.
Les emprunteurs parlent aux prêteurs
Les technologies du Peer-to-Peer (P2P) ont été popularisées par des applications telles que celles proposées par Kazaa, Napster ou eMule dans le domaine du téléchargement de fichiers, principalement musiques et films. Il a ensuite été adapté à la téléphonie sans fil avec Skype, et désormais beaucoup de fournisseurs l'utilisent. Le 15 mars dernier, Skype célébrait le 500 millionième téléchargement et faisait état de plus de 170 millions de clients payants. Dans un autre domaine, le micro-crédit a connu son heure de gloire en octobre 2006 avec l’annonce de l’attribution du prix Nobel au Bangladeshi Muhammad Yunus, pour avoir mis en place et développé cette activité à grande échelle via sa banque Grammen Bank.
Le croisement de ces technologies P2P et d’activités financières particulières est en passe de donner naissance à des nouvelles formes d’opérations. En novembre dernier, les sites Internet Zopa et Prosper se sont lancés dans des activités de prêts basées sur le P2P. Ces sites ont été baptisés d’« eBay for loans ». Ces deux sites proposent du micro-crédit et « bypassent » les banques traditionnelles en mettant en relation directe les prêteurs et les emprunteurs. Le fonctionnement est le suivant : les emprunteurs annoncent leurs demandes de prêts et leur profil et les prêteurs font leurs propositions et sont mis en concurrence. Et ce sont les meilleures offres qui gagnent. Mais, la technologie apporte une différence majeure en permettant aux prêteurs, et ce de manière assez simple, à morceler leurs prêts et ainsi à réduire les risques.
Engouement pour le P2P banking
Ces nouvelles formes de crédit devraient connaître un développement assez rapide. Une étude publiée par Online Banking Report prévoit qu’en 2011 le crédit de personne à personne pourrait dépasser les 100 000 prêts par an et atteindre le volume de 1 milliards de dollars. Mais à la différence des activités proposées par eBay ou Skype, le crédit est régi par des réglementations nationales ou régionales. Dans le sillage tracé par Zopa et Prosper, plusieurs organisations se sont engouffrées dans cette nouvelle voie, parmi lesquelles on peut citer Boober, Smava, CommunityLend, Fundable...
Basé aux Pays-Bas, Boober s’inspire assez largement du modèle des deux pionniers. Il fait appel à Experian comme agence de notation. Les prêts à des emprunteurs qui sont certifiées AA et AAA sont garantis à respectivement 90 et 99,5 % par l’institution Intrum Justicia spécialisée dans le recouvrement de créances.
Les investisseurs, c’est-à-dire les prêteurs, doivent répartir leur capital sur un minimum de 10 emprunteurs. A l’inverse, les emprunteurs payent 19,95 euros pour recevoir une notation et payent un abonnement annuel et une commission de 0,5 % du montant de l’emprunt.
En Allemagne, Smava vient de commencer ses opérations et propose des prêts allant de 500 à 10 000 euros. La société prend une commission de 1 % du montant de l’emprunt et demande 10 euros pour une notation de situation de crédit. Mais à la différence de Boober, elle encourage les emprunteurs à se regrouper.
Fundable.org, qui ne se présente pas comme une association à but non lucratif, est une organisation qui propose une plate-forme permettant à des offreurs et des emprunteurs, plutôt regroupés, à se rencontrer et joue le rôle de tiers de confiance. Il se présente comme une sorte d’eBay spécialisé dans le crédit. Le service proposé est gratuit ce qui laisse penser que Fundable.org espère décliner un modèle économique basé sur la publicité lié au trafic du site. Les personnes se regroupent pour faire des offres ou au contraire des demandes de crédit selon un mode qui se rapproche des enchères en ligne. Chaque groupe, baptisé group action, précise le montant du crédit demandé. Lorsque le montant correspondant a été récolté, Fundable le transforme en paiement qu’il envoie au responsable du groupe. Il reçoit cet argent via Paypal ou par chèque moyennant une commission de 10 dollars quel que soit le montant.
Fonctionnement des group actions

Si un groupe n’arrive pas à réunir le montant total de la somme demandée, il est tout simplement dissout et l’affaire est annulée sans entraîner aucun paiement. Fundable accepte les fonds via des organismes comme Paypal, Visa, Mastercard, American Express et Discover.
Les différents groupes et le rôle des leaders
