Symposium Gartner
Les trois domaines impactés par l’Entreprise 2.0
Publié le 8 novembre 2007
Par Bernard Laur, consultant Synthèse Informatique. Quel sera l'impact des évolutions actuelles du Web 2.0 sur l'entreprise et son système d'information ? La question mérite d'être posée même si l'on a du mal à imaginer le type d'intégration envisageable et applicable au phénomène actuel marqué par les réseaux sociaux et autres « mashups ». Les analystes du Gartner ont évalué trois grands domaines dans lesquels cet impact devrait se faire sentir : les utilisateurs, les services et les architectures applicatives.
Les utilisateurs sont incontestablement un des facteurs qui devraient favoriser (pousser) l'utilisation du Web 2.0 en entreprise. Les « Digital natives », nés dans les années 90's et élevés devant un PC connecté au Net, portent aujourd'hui les technologies Web 2.0 et vont intégrer les entreprises dans les toutes prochaines années. Il faut s'attendre à ce qu'ils demandent à retrouver en entreprises, comme collaborateurs ou comme clients, certains des outils et services auxquels ils se sont habitués très tôt dans leur utilisation du Web « grand public ». Soit dit en passant, on peut s'attendre également à ce que la fracture se creuse entre les « Digital natives » et les « Digital migrants » au sein de l'entreprise, les modes d'utilisation des premiers nommés n'ayant guère à voir avec ceux des utilisateurs classiques d'entreprise, à l'âge moyen plus élevé et au « passé » d'Internaute nettement moins riche.
L'éventail des services disponibles sur la plate-forme Web 2.0 est d'une richesse extrême. Certains ont d'ores et déjà été expérimentés par les entreprises : blogs, wikis, flux RSS/Atom, podcasts. D'autres vont poser une problématique de clarification du positionnement afin que l'utilisateur comprenne quel outil utiliser à quel moment : c'est le cas de la messagerie instantanée qui devra trouver sa place par rapport à la téléphonie IP, à l'email et à la webconférence.
Les différents types de services regroupés sous la terminologie de « réseaux sociaux » ouvrent des domaines encore peu expérimentés en entreprise, car ils sont utilisés pour « se faire des relations » (Social networking), travailler à un projet commun (Social collaboration) ou à la publication d'information (Social publishing, folksonomie, taggage), sans parler des « mondes virtuels ». Il conviendra pour ces différents services de décider s'ils doivent être utilisés et dans ce cas trouver leur place et leur adaptation dans un contexte d'amélioration de la productivité de l'entreprise, certains envisageant même de voir dans quelle mesure ces services pourraient être « couplés » aux processus et aux applications traditionnels.
Les architectures applicatives constituent le troisième domaine d'apport du Web 2.0. SaaS (Software as a Service), Mashup, RIA (Rich Internet Application) étendent l'éventail des possibilités de développement : SaaS propose un mode de mise à disposition d'applications sur les serveurs (en particulier en mode hébergé) accessibles à partir d'un simple navigateur. RIA qualifie le développement orienté client et se décline en plusieurs formes aux qualités et potentialités différenciées surtout en terme de sophistication d'interfaces, soit directement dans le navigateur avec la technologie Ajax (HTML et Javascript), soit en utilisant un navigateur doté d'un plug-in spécifique (c'est le cas de Flash d'Adobe et de Silverlight de Microsoft), soit en dotant le poste de travail d'un framework spécifique (.Net ou Java).
Quant aux mashups, ils ouvrent des perspectives intéressantes de développement par l'utilisateur d'applications composites utilisant des services standardisés « publiés » sur les serveurs et accessibles soit par des flux de type RSS, soit par des API publiées. Ces mashups sont surtout utilisés aujourd'hui sur le Net pour « mixer » une source cartographique à une source de données et obtenir une représentation graphique « in situ ». Ce type d'application peut être envisagé en entreprise, mais au-delà, il faudra s'interroger sur les domaines réels d'une utilisation productive. Jusqu'où pourra-t-on aller dans la publication de services « mashupables » ? Ira-t-on jusqu'à exposer certains services de production et à autoriser ainsi les utilisateurs à créer leurs propres processus de travail et de traitement ? Ces outils seront-ils également utilisés à destination des clients de l'entreprise ?
En considérant l'ampleur de ces novations, on ne peut que s'interroger sur le temps qui sera nécessaire aux équipes informatiques d'entreprise et à leurs utilisateurs « Digital migrants » pour assimiler ces concepts, leur trouver une application concrète dans un contexte donné et ensuite les déployer. Pour le Gartner le temps presse. Pour les entreprises la progressivité sera de mise d'autant plus qu'il n'est pas douteux que de nouveaux concepts, outils et services viendront encore compléter le Web 2.0 dans les mois (et années) à venir.