50 ans de Silicon Valley
Le face à face Google/Yahoo !
Publié le 05 December 2007
Par Guy Hervier. Sur les quatre Mousquetaires de l'Internet - Google, Yahoo, eBay et Amazon - les trois premiers trouvent leur origine dans la Silicon Valley. Google et Yahoo ont été créées par des étudiants de Stanford, mais avec des approches différentes.
En se basant sur des travaux effectués pendant leur doctorat, Larry Page et Sergey Brin ont développé un moteur de recherche sur Internet qui apportait une véritable rupture par rapport aux moteurs existants, relativement nombreux et qui ont disparu depuis. Ces moteurs étaient pour la plupart basés sur des techniques d'analyse de texte, notamment le nombre de mots dans un texte, sa position... La technologie proposée par Google baptisée PageRank s'appuyait sur l'idée que plus de pages pointent sur une page et mieux elle sera placée dans la hiérarchie des réponses listées suite à une recherche. Un raisonnement emprunté à celui des publications scientifiques.
D'une certaine manière, Google peut être présentée comme une agence de recrutement et une agence de publicité. Google employait au 30 septembre 2007, quasiment neuf ans après sa création, 15916 salariés à plein temps. Sous forme de boutade, on pourrait dire que sa première activité, avant même de développer du logiciel, est de recruter des compétences. Un calcul rapide indique que la firme a recruté chaque jour 8 personnes. Sur les quelque 15 milliards de chiffres d'affaires qu'elle devrait réaliser en 2007, plus de 99 % proviennent de la publicité.

Les deux fondateurs ont fait appel à des références mathématiques dans le choix des noms. A commencer par Google qui dérivé du mot Googol qui signifie 10 à la puissance 100. De nom propre, Google est rapidement devenu un verbe : to google qui signifie naturellement faire une recherche sur Internet comme, à une époque pas si lointaine, une Xerox copy était synonyme de photocopie. Les deux dictionnaires Merriem-Webster et Oxford l'ont ajouté en 2006. Le campus de Google baptisé Googleplex, un dérivé de gogolplex (googolplex en anglais) défini comme le nombre 10 élevé à la puissance gogol.
Lorsqu'ils se sont introduits en bourse, sur les 19 605 052 actions disponibles, Google en a proposé 14 141 135 en référence à √2 = 1,4142135.
Après avoir mis au point une technologie supérieure à celles de ses concurrents, Google ne savait pas vraiment comment la valoriser. Pendant un temps, elle a essayé sans succès de la vendre sous forme de licence. C'est en 2000 que Google a commencé à vendre de la publicité contextuelle dont la force réside dans un ciblage très précis. Les mots-clés étaient vendus sous la forme d'enchères et de nombres de clics avec un prix d'entrée à 0,05 dollars au clic. Ce modèle économique avait été inauguré par la société Goto, rebaptisée Overture Services, et rachetée par Yahoo !.
Pendant un temps, l'instar des autres moteurs, Google affichait sur son écran d'accueil le nombre de pages indexées par ses crawlers, comme pour montrer sa force. Depuis plusieurs années, ce nombre n'est plus publié. Une des forces du modèle de Google est qu'il peut développer des nouvelles applications et les proposer dès leur création - en version beta - à un nombre considérable d'utilisateurs. La firme basée à Mountain View a lancé au fil du temps des nouveaux services sans chercher comment les vendre.
POur accélérer son développement, déjà très rapide, Google a procédé à de nombreux rachats atteignant parfois le gigantisme. Fin 2006, elle rachète YouTube pour 1,6 milliard de dollars et en avril elle acquiert Double click pour 3,1 milliards. Cette opération est toujours sous observation par la Commission européenne. Aujourd'hui, Google poursuit plusieurs voies de développement. Elle cherche à se développer sur le marché de l'entreprise. Mais la société s'intéresse de nombreux autres domaines. La firme de Mountain View a déclaré cette semaine qu'elle s'apprêtait à dépenser plusieurs centaines de millions de dollars dans ce domaine dans le cadre d'un projet baptisé Renewable Energy Cheaper Than Coal.
Yahoo copycat ou innovateur ?
Yahoo est parti d'une autre idée que celle de Google. Le développement de l'Internet posait le problème simple à énoncer, mais complexe à résoudre d'organiser l'accès au Web. Les moteurs d'avant Google n'étaient pas vraiment satisfaisants. Restaient l'accès directe sur un site qui nécessite de connaître l'url ou la navigation via les hyperliens mais qui relève plus du butinage aléatoire.
En janvier 1994, Jerry Yang et David Filo développent un guide du Web organisé sous la forme d'un annuaire baptisé « Jerry's Guide to World Wide Web ». Ce guide est rebaptisé Yahoo ! en avril 1994.
Pour Yahoo, l'activité moteur de recherche n'était que seconde et ne faisait pas l'objet d'un développement interne. D'ailleurs, en juin 2000, Yahoo a signé un accord de licence avec Google pour utiliser son moteur. En 2002, Yahoo cherche à développer sa propre technologie et acquière plusieurs sociétés dans ce domaine : Inktomi en décembre 2002, Altavista et AlltheWeb par le biais du rachat d'Overture en juillet 2003. Et ce n'est qu'en février 2004 qu'elle lâche la technologie de Yahoo pour proposer la sienne.
Pour le reste, Yahoo est ce une sorte de copycat de Google en proposant nombre de services comparables. Malheureusement pour Yahoo, le phénomène de la prime au premier semble largement favoriser Google qui depuis deux ans connaît un développement beaucoup plus rapide. Alors qu'elle avait atteint un pic de 112,75 dollars en janvier 2000, l'action Yahoo est retombée à son minimum historique de 4 dollars en septembre 2006. Sur les 9 premiers mois de l'année, les chiffres d'affaires de Google et Yahoo sont respectivement de 11,7 et 5,1 milliards de dollars, leurs capitalisations financières s'établissent, elles, à 215 et 35 milliards de dollars.
