René Bonvanie, Vice-Président marketing de Serena
Nous misons notre avenir sur l’ALM et les mashups
Publié le 26 March 2008
Spécialisé dans le développement d'outils de gestion d'application et de projets, Serena Software a lancé une nouvelle activité basée sur la fourniture de mashups métier pour les entreprises. Ces nouveaux outils doivent permettre aux utilisateurs finals de ne pas dépendre de la DSI pour développer certains types d'applications tout en offrant à la DSI la possibilité de les contrôler et d'en assurer une bonne gouvernance. René Bonvanie, Vice-Président de Serena en charge du marketing explique comment cette nouvelle activité complète le cœur de métier de l'éditeur. Propos recueillis par Guy Hervier.
Comment présenteriez-vous Serena Software en deux minutes ?
René Bonvanie : Serena est un éditeur de logiciel créé il y a 27 ans, spécialisé dans la gestion des changements des applications, bien implanté auprès des développeurs et des DSI. Notre stratégie vise à étendre nos domaines d'intervention à la gestion des processus, à la gestion de projet et de portefeuille applicatif et dans le développement Agile, trois domaines pour lesquels nous aurons cette année une offre on premise et on-demand.
Où se situe l'annonce des mashups faite en septembre dernier ?
R.B. : C'est clairement dans la gestion des processus. Jusqu'ici, c'était principalement lié à ce que l'on appelle l'ALM (Application-Life Cycle), mais nous l'étendons aux domaines métiers sur lesquels nous travaillons depuis trois ans et qui, en priorité, sont destinés aux directions opérationnelles, une cible que nous connaissons assez peu. Ici, le mot processus est lié à une application simple constituée de trois éléments : la visualisation, l'orchestration permettant de créer des liens avec d'autres applications et les flux qui permettent aux utilisateurs de communiquer avec des processus ou aux processus de communiquer entre eux. C'est là une activité totalement nouvelle pour Serena.
Peut-on déjà tirer un premier bilan ?
R.B. : Les personnes que j'ai rencontrées depuis l'annonce ont montré un vif intérêt sur cette offre. Cela nous a permis de découvrir qu'il y avait de nombreuses applications développées dans l'entreprise qui ne sont pas maîtrisées par la DSI. Quitte à ce que les utilisateurs finals continuent à développer leurs applications, autant qu'ils le fassent sous le contrôle de la DSI, ce que permettent nos mashups. On a déjà connu ça dans des temps antérieurs. Par exemple, quand les premiers tableurs se sont diffusés dans l'entreprise et ont permis à des utilisateurs de développer leurs propres applications, créant parfois des situations chaotiques. Mais, lorsque la DSI ne sera pas en mesure de développer les applications pour les utilisateurs, ceux-ci le feront eux-mêmes (dans la mesure de leur capacité technique). Avec notre offre de mashups, les DSI ont le meilleur des deux mondes : des utilisateurs qui développent leurs applications, mais dans le cadre d'une gouvernance globale car les mashups sont gérés par les serveurs d'entreprise grâce à notre offre Mariner.
Et sur le terrain ?
R.B. : Au moment de la sortie de cette offre, nous avons publié 13 mashups plutôt liés à l'ALMsur notre site Mashup Exchange . Aujourd'hui, des modules qui n'ont plus de liens avec notre offre sont disponibles et permettent comme dans le cas de Thomson Reuters de faire des liens entre Salesforce et SAP et d'associer par exemple l'historique de paiement d'un client et la solution logicielle qu'il met en oeuvre. Et même d'aller plus loin en couplant une application de client scorecard de Dun & Bradstreet pour toucher en priorité les clients les plus solvables. Autre exemple, la DRH de la Banque Royale Canadienne a développé une application métier qui permet d'intégrer dans le SI en une opération tout nouveau collaborateur arrivant dans l'entreprise. General Electric a développé des mashups pour établir des connexions entre une application Siebel et un ERP Oracle (Contrairement à ce que l'on pourrait penser, Oracle ne proposait même pas d'interface entre les deux produits.
Cette nouvelle offre de business mashups est une activité totalement nouvelle pour Serena, tant au niveau fonctionnel que des cibles visées. Comment allez-vous procéder ?
R.B. : Pour toucher ces nouvelles cibles que nous ne connaissons pas très bien, nous allons nous appuyer sur des nouveaux partenaires, VAR ou SSII. A ce jour, nous avons une cinquantaine de partenaires et quelque 150 mashups sont disponibles sur notre site. Dans ce domaine, l'aspect métier est beaucoup plus important que la dimension technologique. Les mashups que nous avons développés sont disponibles gratuitement. Une des différences avec Appexchange de salesforce est que nous ne demandons aucune royalties à nos partenaires. C'est le client final qui nous paiera. Une autre différence est que tous les produits disponibles sur Appexchange sont destinés à étoffer l'offre de salesforce alors que nos mashups ont des utilisations beaucoup plus variées et indépendantes de notre offre.
Vous avez annoncé il y a quelques jours que vous alliez proposer vos mashups sous la licence Creative Commons. C'est une démarche plutôt nouvelle.
R.B. : Effectivement, ces mashups sont proposés sous la licence d'utilisation Creative Commons. Et nous incitons nos partenaires à faire de même. Les licences open source traditionnelles de type GPL, Apache ou BSD ne sont pas vraiment adaptées aux mashups. Ces derniers se rapprochent plus de la création que du développement.
Et au niveau de votre offre principale, quelles sont les annonces à venir ?
R.B. : Nous allons annoncer d'ici la fin de l'année une nouvelle offre ALM basée sur méthodologie de développement Agile. L'objectif étant de remplacer les méthodes de développement traditionnelles par des méthodes beaucoup plus flexibles, impliquant plus les utilisateurs finals et basées sur des itérations à cycles très courts. Cette nouvelle solution sera proposée uniquement sous la forme on demand. La méthodologie Agile est largement répandue, environ 70 % des entreprises ont déjà lancé un projet basé sur ce type de méthode. Mais l'Agile n'est pas destiné à tout remplacer, les méthodes classiques pour des projets très complexes subsisteront. L'Agile n'est pas intéressant seulement parce qu'il permet d'aller vite, mais aussi parce qu'il apporte une plus grande sécurité pour garantir que l'application développée correspond aux besoins des utilisateurs. Ce projet est placé sous la responsabilité de John Scumniotales, un des co-créateurs de la méthode Scrum et Vice President de Serena.
Ces deux offres ALM sont donc amenées à cohabiter ?
R.B. : Oui, car elles sont complémentaires. Agile ne s'intéresse pas vraiment à l'offre de composants. Avec une offre classique ALM, on gère surtout les objets de développement (fichiers, scripts...). Les solutions Agile (qui proposent plutôt du support méthodologique) sont surtout destinées à gérer des projets, des flux de communications. D'où la possibilité d'utiliser les deux offres sur un même projet. Mais rien n'oblige à le faire. Cette nouvelle solution Agile sera commercialement disponible en décembre de cette année.
Quel est le lien entre les deux activités : business mashups d'un côté et ALM de l'autre ?
R.B. : Si l'on positionne les applications selon les deux axes complexité et nombre, on s'aperçoit qu'il y a d'un côté les applications complexes et à coûts élevées et de l'autre celles qui sont plus « légères » et beaucoup plus nombreuses. On obtient un schéma qui s'apparente à celui de la « longue traîne » (« The Long Tail: Why the Future of Business Is Selling Less of More ») de Chris Anderson. La DSI doit se concentrer sur les applications très complexes à forte valeur ajoutée et laisser les responsables fonctionnels développer les applications simples qui figurent dans la « longue traîne ». Si ces logiciels peu complexes ne sont pas suffisamment rentables individuellement pour justifier un déploiement par le service informatique, leur agrégation représente des millions, voire des milliards de dollars en termes d'économies non reconnues, d'opérations inefficaces et d'opportunités commerciales non saisies.

La réutilisation logicielle n'a jamais bien fonctionné. Quelles sont les conditions pour que cela soit différent sur votre Mashup Exchange ?
R.B. : Il y a eu des domaines où cela a plutôt bien fonctionné. Souvenez-vous des OCX avec Visual Basic. Pour que cela fonctionne, il faut évidemment que la description des mashups soit claire et bien structurée. Il est préférable que les mashups soient libres de droit.
Cette nouvelle activité est un pari sur l'avenir. Quels sont vos objectifs ?
R.B. : Nous ne communiquons pas vraiment sur le sujet, mais nous avons rendu un plan très précis à notre actionnaire Silverlake. Ce dernier qui nous a racheté il y a trois ans pour la somme de 1,1 milliard de dollars entend recueillir le fruit de son investissement sur une période qui est de l'ordre de 5 ans. Il reste donc deux ans à Serena pour rentabiliser cet investissement. Mais Serena offre déjà un niveau de profitabilité assez exceptionnel supérieur à 30%.
Comment voyez-vous l'évolution de l'industrie du logiciel placée sous une consolidation à marche forcée ? Pensez-vous que cela va continuer
R.B. : Oui, cela va continuer tant qu'il y aura des « objets » intéressants à racheter. Mais tous les rachats n'ont pas les mêmes objectifs ? Si on prend le cas d'Oracle par exemple - où j'ai travaillé pendant 11 ans - l'objectif est de racheter des clients plutôt que des produits ou des technologies. Mais, il faudra toujours des petits éditeurs spécialisés sur des domaines très pointus qui, tôt ou tard, pourront être amenés à être rachetés par des plus gros.
Maintenant, il faut aussi prendre tenir compte du business model SaaS (Software as a Service). Prenons le cas d'un éditeur qui propose son offre en mode on premise (situation 1) et qui est valorisé 100. S'il propose ses logiciels en mode on premise et on demand (situation 2), sa valorisation peut doubler. Si elle passe au mode on demand seul (situation 3), sa valorisation peut tripler. Passer de la situation 1 à la situation 2 est très difficile car cela supprime d'emblée une partie des revenus. Pour y parvenir, il faut donc sortir du marché - comme nous l'avons fait - pour s'y réintroduire ensuite. Evoluer vers la situation 3 est quasiment impossible pour un éditeur existant. Seul un nouvel entrant, du type salesforce, peut y parvenir.