Oł va Alcatel-Lucent ?
Publié le 01 May 2008
Deux ans après la fusion entre les deux géants des télécommunications, force est de constater que les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances affichées. Alcatel-Lucent accuse une baisse de ses ventes au premier trimestre 2008 et affiche un cinquième trimestre de pertes consécutif. Alors que les concurrents ont étoffé leur catalogue produits pendant ces deux années, la firme de droit français dirigée par l'américaine Patricia Russo, CEO d'Alcatel-Lucent, a consacré une part importante de ses ressources à la fusion.
Les chiffres sont là ! Alcatel a réalisé un chiffre d'affaires trimestriel de 3,86 milliards d'euros contre 3,88 milliards au cours de l'exercice fiscal précédent, soit une baisse de 0,5 %. Mais, tient à préciser Patricia Russo : « Une fois pris en compte l'impact défavorable du taux de change euro/dollar, les revenus du premier trimestre sont en ligne avec nos prévisions, avec une croissance d'une année sur l'autre d'environ 6,3. L'activité Opérateurs est en croissance d'une année sur l'autre à taux de change constant, grâce à une forte performance des activités fixe, principalement dans l'optique. Notre activité mobile résiste bien, car le déclin attendu dans le CDMA est plus que compensé par la croissance à deux chiffres des revenus de nos activités W-CDMA, GSM et RFS par rapport au premier trimestre 2007. »
Tout aussi préoccupant, Alcatel-Lucent a du essuyer une perte de 181 M€ qui s'inscrit dans une suite qui commence à être longue depuis le quatrième trimestre 2006. L'année 2007 s'est soldée par une perte de 3,477 milliards d'euros sur un chiffre d'affaires de 17,79 milliards d'euros.
Quelles sont les perspectives pour l'année à venir ? Les dirigeants d'Alcatel restent très prudents.
« Si les perspectives sur le long terme de notre industrie sont positives, l'environnement macroéconomique actuel est toujours incertain ce qui amène le Groupe à rester prudent dans ses prévisions de marché. Avec environ la moitié de ses revenus en dollar ou monnaies adossées au dollar, Alcatel-Lucent prévoit que ses revenus, exprimés à taux de change courant, devraient connaître une baisse comprise entre 2% et 5%. Ceci est principalement dû à la dégradation sensible du taux de change euro/dollar et dans une bien moindre mesure, à des investissements potentiellement plus faibles de la part de quelques clients ».
Parallèlement à ces résultats, Alcatel-Lucent a vu réduire régulièrement le nombre de ses salariés. Le premier trimestre n'a pas dérogé à la règle puisque 1200 personnes ont quitté le groupe pendant cette période. Alcatel-Lucent compte actuellement environ 77 000 salariés contre 88 000 lors de la fusion.
Ce premier trimestre ne permet donc pas à Alcatel-Lucent de redresser la barre. Selon Martine Lapierre, Vice-président Programmes Stratégies, lors d'une réaction d'actionnaires en mars dernier organisée à Marseille, la première année de la fusion a été difficile pour les raisons suivantes :
- Mise en place de la nouvelle organisation moins rapide que prévu
- Rationalisation complexe du portefeuille de produits
- Les incertitudes et difficultés liées à la fusion ont perturbé les équipes
- Pertes élevées dans deux segments en particulier : 3G et réseaux NGN
- Environnement et conditions de marché difficiles
Les faits marquants de l'activité opérateurs
Le secteur opérationnel Opérateurs qui est le plus important a accusé une perte de 4,9 %. Parmi les faits marquants, le groupe mentionne les réseaux optiques qui montent en puissance ce trimestre, avec une forte croissance par rapport au premier trimestre 2007, notamment dans les activités sous-marines. Les activités accès fixe sont touchées par la baisse continue du nombre de nouveaux abonnés à l'accès haut débit sur cuivre, avec des livraisons de ports ADSL en baisse de 8% par rapport au premier trimestre 2007, à 6,6 millions. Alcatel indique une forte croissance sur le marché du FTTx, avec une augmentation des livraisons GPON à plusieurs clients importants en Europe, en Corée et aux Etats-Unis avec par exemple AT&T, Verizon et France Telecom/Orange.
Dans le domaine des réseaux de données, l'activité de routeurs de service IP connaît toujours une forte croissance, en partie contrebalancée par un déclin des revenus de l'ATM traditionnel. Dans les réseaux mobiles, l'activité GSM croît par rapport au premier trimestre 2007, dans un marché en baisse, grâce aux extensions de réseaux en Chine, en Inde, au Moyen-Orient et en Afrique. Les revenus du W-CDMA ont plus que doublé par rapport au premier trimestre 2007, bien que ce soit sur une base réduite, grâce à une augmentation des revenus générés auprès de clients majeurs. En revanche, les revenus du CDMA sont en baisse significative par rapport au premier trimestre 2007. Enfin, l'activité de commutation de cœur de réseau est en forte baisse par rapport au premier trimestre 2007, car le déclin rapide de la commutation voix TDM n'est qu'en partie compensé par la croissance dans le NGN fixe et mobile.
Alors que l'activité entreprise est en légère hausse de 3%, celle liée aux services est donc la seule qui connaît la croissance en passant de 627 M€ au premier trimestre 2007 à 679 M€ au premier trimestre 2008.