La Commission continuera à scruter IBM après le rachat de PSI
Publié le 05 July 2008
IBM a procédé la semaine dernière au rachat de la petite société californienne PSI spécialisée dans la fabrication d'ordinateurs compatibles avec les mainframes z/OS de Big Blue pour un montant qui n'a pas été divulgué. Du coût, PSI abandonne les actions en justice qu'elle avait engagées en justice contre IBM pour position dominante. Mais, de son côté, la Commission européenne poursuit ses investigations sur les agissements d'IBM.
Il fut un temps où le mainframe était l'ordinateur roi des salles informatiques et où ce type de machines avait été à l'origine d'une véritable industrie du compatible. L'initiateur avait été Gene Amdahl, un ancien d'IBM qui avait conçu plusieurs architectures d'ordinateurs dont la mythique série IBM 360, mais quitté la Compagnie en 1970 pour créer sa propre entreprise avec l'aide de Fujitsu et comme objectif de concevoir et développer des ordinateurs compatibles. Son premier système, référencé 470 V6, était un concurrent de l'IBM 370/165. Pendant une vingtaine d'années, plusieurs fournisseurs dont Hitachi se sont donc battus sur ce segment de marché avec comme principal argument d'offrir des systèmes compatibles moins chers.
Créée en 1999 par des anciens d'Amdahl, PSI a voulu tenter l'aventure en réutilisant les principes d'architecture qui avaient servi à concevoir les machines compatibles et utilisant des microprocesseurs Intel de la série Itanium.
Une activité encore largement profitable
Certes le marché des mainframes n'est plus ce qu'il était et a perdu de son importance, mais il représente encore, bon an mal an, quelque 4 milliards de dollars de chiffres d'affaires dont la plus grosse partie est réalisée par IBM. Platform Solution, Inc (PSI) est une société non cotée en bourse et ne communique pas ses résultats financiers. Une partie importante des applications dites « mission critical » est encore mise en œuvre sur de type de machines. Par ailleurs, même si les ventes ont assez largement chuté, l'activité du mainframe est encore très profitable et génère des bénéfices substantiels pour IBM.
L'activité des compatibles IBM a été facilitée par la décision du DOJ américain imposant à IBM de fournir la licence de son système d'exploitation à des tiers. Cet accord a été revisité au début des années 2000 date à partir de laquelle IBM a commencé à fermer l'accès à son système d'exploitation. C'est dans ce cadre qu'IBM a intenté une action en justice contre PSI pour violation de propriété intellectuelle. Certes PSI n'était pas plus qu'un aiguillon, mais qui commençait à séduire quelques entreprises. En 2007, c'est au tour de PSI de réagir en lançant une action judiciaire aux Etats-Unis et en Europe pour abus de position dominante.
Un rachat qui met un terme aux actions des deux parties
« Nous sommes satisfaits de devenir une partie d'IBM sachant qu'IBM a la meilleure vision de l'industrie pour l'informatique d'entreprise et possède les technologies pour la mettre en œuvre », commente Michael Maulicj, CEO de PSI.
Le rachat de PSI par IBM permet de mettre un terme aux actions en justice des deux côtés de l'Atlantique. IBM aurait pour sa part indiqué que le rachat de PSI n'avait pas de lien avec les actions juridiques en cours mais qu'il concerne l'acquisition d'expertise.
Mais La Commission ne l'entend pas de cette oreille et considérerait poursuivre les investigations sur les problèmes soulevés par la société PSI. Il est vrai que même que cette acquisition n'efface en rien des comportements passés même si les deux protagonistes sont désormais dans le même bateau.
Mainframes : mourir, oui mais de mort lente
Tout comme les dinosaures, les mainframes doivent disparaître. C'est ce que nombre d'analystes prédisent depuis de longues années. Et pourtant ils sont toujours là. IBM continue d'injecter des millions de dollars en R&D pour développer de nouvelles générations. Plus précisément, la dernière génération a bénéficié d'un investissement de 1,5 milliard de dollars. Le z10 peut réunir 64 processeurs, là où son prédécesseur pouvait en regrouper 54. Pour la première fois, il utilise des microprocesseurs à quatre cœurs.
Le z10 succède donc au z9 par rapport il offre un niveau de puissance de calcul largement supérieur compris, selon IBM, entre 50 et 100 % et une taille mémoire plus de trois fois supérieure. Il offrirait la même puissance que 1500 serveurs standard Intel et consomme 85 % d'énergie en moins et nécessite 85 % d'espace en moins. Parmi les autres avantages qu'IBM met en avant, le z10 peut permettre de réduire des coûts en licences logicielles dans un rapport de 1 à 30.
Si la vente de mainframes ne représente qu'environ 3 % du chiffre d'affaires de Bib Blue, le System z reste stratégique pour IBM. Selon A.M. Sacconaghi, un analyste du cabinet Sanford C. Bernstein, cité par le New York Times, l'activité autour des mainframes incluant les ventes de matériels et de logiciels représenteraient 25 % du chiffre d'affaires 2007 et près de 50 % des bénéfices.
D'autres chiffres cités par Jeff Gould, consultant du cabinet Peerstone Research, qui a consulté les documents fournis par PSI dans le cadre de son procès contre IBM, indique que l'ensemble des applications écrites en Cobol représenteraient une valeur de 1000 milliards de dollars. Le nombre de lignes de code serait estimé à 200 milliards.
Certes, les z10 n'ont rien à envier aux autres serveurs du marché, mais il est vrai que leur prix d'achat paraît très élevé. Dans ces conditions, pourquoi les utilisateurs ne décident-ils pas de migrer leur application vers des plates-formes plus modernes ? D'autant que selon le Gartner cité par Jeff Gould, l'architecture applicative présente du z10 quatre faiblesses :
- Elle est monolithique;
- Elle utilise des styles de programmation procédurale datés;
- Elle sacrifie la flexibilité pour la performance
- Elle ne sépare pas les données, la logique métier et la présentation (c'est une architecture de mainframe).
Mais la comparaison entre deux solutions, l'une basée sur un mainframe IBM et l'autre sur une plate-forme Wintel n'est pas aussi simple à faire. Et pour entreprendre une migration d'une plate-forme vers l'autre, il faut que la différence soit très significative. D'autant que, avec des budgets qui n'augmentent pas ou faiblement, les DSI ont des choix à faire.