Le WiMax français traine les pieds
Publié le 08 July 2008
En 2006, l'Etat avait adjugé par une procédure d'enchères des licences d'exploitation de services Internet à haut débit par voie hertzienne, une sorte de super WiFi, baptisé WiMax pour Worldwide Interoperability for Microwave Access. Cette norme technique basée sur le standard de transmission radio 802.16 a été validée en 2001 par l'organisme international de normalisation IEEE. En théorie, une antenne WiMax permet de couvrir une zone de 50 kilomètres carré avec des débits (totalement) théoriques de 70 mégabits/s.
Plusieurs opérateurs s'étaient lancés dans l'aventure, avec en premier lieu Bolloré Télécom, le groupement Maxtel et de nombreuses collectivités territoriales, en particulier des régions, soucieuses d'ouvrir à tous leurs concitoyens le champ de l'Internet haut débit. Au total, l'Etat avait attribué 49 licences pour une récolte de 125 millions d'euros. Free/Iliad détient de son coté la seule licence nationale, acquise au petit opérateur normand Altitude Télécom.
Des analystes partagés
Deux ans plus tard, pas le moindre poteau en vue. Et l'Autorité de Régulation des Communications (ARCEP) nous promet un bilan sans concession sur le sujet. Le WiMax sera-t-il l'Arlésienne des télécommunications nationales ? S'agit-il d'une technologie mort-née ou au contraire d'une voie d'avenir. Ou peut-être d'une technologie complémentaire vouée à vivoter dans les quelques zones non couvertes par l'ADSL, le câble ou le satellite.
Les avis sont partagés. Selon un rapport rédigé par la banque d'affaires Brian Garnier, le WiMax a un avenir. Les conditions du décollage de la technologie sont réunies. En premier lieu, les analystes soulignent la constitution d'un véritable écosystème autour d'Intel corp. Le fondeur investit des sommes très importantes (600 millions de dollars) pour promouvoir le WiMax, et grâce aux indiscrétions, nous savons que le futur Centrino2 annoncé pour la mi-juillet assurera les communications WiMax. Autour d'Intel au sein de l'Open Patent Alliance, sont fédérés des industriels aussi importants qu'Alcatel-Lucent, Motorola, Cisco, Samsung ou Nokia. Ces équipementiers rejoignent ainsi de purs spécialistes du WiMax comme Alvarion, Airspan ou Ceragon. Bien entendu, Intel emploie toute son influence pour convaincre les constructeurs d'ordinateurs de s'intéresser au WiMax.
Autre facteur favorable, Brian Garnier souligne l'émergence de projets importants, qui seront bien mieux que des tests grandeur nature. Le premier développement conséquent se passe aux Etats-Unis. La fusion des deux grands opérateurs Sprint (pour ses activités WiMax) et de Clearwire devrait permettre de couvrir une population de 140 millions de personnes d'ici à 2010. La ville de Baltimore, voisine de Washington DC, sera la première zone équipée. Intel participe au financement de l'opération ; Google valorise l'OS Android comme fournisseur de services web mobiles ; les câblo-opérateurs Comcast et Time Warner ouvrent leurs réseaux ; Clearwire apporte sa technologie WiMax, et surtout Sprint met dans la corbeille son savoir-faire en matière de mobilité. En Europe, un déploiement plus modeste se déroule à Amsterdam. En Italie, Alcatel-Lucent déploie un réseau pour le compte de l'opérateur Linkem Spa dans la région du Latium. Cet opérateur détient d'ailleurs la quasi-totalité des licences délivrées par les autorités italiennes.
En France pas de téléphonie mobile sur WiMax
Si l'on en croit les acteurs, les abonnés de Clearwire pourront non seulement profiter d'accès Internet à (plutôt) haut débit, mais surtout obtenir des services de téléphonie mobile. Techniquement, il est possible de téléphoner en WiMax en se déplaçant (jusqu'à 100 km/h) exactement comme avec un téléphone portable habituel. Ce mode de connexion à haut débit est baptisé 4G, pour quatrième génération.
Et c'est là que le bat blesse pour le WiMax. En Europe, les opérateurs de téléphonie mobile ont déboursé des sommes astronomiques pour obtenir des licences d'exploitation de 3G. En France, les trois grands opérateurs ont chacun signé un chèque de 692 millions d'euros. Ils n'ont pas l'intention de se laisser tondre la laine sur le dos par des compétiteurs qui n'auront pas, loin de là, été soumis aux mêmes obligations.
Pour l'instant, l'Arcep refuse que le WiMax assure des services de téléphonie mobile. Du coup les opérateurs ne se pressent pas pour déployer leurs réseaux et commercialiser les offres d'abonnement. Il est vrai que les investissements sont conséquents, de l'ordre du milliard d'euros pour couvrir la France. Des rumeurs récurrentes, mais régulièrement démenties annoncent des rapprochements entre Bolloré ou Iliad avec Intel et Google. Les Régions sont à la traine sur les plans de développement. Le groupement Maxtel, titulaire de 13 licences d'exploitation a volé en éclats. La société APPR exploitera deux régions sous le nom de Maxtel, et son ex-partenaire, Altitude exploitera les onze autres via sa filiale AltiStream. TDF vient de céder à Bolloré Télécom huit des onze licences WiMax détenues par sa filiale HDRR. Bolloré détient ainsi vingt licence d'exploitation. Free qui rappelons-le est titulaire de la seule licence nationale observe une attitude pour le moins attentiste. L'Arcep commence d'ailleurs à menacer les opérateurs de sanctions financières, voir du retrait des licences les opérateurs qui ne remplissent pas leurs obligations conventionnelles. Il n'y a qu'en Alsace que les premiers consommateurs pourront souscrire à des abonnements WiMax. Les collectivités locales ont concédé à LD Collectivités le soin de commercialiser une offre baptisé Numeo, qui assure une connexion Web à 2 mégabit/s.
C'est bien mais face aux opérateurs, c'est peu. La puissance conjuguée d'Orange, de SFR et de Bouygues Télécom devrait suffire à conjuguer la menace WiMax. Non seulement, on n'imagine pas que l'Arcep revienne sur sa position d'interdiction de services mobiles, mais encore il faut s'attendre à la montée en puissance des solutions de connexion à haut débit assorties d'abonnements attractifs. Les liaisons ADSL gagnent toujours du terrain. On estime que 98% du territoire est aujourd'hui éligible à cette technologie. Enfin, les capacités du WiMax ne suffisent pas à couvrir les besoins des entreprises, plus intéressées par la fibre optique ou (pour les TPE) par les box et les abonnements triple-play.
Reste donc 2% de la population à couvrir. Pourquoi pas ? Mais à quel prix ? Reste une solution, faire de la WiMax un complément à la 3G téléphonique. Selon certains experts, les opérateurs seront confrontés à un besoin de bande passante dans les années à venir. Le WiMax pourra alors fournir des compléments bien venus à ces réseaux. D'ici là, on pourra compter sur les doigts d'une main, les spécialistes encore en activité.