Université Octo du SI : Boss et Geek sont dans un bateau…
Par Bernard Laur, Consultant, Synthèse Informatique
Publié le 08 July 2008
Octo Technologie a organisé avec succès les 2 et 3 Juillet à Paris une manifestation d'un genre nouveau, se démarquant par rapport aux classiques symposiums et conventions . Son objectif : rassembler les directions informatiques (Boss) et les développeurs (Geek) sur des thèmes « sensibles » d'actualité ( architecture, gouvernance, méthodologies et technologies) sur lesquels le consensus entre les parties n'est pas forcement évident à trouver surtout si le dialogue en entreprise sur de tels sujets a quelques difficultés à se noue et leur permettre de s'informer, et de débattre.
Autre originalité de cette manifestation, des sessions quotidiennes introductives et de clôture animées par des personnalités extérieures de renom qui ont invité avec brio les participants à la réflexion (le philosophe Michel Serres), à l'analyse (Bjarne Stroustrup, inventeur du C++), à l'action (le scientifique et philosophe Eliyahu Goldratt) et à l'émotion (l'astronaute Neil Armstrong). Un mélange de genres qui a pu surprendre, mais qui s'est révélé extrêmement enrichissant.
Du concret donc avec plus de 60 sessions animées par les experts d'Octo Technologie assistés de personnalités d'entreprises , de représentants de fournisseurs et de consultants indépendants.
Ont ainsi été réalisés des points sur le choix du langage de programmation parmi l'offre foisonnante actuelle (de Java à PHP, Groovy, Ruby...), les outils de développement, Java et .Net, les problématiques de mise en œuvre, de productivité du développement, et de tests, d'ergonomie, .etc.
La sensibilité de certains sujets se dissimulait d'ailleurs derrière des titres au trait un peu forçé tel « Mon langage est plus gros que le tien » , « A l'aide, mon processeur m'étrangle » ou « Transformer sa graisse en cervelle, c'est possible ! »
Les méthodes destinées à supporter ces nouveaux développements se sont également trouvées au centre de débats : Lean, Scrum, XP ont été abordées sous l'angle de leur apport au fameux objectif d'agilité et de la productivité réelle générée.
Les évolutions liées aux architectures SOA ont été traitées sous l'angle de leur apport à la chaîne de valeur, mais aussi des difficultés liées aux tests.
La gouvernance et les problèmes d'organisation, ont également connu un succès certain et une affluence nombreuse sur deux thèmes sensibles : le positionnement des architectures transverses et les problèmes liés à ces mêmes architectures transverses et à la gestion de projets classiques à caractère « vertical », et bien sûr l'inévitable positionnement de l'externalisation et de l'offshore.
Quelques sessions ont sacrifié au Web 2.0 et aux impacts potentiels du « Cloud Computing » sur les développements: ergonomie du poste de travail WWW, sécurité, Ajax, avec une présence remarquée de Google venu vanter ses API et sa culture d'entreprise dédiée à l'innovation.
Le philosophe Michel Serres a particulièrement marqué les quelque 300 à 400 personnes assistant à sa conférence d'ouverture. Insistant sur l'impact des nouvelles technologies , il place l'informatique comme une étape fondamentale de l'évolution de l'humanité, l'ordinateur en réseau étant un outil universel qui se substitue à tous les autres. Il révolutionne la notion d'espace (à quelle adresse vivez-vous ?) la notion de distance, de temps, mais il est surtout amené à bouleverser la connaissance. L'homme a progressivement perdu sa mémoire, mais à chaque fois, il gagne en innovant, en acquérant certaines formes de « totipotence ».
Passant à la position debout (« erectus »), l'homme a vu ses bras et ses mains perdre leur fonction de « portage » mais gagner en « totipotence » par les multiples nouveaux domaines d'utilisation de la main. Le langage a conduit l'homme à développer sa mémoire via la tradition orale, mais l'apparition de l'imprimerie et des livres l'a libéré de son devoir de mémoire et lui a permis d'innover et de créer la pédagogie, la démocratie, ..De la même façon l'informatique libère totalement l'homme de la nécessité de mémoriser, mais lui offre un outil multimodal aux capacités cognitives encore insondées. Comment va-t-on utiliser ce nouvel espace ainsi libéré ? Personne ne le sait encore : ce qui reste aujourd'hui à l'homme, c'est la faculté d'innovation et le devoir de tout inventer.
En clôture des ces deux journées, Neil Armstrong, premier homme à avoir posé le pied sur la lune, a apporté un vent de jeunesse (à quelque 80 ans) et d'émotion en invitant chacun à imaginer ce que pouvait être la puissance des ordinateurs utilisés dans les années 80 par le programme Apollo, ordinateurs qui ont néanmoins permis de réaliser une telle prouesse technique (beaucoup de données devaient être saisies à la main du fait de la faible capacité de stockage), mais aussi en se souvenant avec émotion d'un alunissage mouvementé « uniquement piloté par le logiciel », et en se déclarant prêt tout de go à partir pour un voyage .... sur Mars.