Convention 2008 des utilisateurs SAP
Entre Business Intelligence et tarif de maintenance
Publié le 15 October 2008
Deux sujets ont été débattus lors de la Convention annuelle des Utilisateurs SAP Francophones (USF) : la stratégie d'intégration de Business Objets à la plate-forme SAP et la nouvelle tarification de l'Enterprise Support imposé à l'ensemble des clients pour un montant annuel unique de 22% de licence logicielle.
Le rachat de Business Object s'inscrit dans une modification radicale du marché de la Business Intelligence intervenue en 2007 et qui a vu aussi le rachat de Cognos par IBM et d'Hyperion par Oracle. En un an, font remarquer les auteurs du livre blanc diffusé à l'occasion de cette convention et intitulé SAP-BO - Quels choix pour valoriser la BI et les applications décisionnelles ?, les 4 éditeurs majeurs que sont « IBM, Microsoft, Oracle et SAP ont vu leur part de marché de 20 à 70%. Autant dire qu'il ne reste peu de place pour un cinquième acteur à moins que la consolidation du marché ne se poursuive ».
« La prise en compte de BO dans SAP, tant en termes de produits que d'organisation, est déjà bien avancée », indique Pascal Rialland, directeur général de SAP France. « Elle s'effectue selon deux axes : intégration et indépendante. Intégration pour constituer la meilleure suite possible sachant que la plate-forme BI est désormais celle de BO ». Les utilisateurs de BW - qui inclut l'entrepôt de données et les outils natifs de BI - ont la garantie que leur produit sera supporté jusqu'en 2015. L'indépendance s'appuie sur l'idée qu'il existe de nombreux clients SAP qui n'utilisent pas BO et que cela va durer. Il est donc important pour SAP de ne pas se priver de ce marché. BO fait état de 45000 clients dont 20 000 sont clients SAP parmi lesquels 20 à 30% mettent en œuvre une solution intégrée BO-SAP. En terme d'organisation, BO est désormais une division de SAP au même titre que les divisions grands comptes et PME et est placée sous la responsabilité de Marc Behar.

Le sujet de la maintenance est un peu plus controversé. Rappelons les faits. Cet été, l'éditeur a lancé une nouvelle offre baptisée Enterprise Support qui est censée être plus riche et améliorer la qualité de service aux utilisateurs. Seul problème, cette offre est tarifée annuellement à 22% du prix du la licence et remplace l'offre standard existante fixée à 17%. Jusqu'ici, SAP proposait 3 niveaux de maintenance : Standard à 17%, Premium à 22% et sur mesure. Par comparaison, BO fournissait de son côté 4 niveaux de maintenance : standard (17%), Corporate (22%) Elite (25%) et Premium (30%). Le support de l'Entreprise Support se décline sur 3 niveaux : Support, réactivité et gestion des opérations.
Les utilisateurs se mobilisent
Face à cette mesure, les utilisateurs se sont organisés pour « mesurer la perception des utilisateurs sur le bien fondé de cette nouvelle politique tarifaire ». Le SUGEN (SAP User Group Executive Network : entité qui fédère 31 clubs utilisateurs nationaux avec 12 membres actifs dont l'USF) a lancé une enquête au niveau mondial dont les résultats seront communiqués à la fin du mois. « Concernant la possibilité de faire changer l'éditeur sur le taux de 22%, « c'est un combat perdu d'avance, considère Jean Leroux président de l'USF, mais nous allons discuter avec l'éditeur pour mieux comprendre les apports de cette nouvelle ».

Côté SAP, Pascal Rialland rappelle que le taux de 17% n'a pas varié depuis 10 ans alors que la complexité du SI s'est largement accrue, que son rôle dans l'entreprise est désormais stratégique et que son périmètre étendu à toutes les activités. Cela implique donc de fournir de fournir un niveau de service très élevé qui passe par un diagnostic allant bien au-delà de la performance d'une seule application. Pour répondre à cette nouvelle contrainte, il était très difficile à mettre en œuvre sur le plan industriel l'organisation nécessaire à deux niveaux de service. N'est-ce pas là une décision qui aurait pu être laissé à l'appréciation du client ? « Le fournisseur à la maîtrise du service qu'il propose à ses clients et la tarification qui va avec, poursuit-il. Les clients ont tout à fait la possibilité de nous sanctionner car nous sommes sur un marché très concurrentiel ».
« En tant que clients SAP, nous sommes captifs en raison des coûts de sortie très élevée », rétorque Jean Leroux. « Mais cela reste tout à fait possible sur l'on en juge par le nombre de « Winbacks », c'est -à-dire de migration d'un produit X vers SAP. C'est évidemment plus facile pour les entreprises de taille moyenne », complète Pascal Rialland.
De la business intelligence à la prise de décision
La richesse fonctionnelle des outils permet-elle de prendre des meilleure décisions, au niveau de l'entreprise comme au niveau macro-économique ? Peut-être, mais « les déboires d'Airbus et de la Société Générale par exemple montrent que les outils informatiques, aussi puissants et sophistiqués soient-ils, ne donnent pas toujours de la visibilité aux dirigeants des entreprises, écrit Jean Leroux dans le bulletin de l'USF, les données fournies par ces outils sont souvent difficiles à interpréter".
Il en va de même au niveau macro-économique où les prévisions ne sont pas toujours simples à formuler de manière sûre. Il n'y a qu'à voir combien les économistes restent prudents sur la durée de la crise actuelle alors que les raisons en sont relativement bien connues. « Cette crise du capitalisme financier s'explique par l'interaction entre trois facteurs qui sont entrés en résonnance », explique Daniel Cohen, professeur de sciences économiques à l'Ecole Normale Supérieure : La révolution technologique, la révolution financière er la mondialisation.
Dans ce cadre, l'équilibre entre marché et organisation a connu des évolutions. Alors que le capitalisme des 50/60 donnait une place aux organisations, aux managers et à l'intégration verticale, le capitalisme financier qui s'est développé à partir des années 80 a donné une place plus importante au marché et aux actionnaires. De telle sorte que les entreprises se sont largement recentrées sur ce qu'elles appellent leur cœur de métier en externalisant de plus en plus de fonctions. Là où ils assuraient la fabrication de 70 à 80% de la valeur d'un véhicule, les constructeurs automobiles n'en produisent plus directement que 20 à 30%. L'évolution récente d'IBM vers les services relève de la même problématique. Cette évolution a donné une large prépondérance au marché. « Le problème, conclut Daniel Cohen, est qu'un système de régulation ne s'est pas mis en place en parallèle ».