Quelle deuxième vie pour les PC ?
Publié le 27 novembre 2008
On dit couramment que le cycle de vie d'un PC en entreprise est compris entre 3 et 5 ans. Que deviennent alors ces machines après leur première vie ? Selon le Gartner, la demande de PC d'occasion est bien plus élevée que l'offre et pourtant 44% seulement des PC qui entrent sur ce marché trouvent preneur et au global, un PC sur cinq est effectivement réutilisé. Parallèlement à la rénovation des machines existe l'autre voie consistant à retraiter les composants et qui, celle-là, est beaucoup moins glorieuse et pose de graves problèmes de santé.
Parler de gaspillage n'est sans doute pas excessif, mais est-il possible de faire autrement ? Depuis près de 30 ans, le marché des PC se développe sur fond de progrès technologique dont la loi de Moore est sans doute le meilleur indicateur. Mais cette marche forcée vers toujours plus de puissance a son revers, une quasi obligation pour les entreprises comme pour les particuliers de changer de machines plus souvent qu'ils ne le souhaiteraient. Le ballet est bien réglé. Les ordinateurs sont de plus en plus puissants et les éditeurs de logiciels veillent à tirer le meilleur parti de ce surcroît de puissance, et parfois au-delà.
Le cas de Windows Vista
Combien de PC sont ainsi disponibles chaque année sur le marché de l'occasion ? Un petit calcul permet de donner un ordre de grandeur. Si l'on retient les chiffres moyens de 4 ans pour le cycle de vie et de 200 millions d'unités neuves vendues chaque année, on obtient ainsi 50 millions de machines éligibles chaque année. A supposer que la moitié soit recyclée, on trouve ainsi quelque 25 millions de machines disponibles annuellement pour la revente.
Windows Vista constitue un cas d'école. Très gourmand en puissance, Vista nécessite, pour un fonctionnement normal d'acquérir de nouveaux matériels. Refusant ce passage quelque peu obligé, nombre d'entreprises ont préféré attendre un peu pour renouveler leur parc et le cas échéant, faire un jump comme disent les joueurs de bridge en prévoyant de sauter Vista et en passant directement à Windows 7, la prochaine mouture sur laquelle Microsoft est en train de travailler.
« Le marché d'occasion (secondary PC[1]) offre de grandes opportunités aux intermédiaires spécialisés et aux revendeurs, mais il est très fragmenté et très compétitif, explique Meike Escherich, analyste du Gartner. Les législations étoffent leur couverture couvrant les questions liées à l'environnement, à la vie privée et les données personnelles. C'est un marché extrêmement fragmenté avec des milliers de fournisseurs. Malheureusement, l'augmentation de la pression légale basée sur le principe de la responsabilité du fournisseur implique que les petits acteurs ont des difficultés à concurrencer les grands vendeurs ».
Un scénario moins reluisant
Le recyclage des PC d'occasion en machine de deuxième main est le meilleur scénario, mais il ne saurait cacher celui du recyclage des composants des PC et des matériels électroniques en général. Entre 20 et 30 millions de tonnes de déchets électroniques (UNEP 2005) font l'objet d'un recyclage qui n'est pas sans poser de problèmes car il met en contact de produits toxiques dont la liste est malheureusement bien longue et comporte des métaux comme le plomb ou le cadmium, mais aussi des produits chimiques comme le chlore et le brome. Cela malgré des réglementations comme la directive européenne RoHS (Restriction of the use of certain Hazardous Substances in electrical and electronic equipment) qui date de 2002. La directive WEEE (Waste Electrical ans Electronic Equipment) impose aux fournisseurs de mettre en place et financent un dispositif pour la collecte et le retraitement des déchets électroniques. Malgré cela, on estime que seulement 25% des déchets électriques et électroniques sont correctement collectés et recyclés.
Dans un récent rapport publié en août 2008, Greenpeace expose et analyse le sort de tonnes de déchets électroniques toxiques exportés au Ghana. Des vieux ordinateurs et télévision y arrivent en provenance d'Allemagne, de Corée, de Suisse et des Pays-Bas pour y être soi-disant « recyclés » dans de vastes déchetteries à ciel ouvert, où des travailleurs sans aucune protection, dont de nombreux enfants, les trient à la recherche de cuivre et d'aluminium avant de les brûler. Les chercheurs de Greenpeace ont analysé les échantillons de sols non loin de 2 vastes décharges. Phtalates, plomb, cadmium et dioxines s'y trouvent en grande quantité. Ce cas n'est pas isolé et l'ONG de défense de l'environnement a travaillé sur des cas similaires en Inde et en Chine.
« Les fabricants doivent éliminer les produits toxiques de leurs produits et en être responsables sur la totalité de leur cycle de vie, considère Martin Hojsik de Greenpeace International. Il est inadmissible que les plus grandes compagnies du monde laissent leurs déchets empoisonner les plus pauvres »
(Chemical contamination at e-waste recycling and disposal sites in Accra and Korforidua, Ghana)

Les facteurs de développement du marché de l'occasion...
Les perspectives sont généralement bonnes sur le marché de l'occasion. Il n'est pas inhabituel que les PC rénovés offrent des marges aussi intéressantes, voire meilleures, que les PC neufs. Les marges de tels PC ainsi rénovés sont comprises entre 10 et 50 dollars pour une machine de trois ans. Cela notamment grâce au fait que le travail de remise à neuf s'effectue sur des parcs de machines ayant la même configuration fournies par grandes ou moyennes entreprises ou des administrations.
Le piratage logiciel est un facteur de développement de ce marché, le prix de la configuration est d'autant plus bas si le matériel est proposé nu, sans licence logicielle. Les PC de marque peuvent même être proposés avec les étiquettes des licences logicielles d'origine ce qui offre une certaine défense en cas de contrôle sur l'authenticité des logiciels utilisés. En outre, les besoins en performance machine pour pouvoir faire tourner le système d'exploitation Windows Vista ont générer une demande pour de nouvelles machines et donc dopé le marché d'occasion.
... et les freins
A l'inverse, il existe plusieurs freins au développement de cette activité en particulier les coûts de transport, les taxes sur les importations et la législation sur l'environnement qui ne jouent pas en faveur des petits acteurs. Le souhait d'acquérir des produits de qualité, la baisse constante des prix des PC et la préférence croissante pour les portables. Les ventes de PC réalisées par HP sur l'exercice 2008 donnent des indications claires sur les tendances. Les ventes de portables ont bondi de 28% alors que celles de PC de bureau n'ont crû que de 5%. Les portables ont représenté 58% des ventes de PC contre 52,5% un an plus tôt.
Le marché du PC d'occasion varie significativement selon les zones géographiques, notamment en raison des cadres légaux et réglementaires. Sans grande surprise, les plus grands exportateurs viennent d'Amérique du Nord, d'Europe de l'Ouest, le Japon et l'Australie. Du côté de la demande, les régions les plus dynamiques se trouvent au Moyen-Orient et en Afrique et dans certaines pays d'Asie comme la Chine.
« La demande de PC d'occasion ne peut qu'augmenter, considère Meike Escherich, notamment en raison d'un intérêt croissant dans les pays émergents pour des machines permettant d'accomplir des tâches telles que la navigation sur Internet et la messagerie électronique. A l'inverse, l'émergence des nouveaux PC à très bas prix, alias netbooks, qui exercent une pression des prix vers le bas, pourrait jouer en défaveur des PC d'occasion. Toutefois, cette période difficile dans laquelle nous sommes entrés devrait entraîner un ralentissement de la demande et un report des renouvellements de parc prévus avant la crise ».
[1] Le Gartner définit le marché du secondary PC comme l'ensemble des PC qui ont été utilisé plus de trois mois par son premier utilisateur