Baisse de régime et suppression de 6 400 emplois chez HP

Publié le 22 mai 2009

20090521_02Par Guy Hervier. Avec des résultats en trompe d'œil lorsqu'on les compare d'une année sur l'autre, HP annonce un deuxième trimestre passable avec une perte de chiffre d'affaires de 3,2% et de bénéfice net de 17% par rapport au même trimestre de l'exercice 2008. La différence est que ce dernier n'incluait pas l'activité d'EDS. Avec la réactivité qu'on lui connaît, Mark Hurd a annoncé la suppression de 6 400 emplois qui s'ajoutent 24 000 liés au rachat d'EDS. Parmi les autres mesures de réduction de coûts, HP devrait procéder à la fermeture de sites EDS permettant d'économiser 500 M$ en plus de 2,5 milliards initialement prévus quelques moins après le rachat de la société texane.

 

Une comparaison par activité du deuxième 2009 au deuxième 2008 montre l'étendue de la baisse d'activité, la première depuis 2005 que Mark Hurd est à la tête de la firme de Palo Alto : - 19 % pour la division PC (PSG), - 23 % pour la division impression (PSG) et -28% pour la division stockage et serveurs. Les 6 400 suppressions de postes interviendront principalement dans ces trois divisions et permettront de contrôler les coûts comme l'on dit pudiquement.

 

 

Cette politique d'ajustement des coûts au plus près des évolutions de l'activité est saluée par la communauté des investisseurs et des analystes financiers comme une qualité essentielle du CEO de l'entreprise. Mais autant dans une période faste, l'on peut penser que les salariés qui en font les frais auront quelques facilités à retrouver ailleurs - surtout lorsqu'il s'agit d'emplois qualifiés -, autant dans la conjoncture actuelle, on peut avoir des doutes sur leur possibilité à se retourner assez vite. Le discours est connu et répété à l'envi : sauver les emplois qui restent, préparer l'avenir, préserver la pérennité de l'entreprise, dans certains cas qui n'est pas celui d'HP, se prémunir d'une offre d'achat inamicale... Sachant que d'autres forces sont aussi à prendre en compte tout particulièrement dans nos secteurs comme la délocalisation de compétences offshore, dans les pays émergents, tout particulièrement ceux de la zone BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). Sur ce point d'ailleurs, le chiffre d'affaires sur cette zone est en baisse de 12% au deuxième trimestre 2009.

 

 

HP entre rationalité et créativité

 

Cette bonne gestion de Mark Hurd a aussi ses revers. Témoin le titre de cet article publié le 25 avril dernier par le New York Times au titre évocateur : Does H.P. Need a Dose of Anarchy ?. HP est certes devenu la première entreprise IT du monde dépassant IBM qui a pris une autre voie basée sur deux axes : évolution vers des secteurs à haute valeur ajoutée et à forte rentabilité.  Selon l'article, le cerveau du patron est organisé par un esprit organisé en quatre quadrants : opérations, produits, tendances métier technologiques et concurrence. Son mode de fonctionnement s'appuyant principalement sur des métriques dans tous les sens. Manquerait-il un versant Steve Jobs dans sa personnalité ? Une passion pour les produits qui permet de concevoir des iMac, iPod, iPhone... ? D'ailleurs, dans un souci de rationalisation, Mark Hurd a réduit le nombre de projets de recherche de sa structure de R&D, les HP Labs, de 150 à 30 en ne gardant que les plus prometteurs.

 

 

Aujourd'hui, HP n'est plus une entreprise qui fait rêver comme dans les années héroïques des années 80 et 90 où le souffle de Dave Packard et Bill Hewlett soufflait encore sur l'entreprise, où elle était encore l'un des exemples les plus réussis de startups qui, comme l'image populaire l'impose, a débuté dans un garage (ce qui pour HP correspond à la réalité). Il fut un temps où l'on parlait de HP Way comme une marque de fabrique caractérisant une entreprise ayant un esprit très singulier. Il faut reconnaître que HP avait sans doute besoin d'un peu de calme après le règne tumultueux et agité de Carly Fiorina qui s'est terminé comme l'on sait.

 

Retrouver l'esprit des pionniers

 

Aujourd'hui, les entreprises IT qui font rêver sont toujours présentes en Silicon Valley, mais elles s'appellent Google, Facebook, Twitter... A préciser d'ailleurs que si certaines d'entre elles gagnent beaucoup d'argent, beaucoup d'entre elles doivent encore faire la preuve que leur modèle économique permet de gagner de l'argent. Sachant qu'il y a toujours la possibilité de se faire racheter à prix d'or, comme par exemple YouTube qui avait été absorbé par Google pour 1,65 milliard de dollars (en action il est vrai).

 

Précisément, le dernier classement de l'institut Universum (classement effectué dans une vingtaine de pays) des entreprises préférées des jeunes diplômés, souligne la modeste place d'HP. En France, elle ne se situe qu'au 81e rang derrière des sociétés comme Google, IBM, Capgemini, Accenture, Orange. Les trois premiers de ce classement sont LVMH, L'Oréal et Air France. Aux Etats-Unis, le classement est réalisé selon quatre catégories de diplômes : business, engineering, informatique et lettres. HP n'est pas présent dans les 15 premiers d'aucune de ces quatre catégories.

 

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Pour en revenir aux résultats de ce deuxième trimestre, les clignotants sont au rouge sur tous les segments de marché avec des baisses significatives. Même l'activité très juteuse des fournitures d'imprimantes a perdu 14%. Dit d'une manière, HP fait moins bien avec EDS que sans EDS un an plus tôt : 27,3 milliards de dollars contre 28,262 milliards. La seule division qui fait mieux est la division Services qui, dopée avec EDS, double son chiffre d'affaires.

 

Mais sur le moyen terme, HP a réussi à se transformer en numéro Un des PC prenant le large par rapport à Dell. En 4 ans, l'activité PC d'HP est passée de 15,6 milliards de dollars à 42,3 milliards sur l'exercice 2008 alors que son grand rival Dell a vu son chiffre d'affaires PC rester quasiment étal : 35,8 contre 35,2 milliards. HP a largement amélioré ses opérations («When I was at Teradata, I got called a growth guy. And then when I became C.E.O. of the whole company, I got called a cost-cutter, déclare Mark Hurd dans l'article du New York Times. Then, I came to H.P. and became an operations guy»), notamment sa supply chain au travers d'un programme baptisé Revenue Coverage Optimisation. Autre force liée à sa très large couverture produits, HP est devenu le plus gros acheteur de composants bénéficiant ainsi de meilleurs prix que ses concurrents. Entre autres, HP achètent un cinquième des processeurs d'Intel pour PC et serveurs. Elément confirmé par Yves de Talhouët  dans une interview de Septembre 2007 (1) : « Etre présent sur le marché des PC et des serveurs nous permet d'être le premier client d'Intel et donc de bénéficier de conditions commerciales particulièrement avantageuses. De notre point de vue, IBM a fait une erreur en cédant son activité PC. A terme, cela va rendre son activité serveurs non compétitive ».

 

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Dans ce contexte baissier du chiffre d'affaires (EDS dégageait proportionnellement moins de bénéfices qu'HP), HP dégage un bénéfice de 1,7 milliard de dollar en baisse par rapport au 2,05 milliards un an plus tôt. Et elle réussi à dégager un cash flow record de 5 milliards de dollars. Sur l'ensemble de l'année, HP a révisé à la baisse ses prévisions réduisant sa fourchette sur l'année : initialement prévue entre -2 et -5%, la réduction du chiffre d'affaires serait plus vraisemblablement comprise entre 4 et 5%.  

 

 

Yves de Talhouët, pdg de HP France : La France a plus que jamais une carte à jouer

 

 



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