Le Green IT, plus qu’une mode ?
Par Gérald Espardellier, Directeur Associé de Enora Consulting
Publié le 31 mai 2009
Selon une étude du Gartner réalisée au début de l'année, le Green IT fait désormais partie des 10 technologies stratégiques pour 2009. L'étude du baromètre Green IT 2008 menée par IDC (1) pour Dell confirme cette tendance. Pour les grands comptes français interrogés, l'avancement du Green IT est illustré de la manière suivante :
- 46% sont sensibilisés aux enjeux énergétiques et environnementaux du système d'information
- 34% ont déjà mis en place certaines initiatives
- 12% ont planifié le développement d'une politique informatique de préservation de l'environnement pour les prochains mois et les prochaines années.
Comment mettre en place une politique Green IT ?
Une politique Green IT s'articule autour de trois grands axes :
1. La réconciliation des responsabilités économiques et sociétales
2. L'adoption et la promotion de règles « vertes »
3. La réduction de la consommation d'énergie.
Les deux premières actions nécessitent un engagement de la direction et une harmonisation avec la stratégie de l'entreprise. La réduction de la consommation d'énergie est plus simple à mettre en œuvre.
Focus sur la réduction de la consommation d'énergie
Pour réduire la consommation d'énergie, l'optimisation et/ou la virtualisation du parc peuvent jouer un rôle prépondérant. Lors de la mise en place de telles actions, il ne faut pas perdre de vue l'objectif initial : réduire l'impact sur l'environnement. Il est en effet louable de vouloir optimiser son parc, mais les bienfaits d'une consommation moindre sont vite annulés par des changements d'équipements trop fréquents.
L'analyse du cycle de vie des appareils permet d'identifier les impacts sur l'environnement, sur l'ensemble du cycle de vie des matériels :
- Acquisition des matières premières
- Transport
- Fabrication
- Utilisation (et réutilisation)
- Elimination
Au regard de ce cycle, deux conclusions s'imposent :
- Le long terme doit être privilégié. Il faut bien considérer la finalité et le taux d'utilisation des machines. Ainsi, la très grande majorité des utilisateurs métier n'utilisent que l'ERP et des applications bureautiques. Pour ce type d'applications, il n'est pas nécessaire d'avoir un équipement à la pointe des évolutions techniques.
- L'optimisation du parc implique de retirer du parc actif de nombreux équipements qui doivent être ensuite traités. Le traitement peut être réalisé de différentes manières : réutilisation des matériels, dépollution et recyclage des composants et/ou matières, valorisation énergétique.
La réglementation DEEE
Les filières de traitement des matériels informatiques sont intégrées dans le cadre plus large des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE ou D3E).
Afin de limiter les atteintes à la santé et à l'environnement provoquées par les DEEE, l'Union européenne a décidé de mettre en place en 2003 une réglementation visant à assurer une récupération et un traitement adéquat de ces produits. Ces derniers peuvent en effet contenir des produits polluants ou dangereux pour la santé comme le cadmium, le plomb, le mercure, etc.
Selon le décret du 20 juillet 2005, la responsabilité des producteurs s'applique uniquement pour la fin de vie des appareils mis sur le marché à partir du 13 août 2005. Pour les autres DEEE dits « historiques », la responsabilité d'élimination revient au détenteur. De plus, il importe que les conditions de la fin de vie soient précisées dans le contrat de vente de nouveaux équipements professionnels.
Réutilisation, dépollution, recyclage et valorisation
Le traitement des matériels informatiques donne lieu à plusieurs possibilités :
- La dépollution. Cette opération consiste à enlever les composants dangereux qu'on ne peut pas traiter avec le recyclage : piles, accumulateurs, condensateurs, etc. Ces déchets dangereux sont envoyés dans des usines de traitement dédiées. Ainsi, on neutralise le produit pour pouvoir le recycler. La mise en décharge n'est qu'une conséquence résiduelle qui ne concerne pas les déchets dangereux.
- Le recyclage. Une fois la dépollution effectuée, les DEEE seront broyés. On pourra alors récupérer la fraction de métaux ferreux, des métaux non ferreux et des plastiques qui peuvent être recyclés.
- La valorisation, principalement énergétique lors de l'incinération.
- La réutilisation (des appareils ou de leurs pièces). C'est une priorité de la directive européenne avant même le recyclage ou la valorisation énergétique.
Une place est laissée au réemploi et à la réutilisation en France des appareils fonctionnant encore ou susceptibles d'être réparés. Dans ce cas, ce sont les collectivités, les éco-organismes ou les prestataires de traitement qui se mettent d'accord avec les associations d'insertion comme Envie ou Emmaüs déjà présentes sur ce secteur depuis de nombreuses années.
Une autre possibilité est d'envoyer des matériels dans des pays en voie de développement dans un but coopératif. Il est alors dans ce cas primordial de considérer la dimension « déchets » à l'arrière-plan. D'aucuns déguisent ainsi l'exportation de déchets dangereux à moindre coût, d'autant que le traitement sur place se fait dans des conditions plus que discutables pour les populations locales et pour l'environnement.
L'ensemble de ces enjeux doit être pris en compte en amont, lors de l'établissement des règles Green IT. Il apparaît alors que la manière de traiter le sujet déborde du cadre de la DSI et touche directement la politique de l'entreprise. Le Green IT devrait donc s'intégrer dans une démarche de développement durable, qui déjà a largement dépassé l'effet de mode.
___________
(1)IDC a réalisé une enquête auprès de 100 entreprises comptant plus de 1 000 salariés sur la France. En complément, IDC a interrogé des entreprises basées dans différents pays d'Europe : Angleterre, Allemagne, Italie, Espagne, Pays-Bas et dans les pays nordiques (au total 459 entreprises interrogées).