Université des SI d’Octo
Sous le signe de la créativité et du virtuel
Publié le 1 juillet 2009
« Plus le monde se virtualise et plus il a besoin de réalité », c'est par cette formule ramassée dont il a le secret que Joël de Rosnay, président de Biotics International et observateur attentif de l'évolution des technologies, a ouvert l'édition 2009 de l'Université des SI organisée par le cabinet Octo Technologies. Une manifestation qui a donné une large place aux derniers développements sur Internet auxquels on assiste et sur lesquels certains fournisseurs comme Google sont particulièrement actifs.
Avec Internet, le monde a conçu au fur une sorte de double sous la forme d'un monde virtuel. Créé sous la forme que l'on connait aujourd'hui depuis une quinzaine d'années, ce nouvel univers prend de plus en plus d'importance dans notre vie quotidienne et s'enrichit chaque jour de nouvelles applications. La frontière entre les deux univers - virtuel et réel - va devenir de plus en plus floue et si la notion de réalité virtuelle est connue depuis quelques temps, on commence à parler de virtualité réelle.
Ainsi de nouvelles applications devraient connaître un développement important, c'est ce que Joël de Rosnay place sous le vocable de matérialisation qui permet le passage des « bits vers l'atome ». En particulier, les imprimantes 3D vont permettre la fabrication d'objets personnalisés et qui feront de chaque internaute un artisan potentiel.
Des mass média aux médias des masses
Tout le monde est d'accord sur le fait que nous ne sommes qu'aux tout débuts de l'Internet et que beaucoup reste à créer. Internet c'est la possibilité de faire vivre le concept de la « longue traîne » présentée pour la première fois par Chris Anderson dans un article du magazine Wired. « Ce qui n'était pas possible avec les mass media l'est avec ce que l'on peut appeler les médias des masses, autrement dit le Web 2.0, estime Joël de Rosnay. Nous passons d'une logique éditoriale de grande diffusion à une logique catalytique d'intelligence collaborative dont les principes de fonctionnement sont totalement différents ».

Jusqu'ici on a encore trop souvent plaqué des schémas de pensée traditionnels sur le monde Internet là où de nouveaux modèles économiques sont à inventer. Joël de Rosnay prévoit que les principes du P2P devraient s'appliquer largement dans cinq domaines : la banque (ça existe déjà), l'assurance, le consulting qui devrait permettre de développer ce que l'on appelle le crowd sourcing ou the Wisdom of crowd et faire une concurrence avec les cabinets conseil (« trop souvent les cabinets de conseil vous empruntent votre montre pour vous donner l'heure »), l'éducation et l'énergie. A terme, la fabrication d'énergie pourra être largement décentralisée et il faudra donc des coutiers pour effectuer les échanges entre les producteurs et les consommateurs.
Internet : le lieu de la créativité
Internet est le lieu de la créativité par excellente d'où l'idée d'essayer de comprendre la mécanique de création des idées nouvelles. Pour Luc de Brabandere, directeur associé du Boston Consulting Group, la créativité s'appuie sur la capacité à changer les idées existantes. De fait, on se limite trop souvent à réutiliser ce qui existait déjà là où il faudrait des idées totalement nouvelles.
« Changer, c'est changer deux fois, explique-t-il, changer la réalité et changer la perception que l'on a de cette réalité. Alors que l'innovation s'inscrit dans la continuité et concerne le changement de la réalité, la créativité c'est la rupture et implique un changement de la perception de cette réalité». Et les exemples industriels qui montrent la difficulté à changer de perception sont légion. Luc de Brabandere cite l'exemple de GM qui a mis 17 ans à comprendre qu'il pouvait tirer parti du fait que les fermiers ôtaient le siège arrière de leur voiture pour créer le modèle du pick up. Plus près de nous, rien n'aurait du empêcher Sony d'inventer l'iPod ou à Nokia le Blackberry. « La meilleure façon d'avoir une bonne idée, c'est d'en avoir beaucoup », conclut le consultant du BCG. Sur ce point, Google est un cas exemplaire dont le modèle économique lui permet de développer et proposer des produits nouveaux, de tester s'ils répondent aux besoins et aux attentes sans avoir à en supporter le coût.

Google s'attaque au monde de l'entreprise
Si Microsoft s'est donné comme mission d'installer un PC sur chaque et d'en faire l'indispensable outil qu'il est devenu aujourd'hui, Google a un projet beaucoup plus ambitieux qui consiste à « faire du Web un outil de travail ». Pour que cette vision devienne une réalité, Didier Girard, directeur technique de Sfeir, le Web doit vérifier quatre conditions. « Il doit être ouvert, accessible, engageant, c'est-à-dire offrir une ergonomie de bonne qualité et possible, autrement dit facile à utiliser mais aussi il doit être un environnement dans lequel les développements sont simples ».
Face à cette mission en apparence banale mais tellement ambitieuse, Didier Girard présente la réponse aux niveaux technique et produits de Google ? Sur le plan technique, cette réponse repose sur cinq piliers :
1. Une architecture de type ROA (Ressource Oriented Architecture) c'est-à-dire orientée services. Ainsi toute ressource - par exemple une feuille de calcul - doit être accessible, via une simple url ;
2. L'utilisation de la version 5 de l'html qui permet «de se rapprocher de ce que l'on peut faire avec Flash ou Silverlight» sans utiliser ces technologies. Les versions les plus récentes des navigateurs Firefox, Safari ou Chrome s'appuient sur ce standard. De la même manière, Google Wave, le dernier couteau suisse d'Internet de Google, qui réunit dans une même solution mail, chat, wiki, iGoogle et Google Apps s'appuie aussi sur html 5;
3. L'utilisation des licences open source les plus libres, notamment Apache ou BSD;
4. La construction d'une infrastructure physique de très grande ampleur. Google se verrait comme le plus gros consommateur d'électricité dans 10 ans.
5. Le langage Java (voir le point de vue dans la lettre du jour) qui est aujourd'hui le plus diffusé dans le monde.
Les 5 produits clé de Google
Du côté des produits, Google fourbit ses armes dans cette stratégie de conquête sur le marché des entreprises avec 5 produits majeurs.
1. Google AppEngine qui peut être décrit comme un serveur d'applications hébergé par Google. Cela permet aux développeurs de se consacrer à leur tâche et ensuite de déployer leur application d'un simple clic avec l'AppEngine;
2. GoogleWeb Toolkit qui résout un problème simple. Alors que le Javascript est un langage relativement simple mais qui est connu d'un nombre relativement limité de développeurs. Le GWT permet donc de faire des applications RIA (Rich Application Application) avec Javascript mais sans développer du Javascript. Une application développée en Java est compilé en Javascript grâce au GWT. Ce principe est connu dans l'histoire des langages informatiques. Il fut utilisé par exemple pour transformer du C en Assembleur ou du PAC en Cobol.
3. Le système d'exploitation open source Android. Développé en Java, Android doit, selon Google, déverrouiller le marché des mobiles. L'éditeur a indiqué lors de la dernière Google I/O que 18 matériels supporterait ce système d'exploitation avant la fin de l'année.
4. Google Apps, l'équivalent d'Office et disponible en ligne joue, selon Didier Girard, le rôle du cheval de Troie devant permettre à Google d'investir le marché de l'entreprise. Cette stratégie s'effectue de proche en proche avec comme séquence la plus courante: Gmail, Goole Apps et des petites applications du type gestion de notes de frais ou de demande de congés déployées sur AppEngine.
5. Enfin, le logiciel SDC (Secure Data Connector) qui permet à une application en-deçà du pare-feu de communiquer avec une autre application sur le Cloud via un simple canal http.