Enquête modernisation du SI et maturité des entreprises
Par Sabine Bohnké, fondatrice du cabinet Sapientis
La prise de conscience sur la nécessité d'un SI « durable » ne cesse de s'amplifier depuis quatre à cinq ans. Mais si les nouvelles applications respectent cette logique, reste à faire évoluer celles qui existent, «l'héritage » de plus de quarante ans d'informatique. C'est le rôle du DSI désormais que d'avoir la vision du futur et de garantir le lien avec le passé, tout en cherchant l'équilibre entre la «réduction des coûts », et «l'agilité », au sens ici de la capacité du système d'information à « s'adapter à » et « évoluer avec » le marché. Un rôle difficile et stratégique. Cette enquête fait l'objet d'un rapport détaillé (70 pages), dont l'article qui suit est l'extrait de l'Executive Summary (Voir le sommaire du rapport et en savoir plus sur la méthodologie de l'enquête).
Le défi « stratégique » à relever: l'intégration de la valeur SI dans la stratégie d'entreprise

Ce n'est pas nouveau. Déjà en 1996, le journal « 01informatique » titrait, à l'occasion d'un numéro spécial anniversaire « à la fois technicien, organisateur, stratège : Directeur informatique, l'homme impossible ». Cependant, aujourd'hui, à l'ère avérée de l'économie « immatérielle « (au sens où le centre de gravité économique n'est plus situé au niveau des productions lourdes, avec la tertiarisation de l'économie des pays développés), le défi « impossible », c'est le défi « stratégique » : faire en sorte que le Système d'Information soit aussi bien un actif stratégique, qu'un outil de production essentiel pour créer une valeur différenciatrice. Comment le SI peut-il contribuer à la valeur de l'entreprise ? C'est cette question qui conditionne l'intégration de la valeur SI dans l'entreprise et le passage d'une fonction « support » à une fonction plus « noble », considérée comme stratégique. Un défi à relever pour 90% de nos répondants, considéré comme le plus élevé de tous, si on pondère les enjeux par leur note d'importance en plus du pourcentage de réponse.
Cependant, ce défi est plus ou moins ressenti suivant l'appartenance sectorielle des entreprises interrogées, et surtout, la nature de leur relation et leur niveau de dépendance par rapport aux Systèmes d'Information, selon qu'ils sont directement impliqués dans la production d'offres, services ou produits, ou plus orientés vers des fonctions de support.
Une évolution vers l'économie « immatérielle » qui pousse à la création de valeurs par le SI
Pour comprendre l'enjeu actuel d'évolution des Systèmes d'Information existants, il faut regarder celle qui s'est produite sur la dernière « petite » décennie dans les « NTIC ». L'information s'est multipliée et diversifiée, les communications se sont accélérées, les actifs et les échanges « immatériels » sont devenus part intégrante du paysage économique : le ebusiness est devenu mature, les eservices ne cessent de se multiplier.

En 2000, les perspectives de commerce électronique s'étiolaient brutalement avec l'échec des places de marché, pour reprendre de façon exponentielle dès 2005. En 2007, selon la Fédération des Entreprises de Vente à Distance (Fevad) le chiffre d'affaires de l'ensemble des sites de ventes en ligne a progressé de 34% par rapport à l'année 2006 pour atteindre 16 milliards d'euros, et les études effectuées en 2008 sur près de 40 000 sites marchands ont montré que les ventes sur internet continuent de progresser à un rythme soutenu (30% au premier semestre 2008). Pour les secteurs tertiaires, la « création de nouvelles offres ou de nouveaux services multi-canal » est un des premiers enjeux d'évolution d'entreprise qui poussent à la modernisation des SI, ce qu'illustre la finance, à 87% de réponses jugeant cet enjeu « élevé à très élevé », mais également et sans surprise le secteur des « services », et en troisième, le secteur public, poussé par la volonté affichée de moderniser les services de l'état .



Le secteur public : dématérialisation, eservices, qualité, productivité et efficacité l'ère du « produire plus à moindre coût et meilleure qualité »
Est-ce un effet de la Loi Organique du 1er août 2001 relative aux Lois de Finances qui encadre le passage d'une culture de moyens à une culture de résultats, reposant sur la définition d'objectifs, l'affectation des ressources nécessaires à chacun, et la mesure systématique de l'atteinte de ces objectifs ? Dans tous les cas, cette enquête souligne la position d'un secteur public soucieux de qualité de services et d'efficacité. Ainsi, le secteur public est parmi les premières lignes pour l'enjeu d'évolution « réduction de coût » à l'échelle de l'entreprise (à 63% d'élevé à très élevé, derrière l'industrie à 75%), l'amélioration du service rendu ( à 87% d'élevé à très élevé avec 75% d'élevé à très élevé pour la continuité de services comme axe d'amélioration),l'optimisation de l'entreprise étendu 86% (élevé à très élevé), l'optimisation des coûts du SI (75%).



Réduction de coût favorisée par de nouveaux modèles : le Saas n'est pas que pour les PME
Internet est loin de se cantonner uniquement à la vente en ligne et à de nouveaux canaux de ventes. Le web a favorisé l'éclosion de nouveaux services, de nouveaux modèles économiques, de nouveaux modèles d'organisation, de nouvelles logiques d'architecture, de nouvelles bases d'information et de connaissance.
En décembre 2008, une étude du Gartner annonçait que neuf entreprises sur dix prévoyaient d'augmenter l'usage qu'elles font du Saas(Software as a Service) en 2009, notamment pour réduire le TCO (coût total de possession). En 2008, le Chiffre d'affaires Saas aurait progressé de 27%.
Une solution qui combine l'agilité à la réduction de coûts. A l'heure où on approche progressivement les problèmes par la mesure de la valeur plutôt que par la mesure de la dépense, angle néanmoins encore prédominant, surtout en temps de crise, le Saas a un potentiel de développement immédiat énorme. Ainsi il n'intéresse pas seulement les PME/PMI mais aussi les grands groupes, bien sûr, pour des services indifférenciés.
Ainsi sur la paye, la RH et le emarketing, 50% des répondants intéressés par cette évolution « Saas » sont des entreprises de plus de 500 employés.
Limitations de l'existant : redondances, visibilité insuffisante, traçabilité à revoir
Les répondants relèvent à des titres et des pourcentages divers des limitations de leur existant en termes d'architecture des données. Ainsi la finance, connue pour avoir des applications de gestion développées en spécifique et reposant sur les données, est le secteur qui déclare le plus avoir cette limitation, jusqu'à 65% pour des aspects de cohérence de référentiels métiers, ainsi que des problématique de non séparation des règles métiers d'avec le code. Toutefois, ce ne sont ni l'infrastructure, ni les données, ces dernières souvent plus des « invariants » métiers de l'entreprise, qui délimitent le périmètre des limitations les plus ressenties de l'existant, mais l'architecture applicative et la gestion de la sécurité au sens large. Pour cette dernière, 88% des répondants relèvent des limitations, qui peuvent être à 50% des cas élevées à très élevées dans les secteurs high tech & electronic et secteur public.
Des chiffres alarmants sur « l'état des lieux » de l'existant :
88% des répondants estiment qu'il existe des limitations d'architecture applicative de type redondances de fonctions dans l'existant, et 86% des limitations de visibilité de ces dernières. C'est surtout la finance qui, à 50% , estime la limitation d'architecture applicative d'élevée à très élevée. Une estimation sans doute liée à l'héritage de nombreuses applications de gestion développées en spécifique au cours des années.
De façon globale, les limitations d'architecture applicative sont fortement ressenties par tous les répondants, jusqu'au manque de visibilité des flux à 82%.
Près d'une entreprise sur deux (48%) estime qu'il y a limitation élevée à très élevée de son existant en termes de visibilité des flux applicatifs.
Plus globalement, 88% des répondants estiment que la visibilité/traçabilité du service rendu par l'existant est à améliorer dont 66% beaucoup à entièrement. Une problématique « à 100% » pour le secteur public, qui estime cette visibilité/traçabilité à améliorer beaucoup (87%) à entièrement (13%).
L'influence du Facteur taille : les difficultés organisationnelles des grandes entreprises, le besoin d'industrialisation des moyennes, la capacité et la volonté d'innovation des petites
Si l'enjeu taille se fait ressentir dans les grandes entreprises pour l'optimisation des coûts et du processus support, de par les réponses recueillies sur des questions ayant trait aux méthodes, processus de développement/maintenance, ou pilotage du SI, les moyennes entreprises (de 50 à 250) ou les grosses PME(250 à500) montrent, en estimant des enjeux d'évolution élevés à très élevés, qu'elles sont à la recherche de l'industrialisation. Quant aux très petites et moyennes structures, elles sont à la recherche de critères différentiateurs qui passent par la recherche d'innovation.
La « fonction » informatique : le centre de gravité se déplace vers la fourniture de services, pas encore vers la création valeur.
Le paysage de l'enquête révèle un Système d'Information qui n'est plus uniquement une fonction support de l'entreprise comme par le passé, mais bien un fournisseur de service, avec des directions soucieuses d'améliorer sans cesse la qualité du service rendu. Toutefois, il n'est pas perçu comme un acteur majeur de la création de valeur pour la plupart des entreprises et reste considéré davantage comme un outil de productivité, facilitant la collaboration, devant faire preuve de son efficacité (améliorer le service rendu, améliorer les outils de reporting et de pilotage du SI), et ce, à moindre coût et moyens (optimiser les coûts, mutualiser les moyens).
La collaboration entre les métiers : toujours un défi de taille
L'adhésion des intervenants métiers, défi à relever pour faire évoluer le SI sélectionné par 90% des répondants, est estimé à 60% un enjeu d'importance (Ce chiffre passe à 88% pour la finance et 70% pour les services), tous secteurs confondus, ce qui est à corréler avec la nécessité estimée par 78% des répondants de devoir évoluer sur l'axe de collaboration entre les métiers. Est-ce un effet de cette difficulté ? les répondants ayant réalisé des projets de migration d'infrastructure, projets maitrisés essentiellement sous l'angle technique, se déclarent à 81% satisfaits (47% satisfaits, 34% très satisfaits), tandis que ceux ayant réalisé des projets de remplacement par des progiciels d'applications développées en spécifique sont seulement 42% à se déclarer satisfaits à très satisfaits, effet pour partie de projets par nature plus compliqués car touchant à l'organisationnel et au fonctionnel (contrairement à une migration d'infrastructure souvent iso-fonctionnelle). Considérant le niveau de satisfaction plus élevé des projets de refonte/réécriture (62 % de satisfaits à très satisfaits), la raison en est également à rechercher sur la difficulté à remplacer du spécifique réalisé sur plusieurs années par un progiciel par nature ayant des fonctions plus « standardisées ».
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L'enquête « modernisation des SI et maturité des entreprises » tenue de mi-décembre 2008 à fin janvier 2009, a rassemblé les réponses d'une soixantaine d'entreprises sur leurs enjeux et contraintes d'évolution. La répartition sectorielle des réponses ( les cinq premiers secteurs étant les secteur public, les finances (banque, assurance, ...), le secteur des services, l'industrie, le secteur high tech & electronic) nous a permis de descendre plus finement sur l'analyse nécessaire des enjeux par secteur. De même, la répartition des tailles d'entreprises relevées, nous a permis de constater combien l'influence du facteur taille intervenait sur certains enjeux.
Si vous souhaitez prendre contact avec Sapientis pour une présentation détaillée de l'étude au cours de laquelle vous sera remis le rapport détaillé, merci de renseigner le formulaire : Contact enquête modernisation
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le 16/03/2010 à 01:07